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Pouvoirs

PAM : Des ministres en embuscade pour le Méchouar

Le parti du Tracteur peut déjà compter sur plusieurs ministres en exercice pour conduire le gouvernement. Reste à savoir si cette équipe resserrée suffira à porter l’ambition assumée du parti.

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Le Parti authenticité et modernité (PAM) n’a jamais caché son ambition pour les législatives de septembre : arriver en tête, pour la première fois de son histoire, et accéder à la Primature. Une ambition qui n’a rien d’incongru tant le parti du Tracteur semble aujourd’hui en mesure de peser lourdement dans la prochaine équation gouvernementale.

Outre la dernière recrue, Fouzi Lekjaa, d’autres noms circulent dans certains cercles, comme celui d’un possible futur Chef de gouvernement en cas de victoire du parti. Il s’agit en l’occurrence de Fatima-Zahra El Mansouri, Mehdi Bensaid, Younes Sekkouri et Azzedine El Midaoui.

Un premier constat s’impose alors à l’examen de ces cinq trajectoires : tous occupent d’ores et déjà des fonctions au sein du gouvernement Akhannouch. Loin d’être anodine, cette observation révèle une forme d’étroitesse du vivier de personnalités présentables par le PAM pour la magistrature suprême de l’Exécutif.

Le parti semble, en effet, peiner à faire émerger, en dehors de son aile gouvernementale, des figures alternatives susceptibles d’incarner un renouvellement générationnel ou doctrinal.

Cette configuration interroge sur la capacité du PAM à se projeter au-delà de la simple reconduction de visages déjà installés dans les rouages du pouvoir exécutif.

Elle pose aussi la question de la nature du futur attelage gouvernemental que pourrait proposer le parti : s’agira-t-il d’une continuité assumée, portée par des ministres sortants, forts de l’expérience acquise depuis 2021, ou que le PAM parviendra-t-il à faire émerger de véritables figures de rupture ?

Entre technocrates chevronnés, élus locaux aguerris et communicants offensifs, ces cinq portraits dessinent les contours d’un parti en quête d’un équilibre encore incertain entre légitimité militante, compétence gestionnaire et capacité de rassemblement populaire, trois qualités rarement réunies chez un seul et même candidat.

Elles constitueront, quel que soit le nom retenu, le véritable défi du prochain Chef de gouvernement, s’il devait un jour sortir de la cabine du Tracteur.


Fouzi Lekjaa : Le «mercato» de l’été
Le 25 juillet 2026, à l’occasion du Conseil national du Parti authenticité et modernité (PAM), Fatima-Zahra El Mansouri, coordinatrice nationale de la direction collégiale, a officialisé l’adhésion de Fouzi Lekjaa aux rangs du parti du Tracteur.

Cette annonce, qui met un terme à plusieurs semaines de conjectures, fait entrer dans l’arène partisane l’un des commis de l’État les plus influents du Royaume, dont le parcours oscille avec singularité entre les arcanes du ministère des Finances et les pelouses du football national. Né en 1970 à Berkane, Fouzi Lekjaa opte d’abord pour des études d’agronomie avant de parfaire sa formation à l’École nationale d’administration.

Sa carrière débute au ministère de l’Agriculture, puis se poursuit au ministère des Finances, où son ascension force l’admiration : il devient, à peine âgé de quarante ans, le plus jeune directeur du Budget de l’histoire de l’institution, avant d’accéder, une décennie plus tard, au rang de ministre délégué chargé du Budget, une trajectoire qui témoigne d’une maîtrise reconnue des arbitrages budgétaires et d’une solide légitimité technocratique.

Parallèlement à cette carrière de haut commis de l’État, Lekjaa mène une trajectoire sportive tout aussi remarquable. Président du club de son enfance, la Renaissance sportive de Berkane, il est porté à la présidence de la Fédération Royale marocaine de football en 2014.

Il en fait un véritable levier de la diplomatie sportive du Royaume, jusqu’à devenir, en 2021, le premier Marocain à siéger au Conseil de la FIFA, tout en assumant des responsabilités au sein de la Confédération africaine de football. Cette double casquette (gestionnaire rigoureux des deniers publics et bâtisseur du renouveau footballistique national) lui confère une popularité rare, souvent jugée par l’opinion à l’aune des performances des Lions de l’Atlas davantage qu’à celle de la solidité des finances publiques.

