Pouvoirs
Une histoire de famille…
Portrait Mohamed Ould Errachid.
Pratiquement, personne ne pariait à ce que Mohamed Ould Errachid succède à Enaâm Miyara au perchoir de la Chambre des conseillers. Pourtant…
À quelques jours de son 46e anniversaire, le 29 octobre, Mohamed Ould Errachid aurait été loin de s’attendre à un meilleur cadeau avant l’heure.
Le vendredi 11 octobre, la présidence de l’instance de la majorité rend public un communiqué où il annonce son soutien à la candidature unique de l’enfant de Laâyoune qui se voit propulsé, le lendemain, au perchoir de la deuxième Chambre du Parlement.
Seuls seraient surpris ceux qui croyaient que son dorénavant prédécesseur, qui n’est autre que son parent, Enaâm Miyara, allait rempiler pour la seconde moitié de l’actuelle législature.
Seulement voilà, des réglages de dernière minute en ont voulu autrement. La présidence de la Chambre reste istiqlalienne certes, mais change de nom. Une Chambre que Ould Errachid connaît bien et où il siège depuis 2009 et pour trois législatures consécutives, SVP ! Entre Ould Errachid et la politique, c’est une histoire de famille. Elle l’est aussi quant à la couleur politique. Dans la famille, on ne devient pas istiqlalien.
On naît istiqlalien et on le reste. C’est donc très tôt que le fils de Hamdi Ould Errachid, influent notable istiqlalien, rejoint les rangs des héritiers de Ssi Allal El Fassi. L’engagement de ce licencié en droit public (Université Mohammed V de Rabat) le portera en 2008, à l’âge de 30 ans, au comité central du parti de la balance.
Dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra, l’homme, qui soit dit en passant, s’occupe des questions organisationnelles et du coup contrôle les rouages de l’appareil et garde également un œil sur les organisations parallèles du parti, est dans son fief. L’année d’après, il aura la confiance des élus pour écrire sa première page en tant que conseiller. Rien ne le déboulonnera depuis.
L’homme qu’on dit «discret» ne comptera plus les mandats électifs, notamment à la Chambre du commerce, de l’industrie et des services, où il est membre entre 2009 et 2021. Rien d’anormal pour cet homme d’affaires qui dirige une des holdings les plus en vue opérant dans l’industrie, le commerce et les services.
Facettes
Si l’homme a le sens des affaires, il ne manque pas de fibre sociale. Pour preuve, la Fondation à caractère social et environnemental dont il préside aux destinées et qui soutient les personnes dans le besoin.
Mais, nous dit-on, Ould Errachid, «simple et modeste», ne fait pas dans le marketing politique. Il agit dans la discrétion la plus absolue, pour la simple raison que ce genre d’«action de proximité ne constitue nullement une carte politique» qu’il jouerait.
Lui, vice-président de la Commune de Laâyoune depuis 2015, tout comme son parti n’en ont pas besoin. Leur «crédibilité» étant faite par les réalisations sur le terrain, affirme-t-on.
Homme de consensus, pour reprendre les mots de l’une de ses connaissances, Ould Errachid, contrairement à son père qu’on dit «difficile à convaincre», est souvent «présenté» comme quelqu’un qui a «le sens de l’écoute» quand bien même il pourrait «ne pas être d’accord avec ses interlocuteurs».
Un «atout» qui lui sera d’un grand apport dans la mission dont il vient d’hériter dans une Chambre où il n’est pas toujours facile de rapprocher les points de vue des uns et des autres.
D’ailleurs, lors du blocage qu’avait connu l’élection des membres du bureau et des présidents des commissions permanentes, l’homme aurait réussi son premier test. Ould Errachid, au lieu de laisser empirer la situation, a invité, chez lui, les représentants des différents partis pour aplanir les différends. L’affaire a été bouclée, sans casse, le mercredi 16 octobre, et les conseillers procéderont le jour d’après aux dites élections. Plus encore, renseignent certaines sources, il aurait convaincu les présidents des groupes et autres coordinateurs des groupements de ne pas présenter des personnes qui auraient maille à partir avec la Justice. Moralisation oblige !
Ceux qui avaient préjugé que l’homme ne disposait pas de charisme devaient déchanter ! Bien entendu, Ould Errachid est conscient de l’ampleur de sa tâche, mais il dit compter sur tout le monde pour agir dans la concertation, comme il l’a évoqué dans sa première allocution, prononcée samedi 12 octobre, après son élection.
Sur les 12 minutes de cette intervention, il mettra l’accent sur l’importance de la diplomatie parlementaire, particulièrement en ce qui concerne le dossier de la cause nationale. Or, quand on sait qu’historiquement, l’action de la deuxième Chambre met le focus sur l’Amérique latine, l’homme peut aussi se prévaloir d’un atout, outre sa connaissance du dossier : sa maîtrise de la langue de Cervantès.
Au sein de la formation de la balance, l’homme est connu pour avoir toujours œuvré, même dans les moments de tension les plus difficiles, pour l’unité du parti en privilégiant le dialogue entre les protagonistes au lieu de la logique de la confrontation, indiquent nos sources.
C’est probablement cette qualité qui aurait également joué en sa faveur quant au choix porté sur lui pour candidater au nom de la majorité et de son parti pour le perchoir.
Toujours est-il que, dans l’absolu, et malgré les diverses responsabilités qu’il assume, Ould Errachid est réputé «être quelqu’un qui ne crée pas de vagues». Certains vont même jusqu’à le considérer comme «un inconnu du bataillon» et qu’il ne doit «sa visibilité grandissante» qu’à la faveur de «la montée en puissance du clan mené par son père, Moulay Hamdi Ould Errachid». Notamment, après le «démantèlement du système Chabat» et la montée de Nizar Baraka.
Un avis que ne partagent pas certaines voix au sein de l’Istiqlal qui estiment que Ould Errachid doit sa «réussite à son action au sein du parti» et non à son nom de famille.
Feuille de route…
Outre le renforcement de la diplomatie parlementaire, Mohamed Ould Errachid compte également s’attaquer au fonctionnement interne de la deuxième Chambre.
Dans son allocution, après son investiture, le nouveau président de la Chambre des conseillers entend procéder, en concertation avec les groupes et les groupements, à une restructuration de l’administration de la Chambre, qu’il compte mettre à niveau et moderniser, de telle sorte qu’elle soit à même d’accompagner les conseillers afin qu’ils puissent honorer les missions qui sont les leurs dans les meilleures conditions.
Ould Errachid ne manquera pas l’occasion pour relever la nécessité d’accorder un intérêt particulier aux conditions sociales – sur le plan matériel – des fonctionnaires de la deuxième Chambre pour qu’ils puissent s’acquitter de leurs devoirs.
