Au Royaume
AMO : 88% de la population couverte, l’accès aux soins reste le défi
Contre 42% avant le lancement du chantier royal, la couverture médicale concerne plus de 32 millions de personnes. Pour Abdelkader Amara, la réussite se mesure désormais à l’accès réel aux soins.
Le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Abdelkader Amara, a appelé, mercredi à Marrakech, à placer la réduction du reste à charge des ménages au cœur de l’évaluation de la généralisation de la couverture médicale et à garantir un accès effectif, équitable et financièrement accessible aux soins, tout en préservant la soutenabilité du système national de santé.
Intervenant lors d’une conférence internationale organisée par le Conseil de la concurrence sous le thème « La politique de santé au Maroc : concurrence, régulation et gouvernance à l’ère de la couverture sociale universelle », M. Amara a indiqué que près de 88% de la population, soit plus de 32 millions de personnes, bénéficiaient d’une couverture médicale à fin 2025, contre 42% avant le lancement du chantier de généralisation de la protection sociale, impulsé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Cette évolution constitue une transformation sociale majeure et une étape déterminante dans la consolidation de l’État social, a-t-il relevé, estimant que le défi consiste désormais à faire de cette extension de la couverture une protection réelle pour chaque citoyen.
Le président du CESE a, à cet égard, rappelé que le reste à charge représentait, en 2024, près de 34% des coûts effectifs des soins facturés, selon les données de la Cour des comptes, « un niveau susceptible d’amener certains assurés à différer, voire à renoncer à des soins essentiels ».
Il a expliqué que le décalage entre les tarifs effectivement pratiqués et la tarification nationale de référence (TNR), qui sert de base au remboursement des soins, figure parmi les facteurs contribuant à cette situation, faisant observer que cette grille n’a pas fait l’objet d’une révision d’ensemble depuis 2006, hormis quelques ajustements intervenus en 2008.
Dans ce contexte, M. Amara a préconisé l’élaboration d’un plan d’action visant à assurer la révision régulière de la TNR et à consolider le contrôle de son respect, soulignant que la réduction du reste à charge doit constituer un indicateur central de réussite de la généralisation de l’assurance maladie obligatoire (AMO).
Abordant la question des médicaments, il a appelé à renforcer la régulation des prix, à favoriser davantage le recours aux médicaments génériques et aux biosimilaires lorsqu’ils sont disponibles et à développer l’évaluation médico-économique, afin de concilier l’accessibilité financière des traitements et la maîtrise des dépenses de santé.
Il a également insisté sur l’importance de sécuriser l’approvisionnement en médicaments et produits de santé essentiels, de renforcer les capacités nationales de production et de soutenir la recherche et l’innovation, considérant que la souveraineté sanitaire repose sur la capacité du Royaume à garantir, en toutes circonstances, la disponibilité des produits indispensables et à réduire ses dépendances.
Pour M. Amara, l’accessibilité financière des soins demeure indissociable de l’ouverture et de la continuité des droits à l’assurance maladie, appelant, à cet égard, à rendre obligatoire l’immatriculation à l’AMO pour tous et à supprimer la notion de « droits fermés », afin de garantir à chaque assuré un accès effectif et continu aux prestations de l’assurance maladie.
Il a précisé qu’à fin 2025, près de 1,46 million de personnes étaient concernées par des droits fermés dans le régime de l’AMO des salariés, tandis que 1,16 million de personnes se trouvaient dans cette situation dans le régime des travailleurs non-salariés, malgré une amélioration significative.
Le président du CESE a, par ailleurs, fait remarquer que la généralisation de la couverture médicale et la mise à niveau de l’offre de soins constituent deux dimensions indissociables d’un même chantier, estimant que « l’ouverture des droits ne suffit pas lorsque les professionnels, les équipements ou les services nécessaires ne sont pas disponibles ».
S’agissant de l’organisation du système national de santé, il a noté que le renforcement du secteur public doit demeurer une priorité, tout en favorisant un développement coordonné et complémentaire des secteurs privé, mutualiste et non lucratif.
Il a, dans ce sens, relevé que « la majorité des dépenses de l’AMO est orientée vers le secteur privé, où le coût moyen de prise en charge d’un dossier médical est 5,6 fois supérieur à celui observé dans le secteur public, selon les données de la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS) ».
S’attardant sur les enjeux de concurrence et de régulation, le président du CESE a fait savoir que l’élargissement de la couverture médicale accroît la demande de soins et ouvre de nouvelles perspectives d’investissement, de développement de l’offre et d’innovation, appelant à rendre plus incitatif l’investissement dans les secteurs prioritaires de la santé et à améliorer le climat des affaires, tout en prévenant les pratiques spéculatives et en renforçant les capacités de régulation des pouvoirs publics.
M. Amara a, en outre, souligné que la réforme du système national de santé nécessite une gouvernance à la hauteur des ambitions engagées, rappelant que la loi-cadre n° 06.22 relative au système national de santé a posé les fondements d’une nouvelle architecture institutionnelle.
Il a cité, à cet égard, la Haute Autorité de la santé, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé, l’Agence marocaine du sang et de ses dérivés et les groupements sanitaires territoriaux, appelés à contribuer à une meilleure distinction des fonctions de régulation, de pilotage et de prestation, ainsi qu’à une territorialisation accrue de l’action sanitaire.
La mise en place de ces institutions doit toutefois se traduire par des résultats tangibles pour les citoyens, notamment en matière de délais d’attente, de proximité des spécialités médicales, de qualité des prestations et de dépenses restant à leur charge après remboursement, a-t-il ajouté.
Par ailleurs, M. Amara a estimé que la réussite de la généralisation de l’AMO doit désormais être appréciée non seulement à travers le nombre de personnes immatriculées, mais également au regard de la capacité de chaque citoyen à accéder aux soins dont il a besoin, au moment opportun, dans des conditions de qualité et sans que leur coût constitue un obstacle.