SUIVEZ-NOUS

Pouvoirs

Maroc, un pays en chantiers

Programme national de l’eau, feuille de route du tourisme, Stratégie industrielle, une Coupe du monde à préparer… le gouvernement est sur tous les fronts.

Publié le


Mis à jour le

En matière de contrôle de l’action du gouvernement, on ne peut pas dire que les parlementaires vont être à court d’idées pour leurs questions orales, écrites, ou même de politique générale et leurs missions d’information. Les chantiers ouverts par le gouvernement sont aussi multiples que vastes et variés. Ce sont des chantiers qui, pour certains, nécessitent de lourds investissements de l’État et pour d’autres, vont drainer des investissements étrangers importants. Particulièrement dans les domaines encore nouveaux comme la mobilité verte et l’hydrogène vert. Il s’agit de deux nouveaux écosystèmes à mettre en place. Dans les deux cas, la production devrait démarrer dans un an, ou un peu plus. L’Exécutif a également ouvert d’autres chantiers, celui de l’eau avec, à la clé, un investissement de plus de 140 milliards de dirhams, mais aussi le chantier de la reconstruction de la région d’Al Haouz, frappée par le séisme du 8 septembre, tout en préparant la Coupe africaine de football, en 2025, et le Mondial de 2030.

Industrie, le nouveau pari du Royaume
L’un des chantiers majeurs du mandat du gouvernement actuel, en plus de la mise en place de l’État social, est sans doute celui de l’implémentation de nouveaux écosystèmes industriels. Il s’agit particulièrement de l’écosystème de l’hydrogène vert et celui des batteries électriques. Une offre Maroc relative à l’industrie de l’hydrogène vert est fin prête, une circulaire détaillant l’offre est attendue dans les jours à venir, les manifestations d’intérêt des opérateurs internationaux se suivent. Les annonces d’investissement se chiffrent déjà en milliards de dirhams.
L’OCP a d’ailleurs déjà mis en place un plan d’investissement intégrant cette composante. De même pour le secteur des batteries électriques. Plusieurs groupes se sont prononcés, principalement des Chinois qui sont leaders mondiaux dans le domaine. Et d’après les mémorandums d’entente signés et les investissements annoncés, il s’agit non seulement de la fabrication de batteries, mais de toute la filière qui sera installée au Maroc, depuis les matières premières, le cobalt, le lithium et les phosphates, jusqu’au produit fini, en passant par les composants intermédiaires, les électrolytes et les cathodes. Les premières unités devraient entrer en production au cours de l’année 2025. En même temps, de nouveaux opérateurs dans les domaines, devenus classiques, comme l’aéronautique et l’automobile, et tout récemment l’industrie pharmaceutique, viennent de s’installer et devraient entrer bientôt en production. L’industrie militaire est également en démarrage. Pour accompagner cette dynamique, le ministère de tutelle planche sur une nouvelle stratégie industrielle où la trame principale est la promotion et le renforcement du «Made in Morocco».

Eau, comment dompter les aléas climatiques
Au terme de deux années de sécheresse, que l’Exécutif a d’ailleurs su gérer, il est évident que la question de l’eau devait être pensée autrement. Pour schématiser, le gouvernement travaille sur trois fronts. Le dessalement, avec une multitude de projets de stations lancés, en plus de ceux portés et réalisés par l’OCP, les barrages et retenues, avec une série d’ouvrages à réaliser et d’autres dont la capacité sera augmentée et, enfin, les autoroutes de l’eau. C’est d’ailleurs l’une des prouesses du gouvernement, puisque la première phase de ce vaste projet de transfert d’eau entre les bassins hydrologiques a été réalisée en un temps record et permet déjà de satisfaire les besoins en eau potable des villes de l’axe Casablanca-Rabat, et même au-delà. En plus de cette autoroute principale qui s’étend jusqu’à Marrakech, on parle aujourd’hui d’un deuxième projet dans la région du Nord avec pour objet de sécuriser l’approvisionnement de Tanger en eau potable et industrielle. Schématiquement, les villes, et par extension les zones côtières, devaient être alimentées, aussi bien pour l’eau potable que pour l’irrigation, via le dessalement et le transfert. Les zones intérieures vont voir leurs besoins satisfaits par les barrages.

