Territoires
Casablanca-Settat : Catalyseur de projets, avec une ambition continentale
La région est en train de changer de physionomie à vue d’œil. Des chantiers sont ouverts partout, et plus particulièrement dans la métropole et ses environs. L’échéance 2030 est à la fois un aboutissement et un nouveau départ.
Au commencement, la quête du bien-être des citoyens, puis vient une ambition de pôle urbain et économique de niveau continental. La région de Casablanca-Settat, dont le rôle dépasse l’ampleur de son budget, environ 1,5 MMDH, fonctionne comme un levier d’investissement, en synergie avec les autres acteurs locaux, les communes et les autorités locales en l’occurrence.
C’est ainsi que des projets d’envergure, menés en commun, ont pu contribuer à la métamorphose de la métropole économique, sans oublier les autres pôles urbains de la région. Un intérêt particulier a été porté à la mobilité urbaine et interurbaine, avec des voies dont plusieurs axes nouvellement construits, des ouvrages d’art, des trémies, des échangeurs, des viaducs… et un système de transport collectif dont le ferroviaire constitue l’épine dorsale.
D’ici 2029, la ville de Casablanca et toute la région vont disposer d’un réseau de transport moderne au cœur duquel se trouve le RER et dont le point nodal est la nouvelle gare Casa-Sud.
Urgence climatique oblige, la région s’est également attelée à répondre aux risques de stress hydrique, mobilisant les moyens nécessaires pour sécuriser l’approvisionnement de l’ensemble des habitants en eau potable, mais aussi à usage industriel et pour l’arrosage des espaces publics.
Pour ce dernier type de besoins, surtout au niveau de Casablanca, un travail énorme a été déployé pour la réutilisation des eaux usées, la captation des eaux pluviales et des sources naturelles.
La vocation économique et financière de la région implique aussi de grands projets d’infrastructure avec l’aménagement des zones d’activités industrielles ainsi que des infrastructures logistiques y afférentes. En même temps, la métropole économique compte monter en gamme en termes de nouvelle technologie, notamment le fintech avec le renforcement de la place financière via un centre de formation d’envergure mondiale.
À cela s’ajoutent des projets touristiques de premier plan, à commencer par le redimensionnement de l’aéroport Mohammed V et la construction, dans les années à venir, de deux palais de congrès et d’un centre d’expositions. Il faut dire, comme l’a souligné le président de la région, Abdellatif Maâzouz, lors d’une rencontre organisée par «La Vie éco», le 13 novembre, que l’échéance 2030 représente une étape majeure pour le développement durable de la région.
«Elle incarne un engagement à long terme envers les générations présentes et futures, favorisant l’innovation et la prospérité», a-t-il indiqué. En gros, observe-t-il, les axes d’intervention de l’institution qu’il préside sont au nombre de trois.
D’abord, l’amélioration du cadre de vie à court, moyen et long terme. Ensuite, le développement et le leadership économiques. Et, enfin, le développement territorial et humain hors du Grand Casablanca. Des extraits de l’intervention du président de la région Casablanca-Settat :
Le bien-être des citoyens comme trame de fond
«Partant d’une vision royale lancée particulièrement depuis 2014, nous avons travaillé avec toutes les parties prenantes au niveau de la région, mais surtout, au niveau de Casablanca, sur une vision qui prend comme principale préoccupation le bien-être des citoyens. Nous avons donc mis en place des projets et mobilisé des moyens nécessaires pour les réaliser. En ce sens, trois précisions sont à apporter.
La première, c’est que tout se fait en équipe. Si tout marche aujourd’hui beaucoup mieux que par le passé, et ici mieux qu’ailleurs, c’est grâce à un bon travail d’équipe et une cohésion entre tous les intervenants.
La deuxième, nous avons eu un facteur accélérateur, pour ne pas dire des facteurs accélérateurs, mais au moins c’est le Mondial de 2030, avec une étape intermédiaire qui est 2025, avec la Coupe d’Afrique. Il fallait qu’on soit au rendez-vous.
La troisième, nous travaillons ensemble, donc nous optimisons nos efforts et nos moyens en lançant des projets en commun. C’est-à-dire que par exemple, d’un côté, la région finance un projet et, de l’autre, le Conseil de la ville mobilise ses propres moyens pour le réaliser. C’est ce qu’on appelle de la synergie positive, avec comme principale préoccupation le bien-être des citoyens.
Et l’un des axes sur lesquels nous travaillons est l’amélioration à court, moyen et long terme du cadre de vie des habitants. Cela tout en ayant dans le viseur le leadership, non pas uniquement au niveau local, mais aussi à l’échelle de tout le continent. Nous sommes déjà, à tous les niveaux, la première région du Royaume. Nos ambitions sont continentales.»
