Diplomatie
Trois ports, trois corridors économiques
Si pour accéder aux marchés européen et américain les Chinois ont choisi d’installer leur plateforme industrielle près de Tanger Med, leurs voisins indiens et occidentaux ont manifestement opté pour Nador West Med comme relais dans le projet IMEC. Le port de Dakhla Atlantique sera la porte des pays du Sahel vers le monde.
Il y a quelques mois, à l’occasion de la visite au Maroc de Gérard Mestrallet, envoyé spécial du président Macron pour le projet IMEC, des analystes économiques se demandaient encore quelles étaient les chances du Maroc d’intégrer ce corridor, tout en mettant en avant les défis à relever pour ce faire. On évoquait alors la question des infrastructures considérée comme principal obstacle.
Depuis, la situation a changé. Le Royaume dispose aujourd’hui de trois ports de dimension mondiale, le premier a connu l’essor qui est à la hauteur de ses ambitions, le deuxième est en passe d’entrer en phase opérationnelle et le troisième dont les travaux de réalisation avancent à grands pas.
Dakhla Atlantique est desservi par une voie express de 1.055 km, ouverte presque totalement à la circulation. Le port Nador West Med, dont les travaux de réalisation sont achevés, est connecté au réseau autoroutier national et un projet de desserte ferroviaire a été lancé par l’ONCF.
Avec Tanger Med, les trois ports ont d’abord une vocation commune qui est celle de transbordement, se complétant les uns les autres en termes de volume de traitement des conteneurs, mais à côté chacun à ses propres particularités.
Nador West Med, à vocation énergétique, intègre en toute logique le corridor IMEC à la fois pour les besoins de transbordement et d’avitaillement des bateaux en carburant écologique, e-fuel qui sera produit au Royaume dans le cadre du projet de l’hydrogène vert. Initialement destiné à devenir un hub logistique et énergétique au sens conventionnel, c’est-à-dire le gaz et le pétrole, la vision à long terme consiste à faire de Nador West Med un hub de soutage maritime pour les énergies alternatives.
Profitant de la filière de production d’hydrogène vert au Maroc, le port développera des infrastructures pour l’e-méthane et l’e-méthanol, ciblant les navires dual-fuel gaz et méthanol, renforçant ainsi son rôle dans le secteur des énergies durables en Méditerranée.
L’un des premiers signes de l’arrimage de ce port au corridor logistique et commercial IMEC est la création récente d’une joint-venture stratégique entre CMA-CGM et Marsa Maroc pour l’exploitation, pour une durée de 25 ans, de la moitié d’un terminal à conteneurs.
«Le Maroc se positionne comme un hub logistique et portuaire stratégique avec un fort potentiel de croissance», avait déclaré Rodolphe Saadé, PDG du Groupe CMA-CGM, lors de la signature de ce partenariat.
En effet, grâce à sa situation géographique unique, le Maroc peut jouer un rôle central dans ce projet de l’IMEC, en étant un point de transit majeur entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Grâce à son implication dans la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), le Maroc peut renforcer sa position en tant que centre logistique majeur et améliorer les échanges commerciaux et les investissements entre les différentes zones.
Stabilité régionale
C’est ainsi qu’à peine quelques années, il rejoint l’initiative chinoise de la «Ceinture et la Route», et il en devient déjà l’un des pivots.
Lors de sa brève visite dans le Royaume, le président chinois a affirmé que «la Chine était disposée à travailler avec le Maroc pour promouvoir la coopération pratique dans divers domaines dans le cadre de la construction conjointe de la “Ceinture et la Route” afin d’obtenir davantage de résultats».
Un cadre de coopération qui offre déjà à ce pays un accès facilité aux marchés européen et nord-américain et même ouest-africain, grâce aux différents accords de libre-échange que le Royaume a conclus avec les pays de ces régions.
C’est un argument de taille. Mais il n’est pas suffisant à lui seul. C’est là qu’entre en jeu le volet infrastructures, principalement le complexe portuaire Tanger Med. Ce n’est pas pour rien que les opérateurs chinois ont décidé de s’installer dans la cité technologique Tanger Tech, spécialement aménagée à cet effet.
Les autres projets de grande envergure, notamment la gigafactory des batteries, seront basés non loin au nord de Kénitra. La plus grande entreprise de transport maritime chinoise a d’ailleurs exprimé, il y a à peine une année, sa volonté d’élargir ses investissements dans le domaine maritime et de développer davantage ses activités au Royaume tout en mettant l’accent sur «l’importance que revêt la position du Maroc en tant que hub de la logistique au niveau continental et régional».
Par ailleurs, et comme il a été souligné lorsque cette initiative a été annoncée, le port de Dakhla Atlantique constituera le point de connexion entre les économies des quatre pays du Sahel et le reste du monde dans le cadre de la décision marocaine d’offrir un accès à l’Atlantique aux pays du Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad.
Le port dont les travaux ont dépassé un taux d’avancement de 27% sera opérationnel en 2028. La mise en place de ce corridor économique avance également d’un pas ferme. «Le projet entre dans sa phase d’opérationnalisation», comme il a été affirmé lors de récents entretiens entre les chefs de la diplomatie burkinabé, malien, tchadien et nigérien et le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita.
Les ministres des Affaires étrangères des cinq pays ont d’ailleurs convenu de se réunir prochainement dans le cadre de la poursuite de l’opérationnalisation de l’Initiative internationale. Il va sans dire que cette initiative, en plus de son caractère économique, représente un atout majeur pour la stabilité régionale dans cette zone tourmentée de l’Afrique.
Le futur port de Dakhla jouera également un rôle majeur dans un autre processus, l’Initiative Afrique Atlantique, en tant que hub régional du commerce ouest-africain.
