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En Couv’. CAN 2025 et Mondial 2030 : Les défis sécuritaires à relever

Le Maroc a décroché l’organisation de la CAN 2025 puis la Coupe du monde 2030 après des années d’attente. Il est donc essentiel d’anticiper les menaces sécuritaires qui pourraient perturber le bon déroulement de ces évènements.

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L’échéance n’est plus très loin. La CAF vient de confirmer que la CAN 2025 aura bien lieu en été, à cheval entre les mois de juillet et août. Et comme tous les grands évènements sportifs internationaux, la CAN présente de nombreux enjeux économiques, politiques, diplomatiques et environnementaux. Mais dans un contexte de menaces multiples – terrorisme, criminalité transfrontalière, attaques cyber–, la sécurité de cet évènement continental constitue un enjeu particulièrement capital. Car tout incident, débordement ou faille de sécurité imputable aux autorités marocaines pourrait gâcher la fête à des millions de visiteurs et ternir l’image du Royaume. Pour la Coupe du monde 2030, c’est un défi d’une tout autre dimension qu’il faudra relever. À défaut d’abriter le match de la finale, convoité autant par le Maroc que par l’Espagne, le Royaume sera à minima l’hôte du match d’ouverture du Mondial. Dans les deux cas, ce seront quelque 1,5 milliard de téléspectateurs qui auront les yeux rivés sur le futur grand stade de Casablanca. Tout incident lié à la sécurité de ces évènements serait préjudiciable à l’image du Maroc sur la scène internationale et porterait un coup à l’attractivité du Royaume comme destination touristique et économique de premier plan. Le pays a déjà une expérience éprouvée dans la gestion réussie d’évènements sportifs, économiques et culturels internationaux, tels que la Coupe du monde des clubs de la FIFA, la COP 22 ou encore les récentes assemblées du groupe Banque mondiale – FMI. Mais les défis qui se présentent pour ces deux compétitions sont beaucoup plus démesurés, au regard du nombre bien plus important de visiteurs et de la multitude de sites à gérer, dispersés sur l’ensemble du territoire. À titre de comparaison, le président français Emmanuel Macron a annoncé que 15.000 militaires viendront prêter main forte aux 45.000 policiers et gendarmes qui seront mobilisés rien que pour la cérémonie d’ouverture des JO de Paris en 2024. Le Qatar, quant à lui, avait sollicité le soutien des forces de l’ordre auprès du Maroc, de la Turquie et de la France pour venir épauler les services de sécurité nationaux. Tout cela pour assurer la sécurité de cette compétition qui s’est tenue sur un territoire qui ne dépasse pas 11.571 km² de superficie… Quels sont les principaux défis que le Maroc devra relever pour assurer une gestion optimale de la sécurité de ces futurs évènements, afin d’offrir aux sportifs et aux visiteurs un environnement sûr durant leur séjour au Maroc, terre de paix et d’hospitalité ? Un environnement sécurisé permettra aussi aux projecteurs des médias de se focaliser uniquement sur les rencontres sportives et les festivités, qui constituent véritablement le cœur d’intérêt des grandes manifestations sportives internationales.

Anticiper la menace d’attentat terroriste
Une compétition comme la Coupe du monde de football est une occasion tant attendue par des millions de fans de ballon rond pour participer à une fête sportive et populaire qui n’a lieu qu’une fois tous les quatre ans. Mais c’est aussi un évènement qui peut constituer une aubaine pour des organisations terroristes afin de mener leurs projets de terreur. Ces organisations criminelles ont pour seul but de semer la mort et le chaos en essayant de commettre des attentats avec des retombées médiatiques très fortes. Le Maroc a une expertise reconnue dans la lutte contre le terrorisme et la radicalisation islamiste, grâce aux efforts fournis par ses services de sécurité et de renseignement, qui se matérialisent chaque année par le démantèlement d’un nombre important de cellules terroristes sur le territoire national. Néanmoins, la proximité des foyers de terrorisme au Sahel et les modes opératoires des groupes terroristes, de plus en plus innovants, imposent aux forces de l’ordre de prendre cette menace très au sérieux. Le cyberterrorisme, l’utilisation des armes chimiques et biologiques, le recours à l’IA à des fins terroristes et la manipulation et l’endoctrinement à travers les réseaux sociaux sont autant de nouvelles menaces qu’il va falloir appréhender par nos services de sécurité pour se prémunir contre toute attaque visant le Royaume durant ces deux évènements.

