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En Couv’. Jour de l’An amazigh, au-delà d’un jour férié

Le premier jour de l’année amazighe sera dorénavant férié. Le Souverain en a décidé ainsi. Le chef du gouvernement va donner corps à cette décision.

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Le Souverain a décidé, le 3 mai dernier, de décréter le jour de l’An amazigh jour férié. Si certains parmi nous y voient la perspective d’un jour chômé payé qui s’ajoute à la liste, déjà relativement longue des jours fériés, et que d’autres s’enthousiasment à l’idée même d’un «pont», avec le 11 janvier, cette décision est perçue par beaucoup comme une révolution identitaire.

Ou du moins une nouvelle étape dans la révolution identitaire qui a démarré il y a plus de 20 ans, un certain 17 octobre 2001, dans la localité d’Ajdir, dans les hauteurs de Khénifra avec le discours qui en porte désormais le nom. «Reconnaître ce jour de référence comme une fête nationale est un acte politique majeur», commente l’ancien directeur de la Bibliothèque nationale, Driss Khrouz.

«Un événement historique» et «une décision majeure», qui vient appuyer le processus de mise en œuvre de l’officialisation de l’amazigh, déclare de son côté Ahmed Boukous, recteur de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM). Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à le penser. Un large éventail d’intellectuels et militants associatifs pensent de même. La décision du 3 mai, insiste-t-on, est ni plus ni moins une porte grande ouverte à une nouvelle relecture de notre Histoire. Celle du Maroc en tant qu’État-nation.

C’est aussi un appel à sonder les recoins jusque-là ignorés, souvent sciemment, du vécu des premiers hommes et communautés qui se sont succédé sur ces terres bien avant l’avènement de l’islam. Et donc bien avant le déroulé officiel de notre histoire telle qu’enseignée dans nos écoles et promue dans les médias et autres canaux culturels et cultuels. La graphie tifinagh, que le Maroc a eu la judicieuse idée d’adopter, représente, à elle seule, un prolongement dans l’Histoire du Maroc de plus de 4000 ans, date des premières inscriptions en cette graphie découvertes jusque-là.

La deuxième dimension de cette décision consiste en le renforcement de notre enracinement africain et la consécration de notre africanité en tant qu’identité primaire et originelle. Elle s’inscrit en droite ligne de la politique africaine, point saillant de la nouvelle doctrine diplomatique du Royaume, initiée en 2014 (discours royal à Abidjan le 24 février 2014) qui fait du Maroc le point d’entrée de l’Afrique et l’artisan de coopération et la solidarité intra-africaine.

Jamais une langue, mais trois langues dialectes
Après les événements de Goulmima, en 1994 –le Maroc est en plein processus d’ouverture démocratique initié deux ans plus tôt – l’Etat a été contraint à céder, quelque peu, sur la question amazighe. Depuis déjà 1991, date de la signature de la Charte d’Agadir, le mouvement associatif prend une dimension nationale et ses revendications gagnent en maturité, en consistance et en ampleur. Mais depuis, il s’est arrangé, usant de tous les moyens, information et médias en premier, à consacrer la segmentation de l’identité amazighe.

Un héritage, soit dit en passant, de l’ère du protectorat puisque Radio Maroc a consacré pour la première fois une partie de ses programme à l’amazigh (parler Tachlhit) en 1938, puis à Tamazight (Moyen Atlas) en 1952 et Tarifit en 1955. Ce fractionnement a été consacré bien avant la fin du protectorat. Ainsi, quelques mois après les évènements du 1er mai dans cette localité du Sud-Est, feu Hassan II consacrait l’essentiel du discours du 20 Août à la question amazighe. Le défunt roi préconise ainsi l’enseignement dans toutes les écoles primaires des trois «dialectes marocains» (le tarifit, le tamazigh et le tachelhit).

Il qualifie cette nécessité d’«impérative» et affirme que le Maroc doit s’articuler autour de «[…] génies multiples et sur des authenticités et des coutumes diverses, aussi riches les unes que les autres». En outre, le discours a tenu tout de même à rappeler que l’arabe est la «langue mère» du Maroc. Bref, ce cloisonnement a été maintenu depuis, au point que, lors du débat de l’officialisation de l’amazigh, dans le cadre de la Constitution de 2011, de nombreux intellectuels, regroupés dans des associations de défense et de promotion de la langue arabe, ont insisté pour accentuer ce clivage entre les différentes expressions et parlers de la langue, principalement tachlhit, tamazight et tarifit. La question qui revenait le plus, c’était quelle variante parmi ces trois allait devenir la langue officielle. La réponse des rédacteurs de la Constitution a été tout autre.

Une pierre à l’édifice démocratique
Depuis, la langue amazighe suit une trajectoire similaire à celle, entamée 30 ans plus tôt par le catalan en Espagne : officialisation, standardisation, apprentissage, utilisation,… Sauf que contrairement à l’amazigh, cette langue est restée cantonnée dans un niveau régional. C’est une mission que l’IRCAM a fait sienne depuis sa création à l’occasion, justement, de ce discours du 17 octobre 2001.

Depuis, l’Institut royal de la culture amazighe a réalisé un travail remarquable sur la langue amazighe. C’est le moins que l’on puisse dire. En partant des parlers, il a pu aboutir à une langue commune qui structure, codifie, intègre et épure les dialectes qui, finalement, l’ont enrichie. C’est cette langue commune issue des différents parlers qui est, aujourd’hui, enseignée à l’école. C’est dans cette langue que sont rédigés (pas encore) tous les documents officiels, et aussi la communication écrite émanant des instances de l’État.
On comprend donc que cette décision royale vient réunir symboliquement non seulement les locuteurs des trois dialectes et d’autres parlers moins répandus, mais aussi ceux qui fêtent autrement, par coutume, ce jour et généralement, tous les Marocains autour d’un même événement national célébré, le même jour, partout dans le pays.
La décision royale vient également renforcer une réalité palpable, dans tous les domaines, depuis l’intronisation du Souverain.

En plein clivage social, sur plusieurs thématiques et questions sociales et politiques sensibles, le Roi a toujours tranché en faveur de la démocratisation, du progressisme et de l’identité marocaine. Ce qui fait de la monarchie l’allié objectif de toutes les forces progressistes et de la mouvance identitaire amazighe. Le discours d’Ajdir, la Moudawana, l’IER, la réforme constitutionnelle… en sont les exemples les plus parlants. Aujourd’hui l’AMREC, Association marocaine pour la recherche et les échanges culturels, la plus ancienne association amazighe du Maroc, appelle le gouvernement à s’inscrire dans cet élan et à accélérer le rythme d’activation de la mise en œuvre de la loi 26-16 relative à l’officialisation de la langue amazighe.

Un appel qui ne devrait pas tomber dans l’oreille d’un sourd, puisque, en ce domaine précis, l’Exécutif a déjà entrepris de rattraper rapidement le grand retard accusé par ses prédécesseurs.