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Diplomatie

Offensive diplomatique du Maroc à l’ONU

La diplomatie marocaine a mobilisé ses capacités et ses réseaux pour mettre en avant son statut de leader régional, de puissance régionale en devenir et de facilitateur de sécurité et de paix. Récit d’une épopée sans précédent.

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Le Maroc s’affirme en tant qu’acteur régional clé. Son offensive diplomatique, lors de la 79e session de l’assemblée générale de l’ONU, dépasse de loin le cadre dans lequel le Royaume évoluait par le passé. Évidemment, le dossier du Sahara est toujours présent dans l’agenda des acteurs de la politique étrangère, mais le Maroc s’impose aujourd’hui en tant qu’acteur incontournable de développement et de co-développement régional, de la paix, de la stabilité, de la lutte contre le terrorisme et le crime transfrontalier.

Ses interventions devant l’assemblée et ses participations aux nombreux groupes de travail en font sans doute une puissance régionale en devenir. Sur une trentaine d’entretiens qu’il a eus avec ses homologues de différents pays, certaines rencontres de travail du ministre Nasser Bourita se démarquent par leur portée à la fois symbolique et réelle.

C’est le cas notamment de ses entretiens avec le nouveau chef de la diplomatie française, avec son homologue mauritanien également fraîchement nommé ou encore avec le chef de la diplomatie de l’ONU et le ministre des Affaires étrangères russe. D’autres rencontres renseignent sur la percée diplomatique du Maroc en Afrique, principalement le flanc oriental du continent. Ses rencontres avec ses homologues de la Tanzanie, du Kenya ou encore du Rwanda, entre autres. C’est un processus que le Royaume a entamé, bien avant sa réintégration en 2017 de l’Union africaine.
Et ses appuis sont aujourd’hui assez nombreux pour pouvoir inverser les tendances au sein de ses instances. Ce qu’il est d’ailleurs en train de faire. Mais le Royaume vise bien au-delà.

On retiendra également cette rencontre bilatérale, le 1er octobre, entre Antony Blinken et Nasser Bourita pour échanger sur la situation au Moyen-Orient et la stabilité en Afrique du Nord. Les discussions ont également porté sur le partenariat et la coopération entre les deux parties, notamment au niveau militaire et économique.

Une rencontre pour «un solide partenariat stratégique entre les États-Unis et le Maroc et des moyens par lesquels nous pouvons atteindre des objectifs de sécurité communs dans la région», souligne le secrétaire d’État américain.

«Alors que nous célébrons des étapes clés, les 20e anniversaires de l’ALE et de l’exercice African Lion , nous avons discuté d’un large éventail de questions bilatérales, régionales et internationales», relève de son côté l’ambassadeur du Maroc à Washington, Youssef Amrani. Ainsi, cette assemblée générale a été d’abord l’occasion de voir concrètement le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, mettre en avant le rôle régional et continental du Royaume à travers plusieurs initiatives (l’IAA, le Sahel-Atlantique, le gazoduc Nigéria-Maroc) ou encore l’engagement du Maroc pour le Pacte pour l’avenir ainsi que le Pacte de Paris.
Autant d’initiatives qui font du Royaume un acteur agissant en faveur du développement et de co-développement Sud-Sud, mais aussi un trait d’union entre les autres parties du monde, l’Europe, l’Asie, l’Amérique et le continent africain.

C’est donc en toute logique que le Maroc, à travers son Chef du gouvernement, a agi en porte-voix d’une Afrique solidaire au cours de cette 79e Session de l’AG de l’ONU. Aziz Akhannouch s’est particulièrement attardé sur deux initiatives clés lancées par le Royaume : le Processus de Rabat des États africains atlantiques (PEAA), lancé en 2022, un partenariat qui s’est déjà assuré l’adhésion de 23 pays africains atlantiques, et l’initiative annoncée par le Souverain en novembre 2023 pour favoriser l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique.

Harmonie dans l’action
Dans cette même démarche holistique, le ministre des Affaires étrangères évolue sur un autre registre, celui du renforcement des relations bilatérales et multilatérales du Royaume, en multipliant les tête-à-tête avec ses homologues d’autres pays, tout en enchaînant avec des réunions à caractère régional. La signature d’une feuille de route avec les pays de l’Union du fleuve Mano, en l’occurrence la Côte d’Ivoire, la République de Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, pour consolider les relations de partenariat dans divers domaines en est un exemple concret. De même que cette réunion avec les pays de la Confédération des États du Sahel et du Tchad, dans le cadre de l’opérationnalisation de l’initiative royale de faciliter l’accès à l’Atlantique pour ce pays, est également un élément saillant de cette sortie remarquable de la diplomatie marocaine.

