Pouvoirs
En Couv’. Nouveau modèle de l’enseignement : Les contours de l’école publique de demain
Le gouvernement a lancé presque simultanément l’enseignement préscolaire et l’école pionnière. Sans doute un avant-goût de ce que deviendra l’école publique. Cette expérience déterminera la nature de la grande réforme en préparation.
La réforme de la santé étant aujourd’hui sur les rails, le gouvernement entame la mise en place d’un nouveau modèle de l’école publique.
La démarche est presque la même, un cadre juridique global dans lequel se retrouvent côte à côte les secteurs public et privé, plus d’autonomie pour les établissements scolaires, une déclinaison régionale au besoin et l’accompagnement des enfants depuis leurs deux ans jusqu’à la fin de leur scolarité obligatoire à 16 ans et même au-delà, deux années après leur bac.
Tout se joue à la base. Ainsi, dans le nouveau modèle de l’école publique, l’enseignement commence à l’âge de 4 ans, depuis le préscolaire, et pour s’assurer que chaque enfant a une place, la carte scolaire évoluera en permanence.
Les parents ou la personne qui a la garde de l’enfant doivent non seulement l’inscrire dès l’âge de quatre ans à l’enseignement préscolaire – à défaut, c’est l’académie régionale qui s’en charge de manière automatique – mais aussi veiller à sa fréquentation régulière ainsi qu’au suivi de ses cours et activités éducatives au sein de l’établissement où il est inscrit.
Bien avant, l’enfant doit être déclaré auprès de l’établissement d’enseignement scolaire le plus proche de son lieu de résidence, dans un délai de six mois à compter de la date à laquelle il atteint l’âge de deux ans. Cette déclaration doit être renouvelée chaque année jusqu’à son inscription dans un établissement d’enseignement scolaire. Lors de la déclaration auprès de l’établissement, un identifiant numérique contenant les données personnelles de l’enfant lui est attribué.

Cet identifiant l’accompagne tout au long de son parcours scolaire et de formation, dans le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur. Un système de détection précoce des apprenants susceptibles d’interrompre leurs études ou de ceux qui souffrent de problèmes pouvant entraver la poursuite de leur scolarité sera d’ailleurs mis en place. C’est un mécanisme qui permet d’éradiquer le décrochage scolaire ou du moins le prévenir.
Dans cette première réforme d’envergure, après l’adoption de la loi-cadre, l’école communautaire, dont le réseau sera étendu, revêt une importance particulière, notamment dans le monde rural où des écoles communautaires vont remplacer progressivement les écoles annexes.
Ces établissements sont aussi importants du fait qu’ils offrent la possibilité aux collectivités territoriales de contribuer à la promotion de l’école publique. Dans le même ordre d’idées, et pour ceux ayant déjà fini par décrocher, le nouveau texte met également en avant une expérience qui a montré ses preuves : l’école de la deuxième chance.
Le projet de réforme évoque tout un système de l’enseignement scolaire de rattrapage, qui est dispensé dans les classes de rattrapage ainsi que dans les classes et centres de la deuxième chance, créés par les Académies régionales d’éducation et de formation (AREF) avec des partenaires publics, privés et associatifs. Les classes de rattrapage et les classes et centres de la deuxième chance sont soumis au contrôle pédagogique et administratif effectué par les académies régionales.
Une école, un projet
Dans la nouvelle réforme, l’école peut disposer d’une certaine autonomie. Ce sera à qui offre, parmi les établissements scolaires, le plus de conditions et de moyens pour l’épanouissement des enfants.
Dès le déploiement de cette réforme, l’organisation des établissements d’enseignement scolaire repose sur les principes suivants : l’autonomie, par l’adoption d’un projet d’établissement intégré, le respect des spécificités et des données locales ; l’ouverture sur l’environnement extérieur et l’évaluation périodique des résultats pédagogiques et du rendement interne.
Ainsi, chaque établissement d’enseignement scolaire, qu’il relève du secteur public ou privé, doit disposer, selon l’article 33, d’un «projet d’établissement intégré, servant de cadre méthodologique pour orienter les efforts de tous les acteurs éducatifs et partenaires, ainsi que de mécanisme opérationnel pour organiser et mettre en œuvre les différentes opérations pédagogiques et administratives visant à améliorer la qualité des apprentissages des élèves».
Ce projet constitue «un outil fondamental pour la mise en œuvre des politiques éducatives au sein de chaque établissement et pour son développement continu, tout en tenant compte de ses spécificités et des exigences de son ouverture sur son environnement économique, social, culturel et environnemental».
C’est une nouvelle architecture pédagogique intégrée que le ministère compte déployer à travers tous les cycles de l’éducation et d’enseignement. Elle repose sur «la complémentarité et la cohérence entre les différents cycles de l’enseignement scolaire, ainsi que sur la création de passerelles avec la formation professionnelle, l’enseignement traditionnel et l’enseignement supérieur, tout en veillant à son développement ou à son renouvellement continu» (art. 72).
Cette architecture a pour principes de base de répondre aux besoins cognitifs, de compétences, psychologiques, sociaux et autres des apprenants, d’assurer l’intégration, l’harmonie et la convergence entre les différentes composantes du système d’éducation et de développer les compétences fondamentales et les aptitudes à la vie quotidienne des apprenants dans le cadre de leurs projets personnels.
Elle repose également, entre autres, sur l’intégration «de manière effective et globale de l’éducation aux valeurs de la citoyenneté, de l’ouverture, de la communication et du comportement civique», la promotion de l’apprentissage des sciences et des technologies, la stimulation de l’esprit d’entreprise et l’initiative chez les apprenants, le plurilinguisme, l’ouverture culturelle et sportive, et le développement de l’esprit critique, créatif et innovant des apprenants.
La nouvelle conception de l’école publique vise surtout à répondre aux besoins du pays en matière de développement économique, social, culturel et environnemental. Dans cette nouvelle réforme, les trois lois régissant le secteur, à savoir la loi 04-00 portant obligation de l’enseignement fondamental, la loi 05-00 et 06-00 portant respectivement statut de l’enseignement primaire et de l’enseignement fondamental privé, sont regroupées en un seul texte.
Plusieurs dispositions sont ainsi consacrées à l’enseignement privé. Les établissements relevant du secteur sont tenus de faire montre de transparence et d’intégrité et garantir l’égalité entre tous les apprenants dans leur accès à ces établissements, tout comme ils sont tenus de respecter des normes de qualité, de reddition des comptes et de responsabilité, et leur gestion doit se conformer aux principes et valeurs démocratiques.
Plusieurs autres aspects sont abordés par le nouveau texte de loi, notamment la question des langues, enseignées et d’enseignement, le livre scolaire, l’enseignement étranger, les ressources humaines, la révision des programmes pédagogiques, ainsi que la transformation digitale.
Pour son entrée en vigueur, le texte dépend de l’approbation de plusieurs décrets d’application. Et là encore, le gouvernement fait preuve de pragmatique, puisque le ministère de tutelle travaille en parallèle sur les 35 textes nécessaires pour l’entrée en vigueur de cette nouvelle loi. De l’anticipation et du pragmatisme dont le gouvernement ne cesse de faire preuve depuis le début de son mandat.
Des cycles et des objectifs
Dans la nouvelle réforme, l’enseignement primaire a pour finalité de permettre aux apprenants d’acquérir les apprentissages fondamentaux pour développer leurs compétences cognitives, motrices et psychologiques, approfondir et consolider leurs acquis en expression orale, compréhension, lecture, écriture et calcul, leur faire acquérir les valeurs et connaissances culturelles de base, développer leur sens artistique, les aider à s’épanouir socialement, mettre en valeur leurs talents créatifs, les familiariser avec leur projet personnel et les préparer à intégrer l’enseignement collégial.
L’enseignement collégial a pour objectif de soutenir le sens expérimental et critique des apprenants, leur esprit d’initiative et de responsabilité, d’améliorer leurs compétences linguistiques, techniques et professionnelles, de les initier aux concepts et lois fondamentaux des sciences, de les entraîner à découvrir le monde, entre autres.
L’enseignement secondaire qualifiant vise principalement à diversifier les domaines d’apprentissage dans le cadre d’une pédagogie permettant à l’apprenant de renforcer son projet personnel, en vue de poursuivre des études dans l’enseignement supérieur, la formation professionnelle, ou l’enseignement post-baccalauréat dans les classes préparatoires aux grandes écoles ou les sections préparant au brevet de technicien supérieur, ou encore de s’intégrer dans la vie professionnelle et sociale.

Dans la nouvelle réforme, l’école peut disposer d’une certaine autonomie. Ce sera à qui offre, parmi les établissements scolaires, le plus de conditions et de moyens pour l’épanouissement des enfants.