L’eau : Un défi et une stratégie
«Quand nous avons décidé de relever le défi de l’amélioration du cadre de vie des citoyens, il fallait commencer par la “vie” elle-même, c’est-à-dire l’eau. Des efforts considérables ont donc été déployés pour assurer la disponibilité de cette ressource vitale. Les projets réalisés en ce sens sont connus de tous : transfert des eaux, dessalement, grandes stations et monoblocs…
Ce qui a permis à beaucoup de citoyens d’avoir de l’eau potable. Et les efforts continuent, notamment à travers le grand projet de station de dessalement de l’eau à Casablanca, qui sera opérationnelle début 2027. En plus de tous ces projets visibles, il y a aussi un travail qui est fait littéralement sous terre.
Il s’agit de la construction d’un réseau de canalisations pour évacuer les eaux usées et les réutiliser, mais également canaliser les eaux pluviales et réduire le risque des inondations lié au changement climatique. La ville a créé, ces trois dernières années, un grand nombre d’espaces verts, qui, malgré la rareté de l’eau, ont pu être entretenus. Cela n’aurait pu être possible si nous n’avions pas innové en matière de ressources hydriques.
Donc, il y a un travail énorme qui est en train de se faire au niveau du Grand Casablanca. C’est d’ailleurs le domaine ayant mobilisé le plus grand budget, soit 5,6 milliards de dirhams.»
Déchets : Fini l’enfouissement, place à la transformation
«Toujours dans le cadre de l’amélioration du cadre de vie, on connaît tous l’impact négatif d’une décharge publique : odeurs, pollution, risques environnementaux… .
Nous avons donc décidé, avec la présidente du Conseil de la ville et toute l’équipe, de travailler sur un projet très avant-gardiste, celui de réhabiliter l’ancienne décharge de Médiouna et d’investir dans une grande station de traitement et de valorisation des déchets.
On ne parle plus de station d’enfouissement, on parle d’une ressource qui va servir demain comme source d’énergie électrique pour la ville, et aussi de compost, avec un investissement énorme. Nous parlons d’une enveloppe avoisinant les 18 milliards de dirhams.»
Mobilité : Réinventer les déplacements urbains et interurbains
«Restant dans cette idée d’amélioration du cadre de vie, la mobilité est déterminante. Un grand travail a été fait dans ce sens grâce aux efforts de tous. Nous avions des bus et aujourd’hui nous avons aussi le tramway et le BHNS, qui ont permis aux Casablancais de se déplacer plus facilement.
D’ici 2029, la situation sera encore meilleure. Un grand plan d’acquisition de bus est prévu d’ici 2028. Une année plus tard, deux lignes de RER seront mises en fonction. Cela correspond à des budgets énormes.
Un travail sur les axes routiers a également été fait, avec comme objectif de fluidifier la circulation, réduire les embouteillages et renforcer le trafic. Tout le monde a remarqué, surtout ceux qui viennent de l’extérieur de la ville, que la circulation est devenue beaucoup plus fluide depuis que les échangeurs, celui de Sidi Maârouf et celui de Aïn Harrouda, ont été ouverts à la circulation.
Là aussi, nous parlons d’un budget de 1,1 milliard de dirhams qui est déployé. Bien sûr, sans oublier les trémies qui ont remis Dar Bouazza au goût du jour, parce que, à un moment, les habitants ont commencé à quitter cette zone en raison des problèmes de circulation. On pourrait évoquer beaucoup d’autres projets qui ont nettement amélioré la circulation entre la ville et ses environs, notamment l’aéroport.»
RER : Une révolution dans le transport urbain
«Depuis 2021, nous avons mené de nombreux projets de voiries et de routes. Nous nous sommes attaqués aux artères à l’intérieur de la ville, aux pénétrantes ainsi qu’aux routes reliant Casablanca aux autres villes de la région ainsi qu’à Rabat. Nous y travaillons encore.
Cependant, si on continue à nous déplacer chacun dans sa voiture, on peut construire autant de routes que l’on veut, ce ne sera jamais ainsi. Donc, le transport public est déterminant pour l’amélioration de la qualité de la vie, pas seulement pour faciliter la mobilité, mais aussi pour réduire la pollution.
De gros efforts ont donc été faits sur ce point, mais il fallait encore plus. L’idée du RER ne date pas d’aujourd’hui, mais l’annonce de l’échéance de 2030 a eu l’effet d’un catalyseur.
Pour avoir une idée de l’impact du Mondial 2030, il faut savoir que la FIFA impose un maximum de 20 minutes de trajet pour aller d’un hôtel au stade d’entraînement, 30 minutes pour aller au stade où il y a la compétition.
