Pouvoirs
Diplomatie sportive : Le Maroc cultive son soft power
En remportant la Coupe du monde U20, les jeunes Marocains viennent de montrer à toute une génération d’Africains que tout est possible. Pour le Maroc, les retombées en termes d’image et de soft power sont immédiates.
Sacre international et liesse populaire. Le Maroc a fêté la victoire de ses enfants au Mondial U20 au Chili à travers tout le pays. Une nuit mémorable célébrée dans les villes du Royaume, y compris au Sahara.
Au-delà de la victoire, aussi inattendue que méritée, c’est cette brève scène filmée de deux hommes, Nasser Bourita et Fouzi Lekjaâ, descendant du même véhicule et entrant ensemble au stade, qui en dit long sur la portée de ce match. Le premier incarne une diplomatie qui accumule les victoires et les exploits, l’autre une diplomatie sportive qui a déjà fait ses preuves, surtout ces dernières années.
Un parcours que Fouzi Lekjaâ résume, en s’adressant il y a quelques jours aux U17 avant la Coupe du monde prévue en novembre au Qatar : «Ce n’est plus le Maroc qui fête les qualifications. Cela est terminé.
Désormais, nous fêtons les victoires». Et des victoires, il y en a bien eu, pas seulement sur le gazon. Quelques semaines avant de remporter cette Coupe du monde U20, l’équipe nationale des séniors a décroché haut la main son ticket pour le Mondial de 2026. Une routine que l’on fête sous d’autres cieux avec faste, et au plus haut niveau de l’État.
Cela dit, le match de la finale contre l’Argentine en lui-même, vu le contexte, n’est pas sans rappeler à certains égards, toutes proportions gardées, la victoire du Maroc sur l’Algérie (4-0) en juin 2011, à Marrakech.
Le message royal à l’équipe championne du monde -et puis quelques jours plus tard, la réception au Palais royal et l’accueil populaire-, la standing ovation au Parlement, la sortie spontanée des Marocains dans les rues à travers le Royaume pour fêter la victoire expriment la fierté d’une nation et renforcent le sentiment d’appartenance à un pays qui gagne, avance et se développe.
Le fait est que les Marocains découvrent, en effet, des jeunes de moins de 20 ans, dont certains issus des milieux modestes qui, à force de discipline et de travail, ont pu devenir des champions du monde, face à des nations sportives de premier rang.
Dit en langage concret, pour tous les jeunes footballeurs de moins de 20 ans, les Marocains sont les meilleurs au monde. Un exemple pour toute l’Afrique. Aux jeunes Africains, comme leurs aînés en 2022, ils ont montré que tout est possible. En termes d’image, l’impact est grand et immédiat.
Qui plus est, le Maroc rejoint aujourd’hui le club restreint des nations ayant réalisé l’exploit de faire partie du Top 4 d’une Coupe du monde, sélections A, d’obtenir une médaille aux JO U23, et d’être champion du monde U20. Six nations ont réalisé cette performance: l’Argentine, le Brésil, la France, l’Espagne et l’Uruguay.
Certes, le Maroc devient le deuxième pays africain, après le Ghana en 2009, à avoir été sacré champion du monde U20, ce qui est un exploit en soi, mais la portée de cette victoire va bien au-delà. Le cas du Ghana n’est pas anodin.
Création des académies de formation et multiplication des infrastructures sportives. Voilà ce qui a fait de ce pays l’un des plus stables de l’Afrique de l’Ouest, une nation sportive et ce qui fait aussi son aura internationale.
C’est un exemple, et sans doute un modèle. Un modèle que le Maroc a su déployer à son échelle. Il n’a pas attendu la phase finale de la Coupe du monde du Qatar, en 2022, pour commencer à construire son soft power sportif. Car il s’agit bien d’un soft power au maintien et à la promotion desquels des États consacrent des budgets conséquents.
Une politique qui s’affirme
Le Qatar est un tournant qui a remis définitivement le Royaume sur la scène footballistique mondiale, et donc au-devant la scène internationale. C’est un travail de plusieurs années, jalonnées de coups diplomatiques de maître. Il est souvent donné en exemple.
Les déclarations du président de la FIFA et de celui de la CAF sont innombrables en ce sens. Et aussi cette capacité du Maroc à transformer une contre-performance sur le terrain en victoire diplomatique éclatante qui force le respect.
Exemple : Ce que beaucoup de gens retiendront par exemple de la CAN 2023, qui a eu lieu en janvier-février 2024 en Côte d’Ivoire, ce n’est pas que le pays hôte qui l’avait remportée, mais que c’est le Maroc qui a fait gagner la Côte d’Ivoire.
Ce sentiment de victoire collective, de toute l’Afrique, prend tout son sens lorsque le Souverain a tenu à annoncer le choix du Maroc pour l’organisation du Mondial 2030 au cœur de l’Afrique, en mars 2023, à Kigali, symbole d’un continent qui se développe et se modernise à grande vitesse.
Le message est clair, quand le Maroc et le football marocain avancent, c’est toute l’Afrique qui avance. Le choix du Royaume pour abriter le siège régional de la FIFA découle parfaitement de cette logique.
Tout comme d’ailleurs l’installation officielle, en janvier dernier, dans notre pays du siège de l’Association des clubs africains (ACA) de football. Ce qui fait du Royaume un hub pour le développement du football en Afrique. Cela permettra, entre autres, au Maroc de jouer un rôle central dans la formation des arbitres, des entraîneurs et des jeunes talents africains.
C’est que, comme plusieurs pays, le Maroc a compris – depuis des années – que le football est sans conteste l’un des instruments les plus efficaces de cette diplomatie sportive. Nul besoin de rappeler, à cet égard, que c’est en 2015 déjà que le Maroc avait signé des partenariats sportifs avec des pays comme la Tanzanie et le Rwanda, s’engageant à contribuer à la construction de plusieurs stades.
Depuis, la Fédération royale marocaine de football a conclu d’autres partenariats avec 44 fédérations africaines, principalement subsahariennes. Aujourd’hui même, certaines équipes africaines qui ne peuvent pas jouer à domicile (parce que leurs terrains ne sont pas homologués pour les compétitions internationales) viennent disputer leurs matchs au Maroc, au titre des éliminatoires de la CAF 25 et de la Coupe du monde 2026.
C’est un travail de plusieurs années. En peu de temps, le Royaume est arrivé à occuper, en la personne de Fouzi Lekjaâ, le poste de premier vice-président de la Confédération africaine de football (CAF), depuis avril 2025, et de membre du Conseil de la FIFA, depuis mars 2025, un poste pour lequel il a été réélu pour un second mandat. