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Rentrée sociale : Grèves et appels au dialogue

Ce sont les syndicats de l’enseignement supérieur et des collectivités territoriales qui ouvrent le bal. Une série de débrayages est annoncée. L’Exécutif ne tarde pas à réagir et prend l’initiative d’ouvrir le dialogue. Une année sociale cruciale commence.

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L’année sociale s’ouvre sur les rituelles marques de contestation des syndicats. Trois secteurs sont particulièrement animés. Dans l’enseignement supérieur, l’UMT (fonctionnaires) vient se joindre au Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESup), largement dominé par l’USFP, pour monter un front contre la réforme engagée par le gouvernement dans le secteur. L’UMT considère ainsi l’adoption par le gouvernement d’un projet de loi portant cette réforme, aujourd’hui devant le Parlement, comme une «violation flagrante du dialogue social et de la démocratie participative». Ce faisant, la Centrale a annoncé une grève de 48 heures, déjà pour les 10 et 11 septembre, tout en laissant la porte ouverte à d’autres «formes de mobilisation». La CDT, section des fonctionnaires de l’enseignement supérieur, est également de la partie avec un calendrier de débrayages annoncés qui couvre la période du 2 septembre au 2 octobre, comprenant quatre mouvements de grève et des sit-in. L’UGTM, la FDT et l’UNTM (bras syndical du PJD) se sont également jointes à cette contestation.

Toujours l’UMT, mais cette fois à travers son syndicat des fonctionnaires des collectivités territoriales, elle décide de mener deux mouvements de grève nationale de 48 heures, les 16 et 17 et les 23 et 24 septembre dans le secteur, ainsi que de nouveaux arrêts de travail durant le mois d’octobre. Est-ce inquiétant ? A priori, oui. Toute contestation sociale est source d’inquiétude. A fortiori dans l’enseignement supérieur sur la réforme duquel compte le gouvernement pour lutter contre le chômage (des diplômés s’entend), mais aussi pour fournir les ressources humaines nécessaires pour faire tourner une économie en plein décollage, principalement dans des secteurs de pointe comme la mobilité électrique, les énergies renouvelables et l’économie numérique, parmi d’autres d’importance.

La réforme, soit dit en passant, vient, entre autres, impliquer davantage l’entreprise aussi bien dans le processus de formation, à travers des programmes de stages, et dans le processus de prise de décision, à travers la présence des acteurs économiques dans le conseil d’administration des établissements universitaires. Compromettre l’entrée en vigueur de cette réforme en faisant blocage à la promulgation du projet de loi 59-24 relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique est de nature à perturber les politiques publiques dans le domaine de la formation universitaire et de l’emploi.

De même, la mise en œuvre des programmes de développement nouvelle génération, dont l’élaboration a été annoncée par le gouvernement et menée par le ministère de l’Intérieur, repose en partie sur le personnel des collectivités territoriales. Un climat social délétère dans les communes, dans les régions et autres conseils préfectoraux et provinciaux n’aidera sans doute pas à déployer ces programmes de lutte contre les disparités sociales et territoriales et contre le chômage à travers la stimulation de la création d’activités génératrices de revenus.

L’Exécutif garde le cap
Donc oui, les mouvements de grèves annoncés par les syndicats dans les deux secteurs donnent matière à réfléchir, sans pour autant s’alarmer. D’ailleurs, l’Exécutif n’a pas attendu que la situation se gâte davantage pour réagir. Le gouvernement a vite répondu par un appel au dialogue. Dans l’enseignement supérieur, le ministre Azzedine El Midaoui a d’ailleurs tenu, en ce sens, une première rencontre, lundi 8 septembre, avec les syndicats concernés. L’objectif étant, souligne-t-on, «d’apaiser les tensions et relancer un dialogue constructif».

Une démarche qui a d’ailleurs donné ses fruits durant ces quatre dernières années. Et cela dans les secteurs les plus difficiles où le gouvernement a hérité des problématiques et des bombes sociales restés sans issue depuis des décennies. Dans tous les cas, le texte en question n’est même pas encore en phase d’examen au Parlement. Toujours est-il, dans le lot des contestations de cette année, les administrateurs du département de l’Éducation nationale ont choisi le début de l’année scolaire pour faire entendre à nouveau leur voix. Une coordination nationale prétendant représenter le secteur a annoncé un sit-in, le 10 septembre, devant le ministère, suivi d’un autre le 23 du mois. Eux aussi, ils promettent l’escalade.

Dans un cas comme dans l’autre, l’impact de ces mouvements de contestation reste limité, en tout cas pas aussi inquiétant que dans l’enseignement supérieur et les collectivités territoriales. Il s’agit en effet, comme dans le cas des pharmaciens, de revendications corporatistes et de nature purement matérielle que le gouvernement n’aura pas de difficulté à gérer à travers les deux départements concernés. C’est du reste la vocation même du dialogue sectoriel que chaque ministère est encouragé, par le Chef du gouvernement, à entretenir avec les acteurs sociaux.

C’est pour dire, et cela a été démontré au cours des dernières années, que les annonces des mouvements ne sortent, souvent, pas du cadre des pressions exercées sur le gouvernement. Cela d’autant que, naturellement prompt au dialogue, au point d’en faire une institution, l’Exécutif ne devrait perdre de vue le plus important : la consolidation de l’État social. Sur ce point, un chantier majeur l’attend dès cette rentrée, à savoir la réforme de la retraite. Une réunion est d’ailleurs programmée avec les centrales syndicales, le 18 septembre, dans le cadre de la commission technique.

Pour le reste, l’Exécutif garde le cap. Le programme de lutte contre le chômage est en cours, le plan de résorption des bidonvilles avance à un rythme soutenu, alors que de nouvelles ouvertures de CHU, d’hôpitaux et de centres de santé sont programmées prochainement. Le gouvernement entend également remodeler le système des aides sociales directes pour un meilleur ciblage et une plus grande efficacité. L’objectif étant de migrer d’un système d’aide vers un levier d’autonomisation.


Rentrée animée à la 2e Chambre
À la Chambre des conseillers, la reprise est également sous des couleurs sociales et de contestation. Le projet de loi relatif au Conseil national de la presse continue de faire débat. Le texte, après avoir été adopté à la première Chambre juste avant la clôture de la session, vient d’être présenté en commission par le ministre devant les conseillers. Dans certains médias et sur des réseaux sociaux, la polémique reprend à nouveau, et de plus belle. Mais tout porte à croire que, et c’est inéluctable, le texte soit définitivement adopté et promulgué juste après l’ouverture de la nouvelle et dernière année législative.

Cela étant, les conseillers devraient également plancher, dès l’ouverture de la session, sur d’autres textes à caractère purement social. Des textes qui s’inscrivent d’ailleurs en droite ligne avec la volonté du gouvernement de consolider les bases de l’État social. Il s’agit notamment des projets de loi relatifs aux Fondations des œuvres sociales des magistrats et des fonctionnaires du ministère de la Justice et du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, ainsi que la Fondation des œuvres sociales du personnel de la Délégation générale de l’administration pénitentiaire.