C’est précisément là que résident à la fois son principal atout et sa principale vulnérabilité : une notoriété considérable, mais bâtie sur un registre plus émotionnel que politique, qui pourrait ne pas suffire à asseoir une stature de chef de gouvernement. Son entrée en politique ne fait cependant pas l’unanimité : d’aucuns lui reprochent un style de gouvernance jugé peu consensuel, voire autoritaire, tandis que son absence d’expérience électorale et de légitimité partisane propre interroge.

Des voix, y compris au sein même du PAM, s’inquiètent en outre du calendrier serré de ce «mercato» politique, à quelques semaines seulement du scrutin, questionnant la solidité et la sincérité de cet engagement.

Fatima-Zahra El Mansouri : L’héritière de la politique locale

Coordinatrice nationale de la direction collégiale du Parti authenticité et modernité (PAM) depuis février 2024, Fatima-Zahra El Mansouri s’impose comme l’une des figures les plus solidement établies du paysage politique marocain.

Ministre, édile de Marrakech à deux reprises, elle incarne, forte de plus de deux décennies d’engagement au sein du parti du Tracteur, une génération de cadres façonnés de l’intérieur par cette formation, ce qui lui confère une connaissance fine des rouages internes du parti et une légitimité rarement contestée en son sein.

Née en 1976 à Marrakech, fille d’Abderrahman Mansouri, ancien pacha de la ville ocre et ancien ambassadeur, elle suit une formation juridique menée conjointement au Maroc et à Montpellier. Devenue avocate, elle rejoint dès sa création, en janvier 2008, le Mouvement de tous les démocrates, matrice du futur PAM constitué quelques mois plus tard.

Sa carrière politique connaît une inflexion décisive en juin 2009, lorsqu’elle devient, à Marrakech, la première femme élue maire d’une grande ville dans l’histoire du Royaume, un fait d’armes symbolique qui demeure aujourd’hui l’un des socles de sa stature publique.

Elle exerce cette fonction jusqu’en septembre 2015, avant de la retrouver en septembre 2021, année marquée également par sa nomination, le 7 octobre, au poste de ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville, une expérience gouvernementale qui, bien que sectorielle, lui a permis de se familiariser avec l’exercice du pouvoir exécutif et les arbitrages interministériels.

Après le retrait d’Abdellatif Ouahbi de la tête du PAM, le 5e congrès national du parti, tenu en février 2024, opte pour une formule inédite sur l’échiquier politique marocain : une direction collégiale tricéphale, dont Fatima-Zahra El Mansouri assure la coordination nationale auprès des institutions officielles.

Elle devient de facto la voix la plus visible du parti du Tracteur, dont elle avait auparavant présidé son Conseil national.
Une continuité qui témoigne de sa capacité à fédérer, mais qui pourrait aussi nourrir l’image d’une figure d’appareil davantage que celle d’une candidate porteuse d’un renouveau.

Son atout majeur réside dans son expérience exécutive locale et gouvernementale, doublée d’une ancienneté partisane incontestable.
Sa principale limite tient cependant à un ancrage encore perçu comme davantage local que national, et à l’absence, à ce jour, d’une expérience de gestion des grands équilibres macroéconomiques ou diplomatiques qu’exige la fonction de chef de gouvernement.

Mehdi Bensaid : Le jeune à l’appétit affirmé
Fort d’un parcours entamé très précocement, il s’affirme aujourd’hui comme l’un des dirigeants les plus ambitieux du parti du Tracteur, porté par une énergie et une visibilité médiatique qui tranchent avec l’image parfois vieillissante de la classe politique marocaine.

Né en 1984 à Rabat, Mehdi Bensaid obtient une licence en droit pénal avant de parfaire sa formation en sciences politiques et relations internationales au sein de plusieurs instituts de l’Hexagone, un cursus qui lui confère une double culture juridique et diplomatique, atout non négligeable pour quiconque aspire à diriger l’action gouvernementale.