Mettre à niveau le secteur de la sécurité privée
L’organisation d’évènements sportifs mondiaux ou continentaux repose en grande partie sur la contribution du secteur privé, en soutien aux forces de l’ordre, pour gérer de manière efficace la sûreté et la sécurité de ces manifestations sportives. Or, le domaine qui présente le plus de vulnérabilité au Maroc est bien celui de la sécurité privée. Alors que les forces de l’ordre et les services de renseignement marocains sont unanimement salués par les puissances étrangères pour leur professionnalisme, le domaine de la sécurité privée demeure le parent pauvre de ce secteur. Régulièrement, les producteurs étrangers d’évènements internationaux qui viennent organiser des manifestations culturelles ou sportives au Maroc pointent du doigt le niveau de formation et d’expertise insuffisant des agences de sécurité au Maroc. Ce secteur, qui a bénéficié d’une croissance économique très importante ces dernières années, a profité à des hommes d’affaires qui n’ont aucune expertise dans ce métier et qui gèrent leurs boîtes comme n’importe quel autre business. Le secteur de la sécurité privée doit s’appuyer sur l’expertise de professionnels aguerris maîtrisant parfaitement les subtilités de ce métier. La gestion calamiteuse du stade MohammedV de Casablanca par la société Casa Events en est un exemple flagrant.Pour avoir des agents et des superviseurs de sécurité compétents, il est urgent d’encadrer le domaine de la formation et la qualification de ces métiers au Maroc. Alors que dans la plupart des pays on exige des diplômes ou des certificats aux candidats postulant pour des postes d’agent de sécurité, au Maroc, on recrute n’importe quel profil, en partie à cause des salaires proposés qui sont très bas. Résultat : on constate qu’un grand nombre d’agents de sécurité embauchés n’ont ni les aptitudes physiques ni les capacités intellectuelles et professionnelles requises pour ce métier.

Prévenir les menaces de guerre informationnelle
Lors de la CAN 2024 en Côte d’Ivoire, nous avons pu mesurer l’effet de la propagande d’État du régime algérien qui a fait de cette compétition sportive continentale une arène de guerre de l’information pour nuire à l’image du Maroc. À travers des médias publics algériens ou des influenceurs, connus pour être des porte-voix du régime algérien, des attaques continues ont ciblé la FRMF, Fouzi Lekjaa et même le public marocain, dans le but de semer la haine et la zizanie, tout au long de la compétition.
Le pouvoir algérien qui a largement communiqué, avant la désignation officielle du pays organisateur de la CAN 2025, sur sa confiance quant aux chances de l’Algérie d’accueillir cette compétition, va certainement mobiliser tous les moyens possibles, relais médiatiques, influenceurs, propagandistes et probablement ses services de renseignement rodés à la désinformation et la manipulation, pour écorner l’image du Royaume et tout faire pour saboter la bonne marche de cet évènement continental.
À l’heure où nous sommes entrés de plain-pied dans l’ère de la désinformation à grande échelle, il est vital de se préparer à cette guerre de l’information dans laquelle l’espace médiatique et les réseaux sociaux sont devenus le nouveau champ de conflit.

Renforcer les capacités en matière de cybersécurité
Les systèmes informatiques du comité d’organisation qui tombent en panne, la retransmission des matchs de football qui s’interrompt, les lumières des stades qui s’éteignent en pleine compétition ou les aéroports ciblés par des cyberattaques coordonnées…, les scénarios catastrophes liés à la cybermenace sont multiples et l’impact de telles attaques peut être désastreux pour l’ensemble de la compétition. Le Comité d’organisation des Jeux olympiques de 2024 en France a estimé que le niveau de menace cyber va être multiplié par 10 durant cet évènement planétaire. Tous les services de sécurité chargés de la cyberdéfense, mais aussi tous les acteurs institutionnels et privés au Maroc, doivent se préparer à ces deux évènements durant lesquels les cyberattaques vont se multiplier.
Des touristes et passionnés de foot vont affluer de toutes parts pour assister à la CAN ou au Mondial. Des visiteurs qui vont constituer une cible de choix pour les pickpockets ou escrocs en tout genre. Il faudra donc, avant la tenue de ces deux compétitions, assainir la place de Jamaâ El Fna, tout autant que la médina de Fès ou les rues de Casablanca de tous les faux-guides, petits délinquants, pickpockets, escrocs et arnaqueurs du dimanche qui viendront proposer des logements à la location clandestine, ou la location de voitures ou de motocyclettes sans agrément…

Faire la chasse aux faux tickets
La fraude des faux billets durant les compétitions internationales est une activité qui attire de plus en plus d’escrocs et de faussaires, car elle génère des profits énormes. Le ticket de la finale du Mondial peut se revendre au marché noir pour des prix pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars. La FRMF devra donc mettre en place un plan de lutte efficace contre ces fraudes et les sociétés de sécurité privée et d’évènementiel qui seront chargées du contrôle d’accès aux stades de football devront être extrêmement vigilantes pour repérer les détenteurs de faux billets tout en assurant un accueil et une fluidité optimale aux spectateurs.

Assurer la sécurité des moyens de transport
À l’inverse des Jeux olympiques, qui se concentrent dans une seule ville, les compétitions de football se déroulent sur plusieurs villes. Les supporters désireux de suivre le parcours de leur équipe nationale sollicitent donc tous types de moyens de transport : voitures, autocars, motos, camping-cars, trains ou vols internes. Le Maroc connaît déjà un afflux de touristes et de MRE important durant la période estivale qui entraîne un encombrement des principaux axes de circulation. Les services chargés de la sécurité routière auront donc la lourde tâche de sécuriser les déplacements de touristes étrangers et nationaux et de réduire au maximum les accidents de circulation durant toute la durée de la compétition.