Diplomatie
En Couv’. Énergie, commerce, industrie : Le Maroc, nouveau carrefour économique mondial
Le Royaume se retrouve à l’intersection de plusieurs corridors économiques et énergétiques reliant les quatre coins du globe. Ce n’est pas un fait du hasard. Certes, la géographie y contribue, mais c’est surtout le fruit de sa politique d’ouverture et de diversification de partenariats.
Le Maroc n’a jamais aussi bien porté son nom de «carrefour de commerce international». Le Royaume se trouve aujourd’hui au carrefour de trois importants corridors stratégiques mondiaux, deux corridors énergétiques et un corridor économique régional.
C’est qu’au fil du temps, le puzzle se constitue, plaçant le Royaume au cœur de l’évolution géostratégique régionale. La brève visite dans notre pays, ou pour reprendre les termes diplomatiques utilisés, «l’escale technique» du président chinois en témoigne.
La visite-escale technique a été largement suivie par les médias chinois. «Xi Jinping a souligné que les relations entre la Chine et le Maroc se développent bien, avec une coopération pragmatique fructueuse et des échanges de plus en plus actifs dans divers domaines», a écrit notamment l’agence officielle Xinhua.
«Après l’élection du nouveau président des États-Unis, la Chine saisit toute opportunité d’améliorer ses relations avec les autres pays», commente un autre média de ce pays. «Xi s’est rendu au Maroc pour promouvoir la coopération dans le cadre de la «Ceinture et de la Route» et obtenir davantage de résultats.
Le Maroc et l’Europe ont conclu un accord de libre-échange et sont considérés comme la porte d’entrée de la Chine vers le marché européen», annonce un autre média. Le président chinois, accompagné d’une forte délégation, était arrivé à Casablanca dans la soirée du jeudi 21 novembre où il avait été accueilli, sur instructions du Souverain, par le Prince héritier Moulay El Hassan et le chef de gouvernement, Aziz Akhannouch.
Une semaine plus tôt, le Chef d’État chinois inaugurait un mégaport en eaux profondes situé au nord de Lima, le plus grand d’Amérique du Sud. Construit et exploité pour les 30 prochaines années par la compagnie publique chinoise de transport maritime Cosco Shipping, quatrième entreprise mondiale du secteur, ce port est considéré comme un nouveau comptoir dans l’initiative chinoise «la Ceinture et la Route» que le Maroc a d‘ailleurs été le premier pays africain à intégrer en janvier 2022.
Rappelons que cette même entreprise a ouvert au début de l’année une nouvelle succursale à Casablanca pour relier l’Afrique du Nord au reste du monde. L’initiative fait partie de la stratégie plus globale baptisée «Big Corridor and 3 Networks» (Grand corridor et trois réseaux), qui vise à relier l’Europe aux autres continents par le biais du transport maritime et ferroviaire, ainsi que d’un réseau d’entreposage et de distribution.
Entre deux puissances mondiales
Bref, trois ports, le premier est en passe d’atteindre une dimension mondiale alors que le deuxième vient à peine d’être achevé et le troisième en cours de construction. Il n’est pas difficile de comprendre la portée de cette visite, qui, nombre d’observateurs en conviennent, sera un prélude à des décisions fort importantes.
Il n’échappe à personne que ces quelques dernières années la Chine a accéléré ses investissements au Maroc, particulièrement dans l’automobile, les énergies renouvelables et la mobilité verte. Ses entreprises participent également au développement des infrastructures dans notre pays à l’image de la LGV Kénitra-Marrakech.
Qui plus est, des ports comme Tanger Med, Nador West Med et Dakhla Atlantique, desservant le pourtour méditerranéen, l’Europe de l’Ouest, l’Afrique de l’Ouest et le flanc oriental des deux Amériques, seront d’un atout stratégique pour la deuxième puissance économique mondiale (dont ils sont des marchés prioritaires) qui s’active aujourd’hui plus que jamais à les sécuriser dans la perspective de l’arrivée, à partir du 20 janvier, du nouveau président élu à la Maison-Blanche.
