Pouvoirs
Mohamed Saad Berrada : «À la prochaine rentrée, une école sur deux sera une école pionnière»
C’est un constat des plus positifs du déroulement de l’année scolaire 2024-2025 que dresse le ministre de l’Éducation nationale. Dans cette interview, le responsable gouvernemental revient sur les acquis engrangés, tout en se projetant dans la perspective de l’année 2025-2026. Avec à la clé 2.000 nouvelles écoles pionnières et 500 nouveaux collèges pionniers à la prochaine rentrée scolaire.
En prenant le flambeau de son prédécesseur Chakib Benmoussa, le ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports s’est fixé l’objectif de garder le cap dans le dessein d’accélérer le rythme pour consolider les acquis, notamment au niveau des établissements scolaires pionniers. Sans perdre de vue l’impératif de maintenir «un dialogue social constructif (…) dans une logique de confiance et de co-construction», pour reprendre ses propres termes. Or, sur les deux fronts, la dynamique est maintenue. Dans l’entretien qu’il a accordé à «La Vie éco», le ministre va au-delà des acquis en dressant les priorités de son département pour l’année scolaire 2025-2026.
Quel bilan dressez-vous de l’année scolaire 2024-2025 ? Quels en ont été les faits les plus marquants ?
L’année scolaire 2024-2025 s’inscrit dans la continuité des Hautes orientations de S.M. le Roi Mohammed VI, qui appelle à bâtir une école de l’équité, de la qualité et de la promotion sociale.
Dans cet esprit, et en conformité avec les objectifs de la loi-cadre 51.17, le bilan est globalement positif. Plusieurs avancées majeures ont été réalisées dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route 2022-2026, notamment l’extension du réseau des écoles pionnières, qui compte désormais 2.626 établissements accueillant 1,3 million d’élèves, et le lancement du projet expérimental de 232 collèges pionniers qui vont accueillir plus de 200.000 élèves.
Ces dispositifs visent à renforcer les apprentissages fondamentaux, réduire la déperdition scolaire et offrir aux élèves un cadre éducatif stimulant et plus équitable.
Cette approche pédagogique personnalisée montre des résultats concrets. S’agissant du programme de remédiation des apprentissages au primaire, par exemple, les performances scolaires ont quadruplé en mathématiques, doublé en arabe et triplé en français.
Par ailleurs, les examens nationaux ont été organisés dans des conditions renforcées de transparence et de rigueur. Des initiatives pédagogiques, culturelles et sportives ont été déployées pour favoriser l’épanouissement des élèves et renforcer leur sentiment d’appartenance à l’école.
Enfin, un dialogue social constructif a été maintenu tout au long de l’année, dans une logique de confiance et de co-construction avec les différentes composantes de la communauté éducative.
Le Conseil supérieur de l’Éducation a évalué le projet des écoles pionnières. Quelles leçons en tirez-vous ?
L’évaluation réalisée par le Conseil supérieur de l’Éducation, de la formation et de la recherche scientifique a examiné la façon dont le projet a été mis en œuvre sur le terrain, en analysant les activités menées, les ressources utilisées et les difficultés rencontrées.
Les résultats sont beaucoup plus qu’encourageants, avec un score global de conformité de 79 sur 100. On observe notamment une excellente performance en matière de pratiques pédagogiques (86 points) et de dispositifs de soutien aux élèves (87 points). Ces résultats traduisent l’impact direct de la mobilisation des enseignants et de l’individualisation de l’accompagnement.
Toutefois, le rapport souligne aussi l’existence de disparités régionales et intrarégionales. Cela nous incite à renforcer notre approche fondée sur le ciblage différencié, l’équité territoriale et le renforcement des capacités locales, conformément à la vision royale et à l’esprit de la loi-cadre, qui érigent l’égalité des chances comme un fondement central de la réforme.
Le rapport de l’Instance nationale d’évaluation (INE) permet de mesurer jusqu’à quel niveau l’approche de mise en œuvre du modèle de l’école pionnière a permis de réduire considérablement les écarts entre les établissements du milieu urbain et ceux du milieu rural. En effet, concernant le résultat global, la différence des performances obtenues par ces deux catégories d’établissement ne dépasse pas 2 points sur 100 : 78 sur 100 pour le milieu rural, 80 points sur 100 pour le milieu urbain.
