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Partis

PJD, la dérive de trop

Le parti de la lampe serait au bord de «l’implosion». Le dorénavant fameux communiqué liant
le séisme à une «punition divine» laisserait bien des séquelles sur le long terme. Éclairages.

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Le PJD n’est certes pas à son premier dérapage. Mais, celui-ci sera lourd de conséquences. Particulièrement, au sein même de la maison, vacillante, du parti. En effet, alors que tout le pays est à pied d’œuvre pour résorber les effets du séisme, et après de longues journées de silence, le cheikh provoque une réunion pour traiter du sujet.

Jusque-là, rien à dire. Mais, personne ne s’attendait à ce qui allait exploser comme une bombe dans l’opinion publique : le dorénavant fameux communiqué du 23 septembre. Notamment, ce paragraphe qui renvoyait la catastrophe du tremblement de terre à un «châtiment divin».
On savait la propension des «commerçants de la foi» à vouloir, à tout bout de champ, «incruster» le «fait religieux» dans la chose politique, mais là on dirait qu’on a poussé le bouchon trop loin. Et ce, sans prendre en considération ni les émotions des familles éplorées, et encore moins les sentiments de tout un pays en deuil. C’est à croire qu’il s’agissait d’«une réjouissance de l’ennemi», commente cet observateur de la scène politique. Un acte immoral, relève-t-on, si encore le mot «moralité» avait sa place dans certains esprits.

