Pouvoirs
En Couv’. Réforme de la santé: Un chantier qui avance à grands pas
De nouveaux hôpitaux ultra-équipés sont ouverts, d’autres en construction ou encore en cours d’aménagement. Le train de la réforme de la santé est bien en marche. L’organisation se met en place progressivement et la digitalisation du secteur est bien avancée.
Il y a des signaux, s’il en faut encore, qui ne trompent pas. Ils renseignent clairement sur la volonté et la détermination de l’État de mener à terme une réforme profonde et irréversible dans le secteur de la santé. En l’espace d’une semaine, le Parlement a adopté un projet d’amendement de la loi relative aux nominations aux hautes fonctions, validé en Conseil des ministres le 1er juin. En vertu de ce texte, 15 structures intègrent la liste des Établissements et des entreprises stratégiques. Il s’agit des 12 groupements sanitaires territoriaux (GST), des deux agences, des médicaments et du sang, et de l’Autorité nationale de la santé.
La même semaine, le gouvernement a adopté des décrets d’application liés justement aux deux agences ainsi qu’aux douze GSR. Ce qui marque le début effectif du déploiement d’un nouveau mode de gouvernance du système de santé. Un système, est-il précisé, «basé sur la dimension régionale et sur la proximité vis-à-vis des citoyens, selon des objectifs précis et une vision stratégique à long terme». Ce faisant, le gouvernement a également décrété au cours de la même réunion une augmentation des salaires des infirmiers et techniciens de la santé publique, et le ministre de tutelle reprend, peu après, le dialogue avec les syndicats du secteur. Pendant ce temps, le Souverain a donné ses instructions pour la mise en service de deux nouveaux centres hospitaliers de niveau 2 à Kénitra et Al-Hoceima. La manière avec laquelle a été dispersée une manifestation du personnel de la santé à Rabat est aussi une façon pour l’État de réaffirmer sa détermination à aller de l’avant dans cette réforme et surtout de tuer dans l’œuf toute tentative d’instrumentaliser les revendications sociales de cette catégorie des fonctionnaires.
Autre signe que la réforme est bien en marche, cette campagne de recrutement, tout juste lancée par la CNSS pour des dizaines de profils, techniciens et ingénieurs, dans des domaines aussi pointus que le traitement de la data et les systèmes informatiques. Le message est clair, dans le domaine de la santé plus spécialement, il y aura un avant et un après Covid. Le ton a d’ailleurs été déjà donné lors de l’épidémie. Sans hésiter, le Royaume a fait le choix de la santé publique au détriment de l’appareil économique. Nous l’avons suivi, depuis. À peine le gouvernement investi, il s’est mis à la tâche. Une loi-cadre a été adoptée et dans la foulée cinq autres textes de loi, presque en même temps. En parallèle, un chantier de rénovation et de construction des établissements hospitaliers a été mené avec la création de nouveaux CHU.
Climat social assaini
L’intégration des quinze organismes cités plus haut dans la liste des établissements et entreprises stratégiques n’a qu’un sens. Bien que la loi ne le précise pas clairement, un établissement est considéré stratégique de par son rôle crucial dans un secteur économique clé pour le pays et la nature des services essentiels qu’il assure à la population, et c’est justement notre cas comme la santé, ou son implication dans des activités sensibles pour la sécurité du pays. Dans un cas comme dans l’autre, il ne peut souffrir de perturbation de son activité ou carrément de cessation d’activité à l’occasion d’un mouvement de grève par exemple. On comprend donc pourquoi les forces de l’ordre sont intervenues, de cette manière, pour disperser la protestation du personnel du secteur de la santé.
On comprend aussi pourquoi le gouvernement insiste, en y mettant toute la bonne foi et toutes les capacités d’écoute et de négociation dont il dispose et sa détermination aussi, pour que le projet de loi organique relatif à la grève voie le jour, le plus tôt possible. La présentation du projet de loi organique 97.15 devant la Commission des secteurs sociaux a ainsi été programmée mardi 16 juillet. C’est un signal que le gouvernement veut accélérer le processus d’adoption de cette loi, tout en restant à l’écoute des syndicats. L’Exécutif vient d’ailleurs de donner une nouvelle preuve concrète de cette démarche, répondant favorablement à l’essentiel du cahier revendicatif du personnel de la santé publique qui comprend une trentaine de points. «Tous les points à caractère juridique ont été validés par le gouvernement. À leur tête, le maintien du statut actuel du personnel de la santé comme fonctionnaires de l’État, tout en préservant tous les acquis et les droits que leur confère le statut de la fonction publique.
Leur salaire sera également payé dans le cadre du budget général de l’État», précise-t-on auprès des sources syndicales au sortir de cette réunion avec le ministre Khalid Ait Taleb. C’est de loin le premier souci des fonctionnaires du secteur. Le gouvernement, ne souhaitant sans doute pas se retrouver dans un bras de fer à l’image de celui qui l’a opposé au personnel de l’enseignement, a décidé que ce point soit réglé une fois pour toutes. De manière globale, le gouvernement a répondu favorablement à plus de 80% des revendications du personnel de la Santé. C’est pour dire que la bonne foi y est. D’autant que pour le gouvernement, les ressources humaines et leur motivation sont au centre de toute réforme.