L’initiative Sahel-Atlantique est «en phase avec les plans de développement nationaux, actuellement en cours de mise en œuvre dans chacun des pays», peut-on lire dans la déclaration conjointe publiée à l’issue de cette réunion. Pour l’heure, le projet est en marche, les quatre pays concernés ont déjà pu aboutir à une synergie entre les différents ministères concernés. L’étape prochaine porte sur la mobilisation «des ressources humaines et financières nécessaires pour les différentes phases» de concrétisation. Pour ce qui est du Processus de Rabat, il ressort de la réunion qui lui a été consacrée que des plans d’action des trois groupes thématiques ont été adoptés. Lesquels groupes portent sur le dialogue politique et de sécurité, l’économie bleue, la connectivité maritime, l’énergie, le développement durable et l’environnement.
Le rôle clé du Royaume dans la sécurité et la stabilité de la région a également été rehaussé lors de la réunion de l’Africa Task Force, co-présidée par le Maroc avec les États-Unis, l’Arabie saoudite et l’Italie. C’est un mécanisme d’abord de lutte contre le terrorisme en Afrique, mais aussi de prévention de l’expansion de ce fléau, notamment dans la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Le troisième acteur de cette offensive diplomatique : le représentant permanent du Maroc à l’ONU, Omar Hilal. Il s’est appliqué à démonter les thèses algériennes et à recadrer, chaque fois que le besoin s’en fait sentir, le ministre des Affaires étrangères de ce pays et les membres de son équipe. Dans toute politique étrangère cohérente et visionnaire, comme l’est celle du Royaume, l’action de ses différents acteurs est, naturellement, une action concertée. Ainsi, quand le Chef du gouvernement se réunit avec ses homologues espagnol et néerlandais, c’est le ministre des Affaires étrangères qui prend la relève avec des entretiens avec son vis-à-vis français et le chef de la diplomatie de l’UE.

Une démarche dont la finalité est la préservation des intérêts du Maroc auprès de l’Union européenne. Plusieurs acteurs clés, dont l’Espagne, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, entre autres, se sont déjà alignés du côté du Maroc.

En ce sens, le Royaume a également signé une percée fort remarquée dans le bloc des pays scandinaves, traditionnellement réceptifs aux thèses de l’Algérie. Ainsi, après la Finlande, il y a quelques mois, c’est le Danemark qui vient de changer de position en affirmant son soutien au plan d’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine. Manifestement, cette approche par périphérie semble payante.

Le Royaume ayant noué un partenariat, en 2001, avec le Groupe de Visegrád (Pologne, République tchèque, Hongrie et Slovaquie). Aujourd’hui, il compte déjà deux alliés parmi les pays scandinaves.

Cela explique sans doute l’objet des entretiens, le 23 septembre, du ministre des Affaires étrangères avec le haut représentant de l’UE pour les affaires extérieures, Josep Borrell. Lesquels entretiens ont porté sur «les moyens à mettre en œuvre en vue de donner un nouvel élan au partenariat stratégique Maroc-UE, pour en faire un véritable modèle de référence dans la région méditerranéenne, dans le contexte géopolitique actuel».

 


Sahara, le Maroc réitère ses constantes
À un mois de la prochaine résolution du Conseil de sécurité, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a rappelé, dans sa déclaration au nom du Royaume à la tribune de l’ONU, les constantes de la position du Maroc telle que réaffirmée par le Souverain au secrétaire général : aucun processus politique n’est possible en dehors du cadre des tables rondes définies par les Nations unies, avec la pleine participation de l’Algérie, ni de solution en dehors du cadre de l’initiative marocaine d’autonomie, ni de processus politique sérieux sans le retour des milices armées au cessez-le-feu, comme le réclament les membres du Conseil de sécurité. Une solution politique définitive à ce différend hérité d’une autre époque passe exclusivement et inéluctablement par l’initiative d’autonomie, dans le cadre de la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale du Maroc, ont réitéré, dans des déclarations à la presse, de nombreux chefs de la diplomatie. Ce sont les mêmes constantes qui ont été réaffirmées quelques jours plus tard par le ministre des Affaires étrangères, lors de sa rencontre avec Staffan de Mistura, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU. Ce dernier devrait présenter, dans quelques jours, son rapport annuel devant le Conseil de sécurité.