Avec le recul, comment évaluez-vous l’expérience des écoles pionnières et quelles sont les perspectives pour la rentrée prochaine ?
Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que l’expérience des écoles pionnières constitue une avancée structurante dans le processus de transformation de notre système éducatif. Elle a permis de déployer un modèle innovant fondé sur les données probantes, qui vise en premier lieu à consolider la maîtrise des apprentissages fondamentaux avant d’introduire progressivement de nouveaux acquis, en s’appuyant sur des méthodes d’enseignement efficaces garantissant une progression solide et durable des élèves.
Ce modèle valorise également le rôle des Académies régionales d’éducation et de formation et des Directions provinciales dans la conception et la mise en œuvre de la réforme, conformément à l’esprit de la politique de régionalisation avancée et de déconcentration administrative, ainsi que l’autonomie des établissements et la responsabilisation des équipes éducatives.
Les premiers résultats sont prometteurs : amélioration des acquis des élèves, engagement renforcé des enseignants et meilleure implication des communautés éducatives. Cela reflète fidèlement la vision royale d’un système éducatif moderne, efficient et centré sur l’élève.
Pour la rentrée 2025-2026, notre ambition est d’étendre progressivement ce modèle à 2.000 nouvelles écoles primaires pour atteindre 50% des établissements et 500 nouveaux collèges, soit le tiers, tout en renforçant les dispositifs d’accompagnement et de mise en œuvre, de formation continue, d’évaluation et d’appropriation locale. L’objectif est de consolider une dynamique durable d’amélioration continue au service de la qualité.
Où en est le projet des Collèges pionniers ? Quelles sont ses orientations à ce stade ?
Le projet des collèges pionniers s’inscrit dans la continuité des écoles pionnières, avec une adaptation aux enjeux spécifiques du cycle collégial, notamment la prévention du décrochage scolaire et l’accompagnement des élèves dans une phase charnière de leur développement personnel et cognitif.
Lancé cette année dans plusieurs établissements pilotes, le projet repose sur un triptyque clair : apprentissages fondamentaux renforcés, épanouissement des élèves à travers les activités parascolaires et sportives, et accompagnement individualisé des élèves à risque.
Une autonomie accrue a été accordée aux établissements dans la mise en œuvre de leur projet d’établissement intégré, et le numérique éducatif y est mobilisé comme levier de modernisation pédagogique. Les premiers retours d’expérience du terrain sont encourageants, tant en termes de mobilisation des équipes que d’impacts observables sur les élèves.
Nous travaillons actuellement pour une capitalisation rigoureuse de cette phase expérimentale, en vue d’un déploiement progressif fondé sur l’adaptation au contexte local et l’appropriation par les communautés éducatives.
Quelles seront les priorités stratégiques de votre département pour la prochaine année scolaire ?
Nos priorités pour la prochaine année scolaire s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre accélérée de la feuille de route 2022-2026, conformément à la loi-cadre 51.17.
Nous poursuivrons quatre axes majeurs. D’abord, le renforcement de la qualité des apprentissages, avec un accent sur les apprentissages fondamentaux dès les premières années de scolarité. Ensuite, la lutte contre le décrochage scolaire, par des mécanismes ciblés de détection précoce, d’accompagnement personnalisé et de remédiation pédagogique.
Puis la modernisation de l’environnement scolaire, à travers la réhabilitation des établissements, l’élargissement du réseau des écoles et collèges pionniers, et l’intégration stratégique du numérique éducatif. En dernier lieu, le renforcement du pilotage basé sur les résultats, par la mise en place et l’amélioration des systèmes d’information et de tableaux de bord permettant un suivi rigoureux et régulier des indicateurs clés de performance.
L’ensemble de ces priorités converge vers un objectif commun : bâtir une école publique marocaine équitable, inclusive, attractive et résolument tournée vers l’avenir, au service du développement humain durable de notre pays.