La FIFA ne parle pas de kilomètres, mais de minutes. Plus encore, l’institution n’accepte pas que plus de 25% de spectateurs arrivent au stade dans leur véhicule personnel. En d’autres termes, 75% des spectateurs doivent se déplacer en transport collectif. D’où l’intérêt du RER, des BHNS, des bus et de tout le reste.
Le projet a donc été enclenché et le processus accéléré. Le RER sera opérationnel en 2029. Et comme vous le savez, il y aura une ligne de RER métropolitaine et une autre interville. Le réseau sera déployé autour de la nouvelle gare Casa-Sud, qui sera la plus grande.
Casa Sud va être un hub multimodal, avec le tramway, la LGV, le RER métropolitain et le train régional. Pour la première fois, nous aurons de vrais trains régionaux réguliers reliant Casablanca à Settat et El Jadida, avec un départ toutes les 30 minutes ou même moins pour chacune des deux lignes. Le réseau RER comptera 18 stations, dont 8 à l’intérieur de la ville de Casablanca.
L’idée est que lorsqu’un Casablancais sort de chez lui, entre le RER, le tramway, l’autobus et le train régional, il attend au maximum douze minutes, huit minutes en moyenne, pour trouver un moyen de transport public.
Notre objectif est de faire du ferroviaire l’épine dorsale de la mobilité de la région et de la ville, ce sera le RER et le tramway qui seront alimentés par les bus et par des autocars avec un réseau de grands taxis. Tout cela sera géré par une plateforme de mobilité digitale.»
Qualité de l’air : Indicateur de la qualité de vie
«C’est sans doute l’une des belles nouvelles, sinon la plus belle, à annoncer aux habitants de Casablanca. On parle depuis des années de durabilité, d’espaces verts, d’eau et des avancées dans le domaine. Il y a un moyen d’en mesurer l’impact. Celui de la qualité de l’air que respirent les Casablancais.
Nous avons investi dans des stations d’observation de la qualité de l’air au niveau de la région et cela nous a permis de constater que le résultat de tout ce travail est remarquable. Il est visible sur les bulletins d’observation de la qualité de l’air se rapportant à une même période des trois dernières années : mai 2023, mai 2024 et mai 2025.
Sur le document, les points rouges en 2020, qui correspondaient à des points de grande pollution, ont été réduits. En 2024 et 2025, ils ont complètement disparu, devant verts. Cela veut dire qu’il y a nettement moins ou quasiment plus de pollution. Les raisons de ce changement: c’est la mobilité, devenue plus fluide.
Ce sont des bus dont le parc a été renouvelé et qui répondent aujourd’hui aux normes les plus strictes en la matière. Ce sont les deux nouvelles lignes du tramway, les lignes 3 et 4. Ce sont les espaces verts, c’est les voies qui ont été élargies. C’est bien sûr le parc automobile dans sa globalité, les grands taxis dont le parc a été également modernisé.
C’est aussi une plus grande exigence des autorités qui n’autorisent plus d’activités industrielles polluantes à Casablanca. Tout cela va continuer, avec une plus grande amplitude.»
D’autres projets, d’autres défis
«Après l’inauguration par le Souverain du complexe portuaire de Casablanca, la région est en train de bâtir un couloir maritime entre Miami et la métropole. Miami va représenter Casablanca en Amérique, et Casablanca représentera Miami en Afrique.
Dans la foulée, une grande compagnie de croisière a été démarchée pour qu’elle fasse de Casablanca non seulement une escale, mais un point de départ aussi, parce que les Casablancais voyagent également et aimeraient faire des croisières.
La région qui est le principal actionnaire de la cité, CFC, a investi en plus à peu près 144 millions de dirhams pour permettre à cette place de s’épanouir davantage, d’être mieux connue et de former des ressources dans la fintech.
Dans ce sens, un centre d’innovation et de leadership technologique sera créé au sein de l’École Hassania des travaux publics, en partenariat avec le ministère de l’Équipement pour un investissement de 800 MDH. Ce centre va être la Mecque de la technologie du Maroc.
C’est toute la fintech et la nouvelle technologie qui vont être là. De la nanotechnologie aussi. Des conventions ont été signées avec des universités américaines, britanniques et chinoises, qui vont permettre justement de former l’élite de la technologie dans la région.
Et d’ici 2030, un palais des congrès et un parc d’expositions verront le jour dans la région. Des projets très intéressants sont en cours. Il ne s’agit pas seulement d’un palais des congrès, mais de deux qui sont à l’étude.
Bref, il y a deux projets qui commencent à mûrir et un troisième peut-être qui va voir le jour avec des dimensions différentes. On parle de deux palais des congrès, de compétences urbaines, et d’un parc d’expositions, un peu à l’extérieur, non loin de l’aéroport. Une enveloppe de 1,5 MMDH est prévue à cet effet.»