Son entrée en politique remonte à 2008, lorsqu’il prend la présidence du Cercle des jeunes démocrates marocains, structure adossée au Mouvement de tous les démocrates. Élu député à la Chambre des représentants dès 2011 – à peine âgé de vingt-sept ans –, il accède à la présidence de la Commission parlementaire des Affaires étrangères et devient président de l’Union africaine des jeunes parlementaires, deux fonctions qui témoignent d’une appétence précoce pour les questions internationales et d’une capacité à occuper des postes de responsabilité au sein des instances législatives.

Son ascension politique ne l’empêche nullement de s’investir dans la sphère entrepreneuriale, notamment à travers sa société de production cinématographique, Entourage Production, ou encore récemment Neo Motors, ni de s’ancrer dans le tissu sportif local par le biais du club de Yacoub Mansour, désormais hissé parmi l’élite du football national.

Cette diversification d’activités dessine le profil d’un homme aux multiples casquettes, à l’aise aussi bien dans les arcanes institutionnels que dans le monde des affaires et de la culture, une polyvalence qui peut séduire comme électorat de renouvellement, mais qui interroge aussi sur la cohérence et la disponibilité que requiert une fonction aussi exigeante que celle de chef de gouvernement.

Mehdi Bensaid assume aujourd’hui un rôle de porte-parole offensif du parti, martelant que le PAM dispose d’une vision claire pour diriger le prochain Exécutif à l’issue des législatives à venir, où il conduira lui-même la liste du parti dans la circonscription de Rabat-Océan.

Son principal atout réside dans cette combativité assumée, doublée d’une expérience parlementaire et ministérielle consolidée sur plusieurs mandats, ainsi que d’une aisance médiatique rare qui en fait un communicant redoutable. Sa principale limite tient toutefois à un déficit d’expérience dans la gestion des grands dossiers économiques et sociaux.

Younes Sekkouri : La légitimité militante et technique
Ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences depuis octobre 2021, Younes Sekkouri s’impose comme l’une des figures les plus singulières du PAM, parti au sein duquel il milite sans discontinuer depuis sa fondation.

Universitaire, stratège et ancien parlementaire, il incarne un profil rare, à la croisée de l’expertise technocratique et de l’ancrage partisan de longue date, ce qui en fait l’un des cadres les plus complets de sa formation.

Né en 1981 à Tanger, il manifeste très tôt un goût prononcé pour les affaires publiques : à seulement dix ans, en 1991, il participe déjà à une émission de Radio Tanger consacrée à la guerre du Golfe, signe précoce d’un engagement intellectuel pour la chose publique. Ingénieur d’État en télécommunications, il complète son parcours académique par un doctorat en stratégie ainsi que deux Executive MBA, bâtissant un profil d’expert rarement égalé au sein de la classe politique marocaine.

Dès l’âge de vingt-quatre ans, il fait ses premiers pas dans les cercles du pouvoir comme collaborateur de Driss Jettou, puis de Chakib Benmoussa, avant de contribuer, entre 2005 et 2007, aux travaux de la Primature, du ministère de l’Emploi sur des projets d’appui à l’emploi des jeunes et à la stratégie industrielle, une immersion précoce dans les rouages de l’action publique qui forge son savoir-faire technique.

Membre fondateur du Parti authenticité et modernité, Younes Sekkouri intègre le bureau politique entre 2010 et 2012, avant d’occuper, de 2012 à 2014, la fonction de directeur exécutif du parti.

Élu député PAM et membre de la Commission des finances et du développement économique en 2011, il poursuit en parallèle son ancrage territorial comme conseiller PAM à la commune de Témara et au conseil provincial de Skhirat-Témara à partir de 2015, un maillage entre engagement national et implantation locale qui consolide sa légitimité interne.

Parallèlement à son parcours politique, il mène une carrière académique reconnue, tout en intervenant comme expert auprès de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies. Son principal atout réside ainsi dans cette alliance singulière entre expertise technique éprouvée, expérience gouvernementale directe sur des dossiers sociaux sensibles et fidélité militante ancienne au PAM.