Partis
Le PAM: le gouvernement lui va bien
Le Parti authenticité et modernité est dans la coalition gouvernementale et y reste, a tranché Abdellatif Ouahbi. D’ailleurs, son implication dans la majorité semble avoir porté une stabilisation en rupture avec les tiraillements d’un passé pas si lointain.
Attendue par les membres du parlement PAMIste, mais aussi par le landerneau politique, l’allocution de Abdellatif Ouahbi, lors de la 27ème session du conseil national du PAM était sous le ton de la clarification des positions, notamment en ce qui concerne la participation et son implication dans l’actuelle majorité.
Samedi 8 juillet, le secrétaire général de la formation du Tracteur était «tranchant». A. Ouahbi a, en effet, tenu à couper court à toutes les éventuelles supputations. Clair et net, il a réitéré, tout en détachant les syllabes, «l’engagement moral sans faille» du PAM envers la majorité gouvernementale, menée par le Rassemblent national des indépendants (RNI). Aussi, a-t-il précisé, sa formation «poursuivra son action au sein du gouvernement», tout en exprimant son soutien total à l’Exécutif et à son chef «de manière responsable». Dans la même veine, le chef de file des PAMistes n’a pas manqué de louer les actions menées par la majorité, malgré les contraintes objectives, pour la mise en œuvre du programme gouvernemental, dans le cadre du plan d’action relatif au chantier de l’édification de l’Etat social. Par ailleurs, le communiqué final ayant sanctionné les travaux du conseil national du PAM a souligné sa satisfaction quant au bilan de l’action de l’Exécutif ainsi que ses interventions à tous les niveaux, de même qu’il a loué sa volonté d’acter les réformes contenues dans son programme, nonobstant les contraintes endogènes et exogènes. Aussi, le document a renouvelé le soutien total du PAM, de la même manière qu’il a mis en exergue la cohésion et la solidarité qui marquent l’action gouvernementale. Par ailleurs, tout en exprimant son engagement de défendre toutes les décisions de l’Exécutif, le PAM dit se réserver le droit d’attirer l’attention, et de façon responsable, sur les éventuelles insuffisances qui risqueraient de ralentir le rythme des réformes.
Rétroviseur…
A y voir de trop près, certains analystes décèlent que l’implication du PAM au sein de la majorité «aura joué un rôle majeur dans la stabilisation de cette formation». D’autant plus que le parti a traversé, les dernières années d’avant sa participation à la gestion des affaires publiques, des tiraillements en son sein. Les épisodes sont, en fait, nombreux où la deuxième plus grande formation de la scène politique marocaine était «à peu de choses près de l’implosion». On doit encore s’en souvenir, notamment, du temps de Hakim Benchemach.
Arrivé au gouvernail du parti en 2018, ce dernier se retrouvera dans la tourmente peu de temps après. Notamment, lorsqu’il procédera, en 2019, à une grande purge au sein des instances du PAM. L’ancien secrétaire général avait expulsé neuf parmi la douzaine de coordinateurs et autres secrétaires généraux régionaux de sa formation. Une zone de turbulence qui a aussi connu le départ de plusieurs vagues de militants.
La contestation s’organise et c’était à ce moment-là que l’actuel secrétaire général Ouahbi, à l’époque membre du bureau politique, monte au créneau en créant le groupe «L’appel de l’avenir».
On connaît le feuilleton. Début juin 2019, le groupe anti-Benchamach annonce la couleur lors d’une conférence de presse. La décision a été prise de convoquer une réunion extraordinaire du conseil national. Une missive signée par 32 des 64 membres du Bureau fédéral a été envoyée dans ce sens à la présidente du parlement du PAM, Fatim-Zahra Mansouri, qu’on surnomme «la conscience du parti» ou encore «la dame de fer».
Dans le viseur : l’invalidation des expulsions prises par l’ancien secrétaire général. Suivra un feuilleton judiciaire. Le 3 juin, le groupe dépose une plainte auprès du tribunal de première instance de Rabat pour annuler les «décisions unilatérales» de l’ancien patron du PAM. En décembre 2019, Benchamach sera débouté par la Justice. L’acteur principal de «L’appel de l’avenir» ratisse large et mobilise les troupes.
Dans la foulée, la commission préparatoire du 4ème congrès national est constituée, dont la présidence a été confiée à Samir Goudar, qui faisait partie parmi d’autres membres influents, et non des moindres à l’époque, du groupe de la fronde, dont Aziz Benazzouz et un certain Ahmed Akhchichine. C’est dire que le parti revient de loin. La reconstruction institutionnelle a été lancée.
Les préparatifs du congrès de la jeunesse ont démarré il y a quelques mois et le congrès de l’organisation des femmes a eu lieu en mai dernier. Cela dit, même après le congrès national de février, tenu à El Jadida, qui a porté Abdellatif Ouahbi à la tête du PAM, l’avocat a pris son temps pour installer sa formation sur des bases solides.
D’ailleurs, est-ce un hasard que l’actuel secrétaire général a insisté, devant les membres du parlement de son parti, sur l’impératif d’accorder les violons dans «un parti des institutions» et «non des allégeances aux personnes», en pensant certainement aux expériences passées.
Quant à la cuisine interne du parti, la direction du PAM demeure «intransigeante» sur le front de la discipline partisane. Sans identifier les concernés, A. Ouahbi faisait allusion aux mesures disciplinaires qui ont été prises à l’endroit de certains de ses membres qui auraient franchi le Rubicon du respect des lignes directrices du parti, ainsi que les engagements qui sont les siens au sein de la coalition gouvernementale. S’agissant, par ailleurs, du «débat» soulevé par certains PAMistes sur «la doctrine» du parti qui aurait été mise en veille, la direction ne semble pas prêter d’attention particulière aux voix qui ont tenté de faire remonter à la surface l’expérience du MTD (Mouvement de tous les démocrates). Jugeant, en fait, que rien ne devrait entamer «l’unité, la cohésion et la forte foi dans le projet de société porté par le PAM».
Quant à la question de savoir si Abdellatif Ouahbi briguerait un nouveau mandat au gouvernail du PAM, c’est motus et bouche cousue.
En l’absence d’un dauphin visible ou encore la discrétion dont font preuve les membres de la direction du parti, il va falloir attendre la tenue des assisses nationales pour y voir clair. Aussi, les «têtes d’affiche» les plus en vue ne semblent-elles pas, tout au moins publiquement, nourrir d’ambitions sur ce front. N’empêche, certaines indiscrétions font état de l’envie de l’actuel secrétaire général de ne pas se présenter à sa propre succession. L’habitus politicus du PAM, depuis sa création en 2008, y est pour quelque chose.
Dispositif en place
En prévision du 5ème congrès national du PAM, prévu début 2024, et outre la commission préparatoire, instituée lors de la 27ème session du conseil national du PAM, et dont la présidence est revenue à Samir Goudar, d’autres structures, sous forme de sous-commissions, ont été également mises sur pied. Il s’agit, dans le détail, de la sous-commission de la logistique, accueil, préparation et communication, d’une autre qui s’occupera de la sélection des congressistes, une troisième se chargera des documents doctrinaux, politiques et des programmes, une quatrième qui planchera sur les affaires juridiques et administratives et une dernière qui aura pour mission la rédaction du communiqué final. Cinq sous-commissions en tout composées de 20 militants chacune.
Par ailleurs, on apprend que d’autres rendez-vous sont aussi au programme. En effet, si valeur aujourd’hui, le PAM a tenu six congrès régionaux, les autres restants devront avoir lieu d’ici la tenue du congrès national.