Un épisode d’un long feuilleton
Maintenant, est-ce à dire que c’est le seul chef de la «zaouia» qui aurait été derrière les formulations ? L’onde de choc aura aussi, et surtout, fait vaciller les poutres de la maison pjdiste, qui a du mal à tenir depuis «la sanction des urnes».
D’ailleurs, il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que des membres du parti dénoncent le «contenu» dudit communiqué. Le cas de Abdelkader Amara, membre fondateur et deux fois ministre de cette formation, qui publiera, sur sa page Facebook, sa démission de toutes les instances du parti. Une démission qu’il a déposée dans la matinée du mercredi 27 septembre auprès de la direction générale du PJD.
Un autre «militant» non moins important sortira de son silence. Mohamed Yatim, membre fondateur du parti et ancien ministre, qui sans en arriver à la démission a fait savoir sur les réseaux sociaux qu’il désapprouvait la posture ainsi déclinée.
Ceci au moment où l’ancien chef de file du PJD et ancien chef de gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, avait, quelques jours auparavant, appelé à «éviter toute lecture religieuse» de cette catastrophe naturelle et vouloir en faire un cheval de Troie politique. Benkirane, qui, manifestement, ne porte pas vraiment le Dr El Othmani dans son cœur, n’avait pas eu la présence d’esprit ni l’opportunité de le lire. Ce qui aurait pu lui éviter une aussi grosse bourde ! Autant dire qu’on est en présence d’un mouvement de plaques tectoniques qui serait annonciateur d’un nouveau séisme au sein de cette formation. Qui, au lieu de se réinventer, avance à reculons ! De profondes fissures sont en train d’être constatées et le séisme risque d’être de plus grande magnitude que celui l’ayant marqué depuis le retour d’Abdelilah Benkirane aux manettes, il y a pratiquement deux années. On doit encore s’en souvenir ! Mustapha El Khalfi, ancien ministre de la Communication, sans fracas, prendra ses distances avec son ancien «tuteur», sous l’ombre duquel il avait pourtant grandi.
Aziz Rabbah, deux fois ex-ministre, ancien patron de la jeunesse (PJD) et prétendant à un moment au secrétariat général, avait rompu les ponts, dès décembre 2022, avec le parti en créant son association «Al Moubadara» dont il assure la présidence. Mustafa Ramid, éminence grise du parti qui était pratiquement l’ombre d’El Othmani quand ce dernier est arrivé au cockpit du PJD, dont on n’entend plus parler depuis. Sachant que l’avocat et ancien ministre de la Justice n’a jamais été en odeur de sainteté avec Benkirane. D’autres figures de proue avaient, elles aussi, quitté le navire. Tel un certain Driss El Azami El Idrissi, qu’on prenait, dès 2017, pour la star montante du parti, qui avait démissionné de la présidence du conseil national en 2021. Octobre 2022, c’est un gros ponte du PJD qui décide de s’en aller. C’est de Jamaâ El Maoutrassim, secrétaire général-adjoint, rien de moins, qu’il s’agit. Il a fait le «choix» de quitter le secrétariat général. Même une certaine Amina Mae El Ainine, enfant «adulée» à un moment par l’ancien-nouveau patron de la formation, n’avait pas épargné la direction de son parti qui aurait eu le tort de ne pas se soumettre à une autocritique de ses dix années aux affaires. C’est dire que l’actuelle séquence n’est que la résultante d’un long processus marqué par des tirs à la corde entre les membres de la direction du parti. Or, au moment de sa «reconquête» des manettes du parti, Benkirane a opté pour le «grand ménage», sans doute pour qu’il soit le seul maître à bord. D’ailleurs, sa deuxième sortie explicative, la fameuse vidéo datée du 26 septembre, prête à toutes sortes de lectures. En effet, au lieu de «se rétracter», l’homme persiste et signe. Assis dans son salon, avec une «photo légitimante» où il pose avec Abdallah Baha, il se livre, plus de 25 minutes durant, à une analyse de son propre discours. Pour s’innocenter, il tentera de faire porter le chapeau de sa dérive à de «prétendus détracteurs» qui veulent du mal au parti et à ses dirigeants. Lors de cette deuxième sortie, fidèle à son propre raisonnement, il ne manque pas l’occasion de marteler ses «convictions», en jouant sur la double corde du «moralisateur» et de l’homme politique. Tout cela a une origine: la débâcle du 8 septembre 2021 ! Lorsque le parti qui se croyait imbattable, juste du fait qu’il tenait un discours «moralisateur», a subi une défaite des plus cuisantes. Ce qui a, en son temps et après, résonné pareil à un séisme. Une perte de repères doublée d’une «jadba politicarde» contre tout le landerneau politique marocain. Sinon comment expliquer qu’à peine avec un «groupement parlementaire», ce parti ambitionnait d’accaparer, par un «paternalisme sans pareil», le leadership de l’opposition ? Avec toutes ces récentes évolutions, les clivages, les «dés-ordonnancements», le caractère aléatoire et confus dans l’approche de la chose politique, ce n’est certainement pas demain la veille que la lampe se rallumerait !
Par ailleurs, il serait opportun d’inscrire le déclin du PJD dans le contexte international. En Tunisie et en Égypte, les directions des frères sont envoyées en prison. La Turquie, où l’AKP bien que toujours au pouvoir et que sa popularité a fondu, est en train de lâcher les islamistes. Cela au moment où les transformations géopolitiques que la région du Golfe est en train de vivre ont fait que la carte des «frères» n’en est plus vraiment une.


Entre le «temporel» et le «spirituel»
Emmuré dans un silence assourdissant depuis quelque temps, le MUR (Mouvement Unicité et Réforme) n’est plus aussi bavard qu’il l’était. L’aile idéologique du PJD semble inscrire son «action» dans le «retrait tactique». Pourtant, depuis son retour au gouvernail du parti, Abdelilah Benkirane a été tenté de lui redonner, notamment vers fin 2022, la prééminence qu’il avait avant la prise des affaires publiques de 2011 à 2021. Mais, il semble qu’on n’est plus dans les mêmes schémas que ceux ayant présidé à sa naissance en 1996. L’épreuve du pouvoir, pour ne pas dire l’usure du pouvoir, y est pour beaucoup, sans oublier des séquences peu glorieuses ayant entaché le «vécu» de certains de ses membres dirigeants, dont le fameux épisode de l’été 2016. Ce qui est plutôt normal, du fait que durant cette décennie, les membres du MUR ont affiché une certaine distanciation avec leurs «frères» qui vaquaient à la gestion de leur carrière politique loin de la «prédication». Une sorte de partage des rôles, en somme, entre le «temporel» et le «spirituel»! Toujours est-il que l’on pourrait assister à un éventuel retour de manivelle.