Pouvoirs
Hydrogène vert: Le Maroc déploie le tapis rouge aux investisseurs
Les premières molécules d’hydrogène vert vont être produites bientôt. Elles pourront ensuite être transformées en ammoniaque, méthanol, carburants synthétiques, ou autre.
Ce 11 mars sera sans doute une date marquante. Avec la publication de l’Offre Maroc en matière d’hydrogène vert, via une circulaire du Chef du gouvernement datée de ce jour, le Royaume fait son premier pas sur le marché mondial de l’énergie. Il fait partie du club fermé des pays à fort potentiel en H2 vert et qui vont façonner la géopolitique régionale, voire au-delà de l’énergie verte. Le Maroc se positionne en fait comme une plateforme mondiale de l’énergie. C’est un nouveau virage qu’il a pris soin de bien préparer, sans céder, comme l’ont fait certains pays, aux offres alléchantes et intéressantes des groupes internationaux plus ou moins connus.
Ainsi, conformément aux orientations royales, lors de la réunion de travail du 22 novembre 2022, le gouvernement a élaboré une «Offre Maroc» opérationnelle et incitative. Elle couvre l’ensemble de la chaîne de valeur de la filière de l’hydrogène vert tout en étant adaptée aux besoins des investisseurs. L’objectif, précise la circulaire émise par le Chef du gouvernement, est «de positionner le Royaume en tant qu’acteur compétitif sur cette filière naissante à fort potentiel et de maximiser les retombées positives pour le Maroc».
Concrètement, ce qu’offre le Royaume aujourd’hui c’est une vaste superficie qui présente un potentiel des énergies renouvelables (EnR) excellent et qui s’étend des versants sud de l’Atlas jusqu’aux frontières de la Mauritanie, englobant presque tout le territoire des provinces sahariennes. Des zones présentant un potentiel moyen à bon sont parsemées un peu partout sur le reste du territoire, particulièrement dans l’Oriental et au large des côtes atlantiques au sud d’El Jadida. Le Maroc offre également une dizaine de stations de dessalement et des ports aujourd’hui en construction et à prévoir, un réseau de pipelines constitué du GME et ses extensions vers Tandrara et Nador relié directement à l’Europe et, à moyen terme, le futur pipeline Nigéria-Maroc. Le Royaume propose également aux investisseurs un réseau de transport électrique dense de haute tension (400 kV) en cours de renforcement et un réseau projeté du courant continu de haute tension. Pour le stockage, des zones de cavités salines présentant un grand potentiel ont également été repérées. Il faut dire qu’aucun autre pays de la région n’offre des conditions aussi favorables aux futurs investisseurs, dont une dizaine se sont déjà manifestés bien avant. Ils ont pour ainsi dire de la visibilité, ce qui compte le plus dans l’acte d’investir.
Une gouvernance verrouillée
L’Offre Maroc s’adresse aussi bien aux investisseurs qu’aux consortiums désirant produire, à l’échelle industrielle, de l’hydrogène vert et ses dérivés. La production peut être destinée au marché intérieur ou à l’export ou même les deux à la fois. Cette offre s’applique aux projets intégrés de l’amont, depuis la génération d’électricité à partir des EnR et l’électrolyse, jusqu’à l’aval avec la transformation de l’hydrogène vert en ammoniaque, méthanol, carburants synthétiques, ou autre, ainsi que la logistique y afférente. C’est la première catégorie des investisseurs visés. Pour ces derniers, c’est MASEN qui fait office de guichet unique et d’accompagnateur.
La deuxième catégorie est composée des investisseurs ne se positionnant que sur un ou certains maillons de l’amont de la chaîne de valeur de la filière de l’hydrogène vert et éventuellement sur l’aval de cette chaîne, ou seulement sur l’aval. Ces derniers sont éligibles aux programmes nationaux, dans le cadre de la nouvelle Charte de l’investissement. Ils pourront s’adresser directement au CRI de la région concernée par leur projet ou à l’AMDIE s’ils n’ont pas identifié la région dans laquelle ils comptent investir. Après l’étude du dossier et les premières négociations, la phase clé dans le projet d’investissement est l’attribution du foncier. En effet, est-il précisé, «le foncier constitue un enjeu clé pour le développement de la filière de l’hydrogène vert».
L’État a déjà identifié un foncier public significatif. Il est de l’ordre d’un million d’hectares, dédié, accessible et à fort potentiel en matière de production d’hydrogène vert. Ce foncier est déjà couvert par les arrêtés du département de l’Énergie qui définissent les zones d’accueil des sites de développement de projets de production d’énergie électrique à partir de sources d’énergies solaire et éolienne. C’est ainsi que dans une première phase, l’État met à la disposition des futurs investisseurs une assiette de 300.000 hectares à répartir en lots de 10.000 à 30.000 hectares.
L’hydrogène vert étant, en effet, une filière encore émergente, le Maroc a décidé d’adopter une démarche par étape «afin de garder la flexibilité requise pour pouvoir s’adapter aux évolutions du secteur, notamment technologiques, législatives, réglementaires et de marché».
Cela dit, pour améliorer la compétitivité de la filière, l’État encourage la massification et la mutualisation des infrastructures, les hydrogénoducs, les ports, les stations de dessalement… Plus encore, les projets visant l’intégration industrielle de la filière au Maroc, qu’il s’agisse d’intégration horizontale, en termes d’équipements nécessaires à la chaîne de valeur hydrogène, ou verticale en ce qui concerne les industries consommatrices d’hydrogène et/ou de ses dérivés au Maroc, pourront bénéficier des incitations prévues par la nouvelle Charte de l’investissement.
Modus operandi
Pour les démarches, un circuit investisseurs a été soigneusement étudié avec des intervenants identifiés. Le dossier de l’investissement est déposé auprès de MASEN. C’est la phase de l’appréciation des offres déposées sur la base de divers critères, des entretiens préliminaires peuvent être envisagés. Les négociations initiales, deuxième étape, démarrent tout de suite après. Un contrat préliminaire de réservation de fonciers est signé au terme de cette étape. Puis, interviennent les négociations finales qui sont clôturées par une convention d’études avancée. Une fois les engagements précisés, une convention-cadre d’investisseur est signée. Par la suite, il y aura un suivi de la réalisation du projet et un reporting régulier. Voilà pour les démarches.
Pour les investisseurs déjà engagés, avec des projets préalablement soumis aux autorités compétentes, voire ayant obtenu pour certains des autorisations pour réaliser des études in situ, MASEN prendra attache avec eux, afin de les intégrer et les accompagner dans le processus.