La réélection du président Trump implique certainement l’arrêt du conflit au Moyen-Orient. Le président élu a toujours privilégié la paix propice au commerce et à la prospérité, américains en premiers. Le retour de la paix dans cette région va sans doute accélérer un projet qui a été lancé il y a un peu plus d’une année et dont la concrétisation a été stoppée net par l’attaque du 7 octobre : le projet IMEC (India-Middle-East-Europe Corridor).
Comme l’ont d’ailleurs souligné certains analystes, avant d’être annoncé lors du Sommet du G20 en 2023, «c’est à la Maison-Blanche qu’IMEC a été initialement conçu comme un outil au service de deux objectifs», souligne une analyse publiée dernièrement par l’Institut Montaigne.
Le projet, selon ce think tank français, créé en 2000 et basé à Paris, entend d’abord «consolider le mouvement de normalisation des relations entre Israël et les pays du Golfe, entamé depuis les accords d’Abraham de 2020». Ensuite, et au-delà de cet aspect régional, il s’agit pour ses initiateurs «d’avancer un projet géoéconomique pour la zone eurasiatique qui sert d’alternative à la nouvelle route de la soie chinoise».
L’initiative s’inscrit donc, souligne-t-on, dans la logique «du regain d’initiative américain dans le domaine des infrastructures, à travers la création de nouveaux instruments, tels que l’International Development Finance Corporation ou encore le Partnership for Global Infrastructure and Investment».
Notons à ce propos que l’US International Development Finance Corporation (DFC), institution ayant pour vocation d’intervenir dans des projets de développement dans les pays à revenu faible et intermédiaire, notamment dans les secteurs de l’énergie, l’assainissement, les infrastructures, la santé ou la technologie, s’apprête à ouvrir un bureau régional à Rabat ainsi qu’à Abidjan et Nairobi. Des régions où la Chine compte une forte implantation économique.
Phase de concrétisation
Si du côté chinois, c’est surtout l’accès facilité par le Maroc aux marchés de l’Europe de l’Ouest et de l’Amérique du Nord qui est mis en avant pour la future Administration Trump, le Royaume est la porte d’entrée pour un marché de 1,2 milliard de consommateurs que constituent l’Afrique et l’Union européenne.
Pour les deux puissances, les relations avec le Royaume sont d’autant plus stratégiques qu’il est aujourd’hui au cœur de trois autres initiatives dont il est, lui-même, à l’origine. L’initiative Sahel Atlantique est non seulement un corridor économique permettant aux quatre pays de la région d’avoir un accès à l’Atlantique, cela représente aussi pour leur partenaire économique, la Chine en premier mais d’autres pays également, une opportunité d’accès aux matières premières, y compris énergétiques (dont l’uranium), stratégiques à moindre coût.
Le projet d’intégration autour du gazoduc Nigéria-Maroc, rebaptisé, à juste titre, Gazoduc Afrique-Atlantique, permet l’accès à une douzaine de pays à l’énergie et donc au développement, tout en alimentant en gaz et, dans un avenir très proche, en hydrogène vert les pays de l’UE.
L’initiative très large, Atlantique Sud est, elle, censée créer des canaux de communication commerciale entre les pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Amérique latine, tout en englobant certains pays de l’Europe et de l’Amérique du Nord.
Évidemment, le Royaume ayant opté depuis des années pour le multilatéralisme comme doctrine dans ses relations internationales, il va sans dire que son accord d’association avec l’UE, aujourd’hui appelé à plus d’action concrète que d’annonces de bonnes intentions, en fait une porte d’entrée vers l’Afrique et qui offre un couloir direct vers la profondeur du continent.
Ses accords stratégiques signés avec la Russie, en quête d’un plus profond ancrage en Afrique, avec l’Inde, promoteur de l’IMEC, avec le Brésil, pays ouvert sur une plus grande coopération Sud-Sud dans le cadre de l’initiative Atlantique Sud, entre autres pays, font du Royaume une plateforme incontournable pour le commerce mondial.