Nivellement par le haut
Le Chef du gouvernement vient de l’affirmer récemment lors d’une rencontre avec les citoyens à Fès : «Certains hôpitaux publics n’ont rien à envier aux cliniques privées. Nous avons investi énormément pour en arriver là. Et depuis l’entrée en vigueur de l’AMO, les citoyens préfèrent aller dans les hôpitaux publics. Et nous ne sommes qu’au début». En fait, la nouvelle offre de soins est structurée en niveaux. Il y a d’abord le niveau 1, qui concerne les Centres de santé de proximité, les hôpitaux locaux et les maternités rurales dans le monde rural. Ils proposent des consultations médicales générales, des soins maternels et infantiles, les urgences de base et dans certains cas l’hospitalisation de courte durée. Le gouvernement est actuellement en train de réaménager et mettre à niveau les unités existantes et d’en ouvrir de nouvelles. Il s’agit de 1.400 centres répartis sur l’ensemble du territoire national. Puis, il y a un niveau 2, il s’agit des hôpitaux provinciaux et régionaux.
Les deux centres qui viennent d’ouvrir à Kénitra et Al-Hoceima en font partie, de même que les cinq centres hospitaliers régionaux qui ont été réaménagés et mis à niveau et sont tout aussi opérationnels. Ce sont des structures plus importantes, situées dans les grandes villes, ou les centres régionaux. Ils offrent une gamme plus large de soins, y compris des spécialités médicales et chirurgicales, ainsi que des plateaux techniques plus performants. Ces entités sont dotées de matériel et des équipements médicaux et biomédicaux les plus avancés, dont des systèmes numériques de gestion des dossiers médicaux des patients qui permettent aux professionnels de la santé d’avoir un accès immédiat à leurs données, de manière à améliorer la qualité et la rapidité des soins de santé fournis. Elles disposent aussi de dizaines de spécialités médicales et chirurgicales ainsi que des équipements modernes. Enfin, il y a un niveau 3, représenté par les CHU. Il y en aura un dans chaque région et sera adossé à une faculté de médecine et de pharmacie. Il y a aussi les centres hospitaliers spécialisés, oncologie, soins psychiatriques…, et puis, il y a tout le secteur privé qui vient en appoint. Un secteur qui s’aventure dans des villes de plus en plus petites et de plus en plus éloignées, tout en investissant dans la formation et dans des structures hospitalières de plus en plus complexes.
Vers le tout digital
En fait, le gouvernement prend comme exemple les centres d’hémodialyse qui reçoivent même les personnes prises en charge par l’État et les collectivités territoriales. C’est un modèle qui marche et que l’Exécutif a décidé d’élargir au secteur de la santé dans sa globalité. Le patient est admis et hospitalisé et c’est l’AMO qui prend en charge la facture. Le patient peut se faire suivre soit dans le public, soit dans le privé ou l’un en premier et l’autre ensuite. C’est d’ailleurs l’intérêt de mettre en place un système informatisé de gestion de tout le processus. Le dossier médical électronique et la feuille de soins électronique ont été prévus pour cela. Ce qui explique que la CNSS, qui sera amenée à terme à gérer tout le système d’assurance maladie obligatoire, est en train de renforcer ses équipes avec des profils pointus spécialisés dans les domaines de la data et des systèmes d’information.
En réalité, c’est juste une étape d’un processus qui a déjà été lancé. Le Système d’information hospitalier (SIH) intégré a été conçu et mis en place dans le but d’améliorer la gestion des informations et des processus au sein des établissements de santé, en alignement avec les orientations stratégiques du Maroc. Ce nouveau système d’information est déjà entré en service au niveau des grands centres hospitaliers à travers le pays, il sera étendu progressivement aux centres de santé et aux dispensaires. Il permet la centralisation des données médicales, administratives et financières, favorisant ainsi une meilleure coordination des soins. Ce qu’il faut savoir, c’est que c’est un système révolutionnaire dans la mesure où tous les intervenants y sont connectés.
L’accueil et l’admission, l’infirmier, le médecin, le laboratoire d’analyse, le radiologue, le pharmacien, le bloc opératoire… et dans les deux bouts, la CNSS pour les opérations de prise en charge et pour le paiement des factures de soins. En parallèle, une plateforme interopérable reliant le système d’information hospitalier à une base de données nationale est en cours de réalisation. Concrètement, en collaboration avec la CNDP, la DGSN travaille sur la mise en place d’un Identifiant national de santé qui sera intégré à la Carte nationale d’identité électronique. Ce projet vise à créer un identifiant unique pour chaque individu, permettant ainsi une gestion efficace et sécurisée des données de santé.
Bref, des trois chantiers sociaux sur lesquels s’est engagé le gouvernement au moment de prendre en charge les affaires publiques, la Santé est de loin le secteur dans lequel la réforme peut être palpable. Et c’est déjà le cas. Et c’est aussi l’une des voies les plus à même de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions publiques.