Agriculture, pour la sécurité alimentaire
Le gouvernement accorde une attention particulière à la promotion du secteur agricole. Et ce, compte tenu de son poids dans l’économie du pays, aussi bien en termes de croissance qu’en valeur ajoutée et postes d’emploi, mais aussi étant donné le rôle central dans la réalisation de la sécurité alimentaire. C’est un chantier ouvert depuis l’année 2020. Génération Green 2020-2030, mise en œuvre depuis 2021, a pour objectif l’émergence d’une classe moyenne dans le monde rural, le développement d’une nouvelle génération d’organisations agricoles (coopératives, agrégation, nouveaux modèles d’organisation…), ainsi que l’accélération de la création de la valeur ajoutée agricole. L’action des pouvoirs publics porte également sur la structuration et la modernisation des chaînes de distribution pour maximiser la valeur captée par les agriculteurs et améliorer la qualité des produits vendus aux consommateurs. Entre autres objectifs de cette stratégie, l’irrigation localisée et, par-delà, le développement d’une agriculture durable et résiliente aux changements climatiques par le dédoublement de l’efficacité hydrique et la promotion des techniques de conservation des sols.

Tourisme, un secteur performant
Une feuille de route 2023-2026 vient d’être lancée dans le secteur. L’objectif étant de faire du Maroc l’une des destinations les plus prisées au niveau mondial. Pour ce faire, le gouvernement table non seulement sur l’image du Maroc, surtout après la prestation de l’équipe nationale au Mondial du Qatar et l’annonce de l’organisation, dans notre pays, de la CAN 2025, du Mundialito 2029 et de la Coupe du monde 2030, mais aussi sur une stratégie globale.
Cette stratégie, annoncée en mars dernier, a pour ambition de porter à 26 millions le nombre de voyageurs d’ici 2030, attirer 17,5 millions de touristes à l’horizon 2026 et 120 milliards de dirhams de recettes en devises. Cette feuille de route, qui mobilisera une enveloppe globale de 6,1 milliards de dirhams en quatre ans, permettra au secteur de jouer son rôle de levier d’investissement et de promouvoir la création des entreprises tout en stimulant l’investissement. En attendant la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie, le secteur enchaîne les performances. L’année en cours sera sans doute un tournant.

Coupe du monde, un catalyseur de développement
On ne connaît pas encore l’impact économique, y compris le coût, de la coorganisation du Mondial 2030. Ce que l’on sait par contre, c’est que c’est une opportunité à saisir pour faire de cet événement un catalyseur de développement. Une opportunité que le gouvernement ne compte manifestement pas rater. Une Coupe du monde, c’est d’abord évidemment des terrains, d’entraînement et de compétition. Là, on ne peut pas dire que l’Exécutif est à la traîne. Les chantiers sont déjà lancés et la CAN 2025 fera office de test sur ce point, mais également en termes d’organisation et de sécurité. Une telle manifestation d’envergure mondiale, c’est aussi des infrastructures de communication et de télécommunications. Les trains, les liaisons aériennes, les autoroutes… et naturellement les transports urbains. Dans le domaine, il reste encore très peu à réaliser pour être au niveau. Par contre, en matière de télécommunications, il y a tout à faire. D’abord déployer la 5G, avec les licences à accorder, les infrastructures réseau à mettre en place, mais également le haut débit et le très haut débit et les zones blanches à connecter. Bien sûr, il y a aussi le reste, les infrastructures d’hébergement ou encore un système de santé performant. Avec le déploiement de la nouvelle feuille de route relative au tourisme et la réforme de la Santé, le pays sera à l’heure. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’investissements à faire.

Haut atlas, la reconstruction en marche
La reconstruction des zones frappées par le séisme du 8 septembre sera un test grandeur nature pour l’État. Le gouvernement doit prouver, et le fait déjà, ses capacités de travail sous la pression du temps, de mobilisation, de synergie entre les différents intervenants. Il ne s’agit pas seulement d’une opération de remise en l’état, mais de tout un programme de réhabilitation et de développement. Pratiquement tout sera à construire : les routes (un chantier déjà très avancé), les écoles, les hôpitaux et autres services publics, ainsi que des villages entiers. Tout cela doit se faire en même temps sur un territoire qui englobe cinq provinces et une préfecture. L’État n’a pas lésiné sur les moyens, un budget de 120 milliards de dirhams sur cinq ans est prévu, soit un peu plus de 8,5% du PIB. Le chantier avance, les départements concernés ont bouclé les opérations de recensement. Le ministère de l’Éducation nationale promet une remise sur pied de toutes les écoles détruites d’ici la rentrée prochaine. Les centres de santé et les routes sont également en cours. Le réseau d’électricité est entièrement rétabli, l’eau potable suivra. Tout ce chantier sera confié à une agence dédiée qui en assurera la supervision et le suivi. C’est un chantier titanesque.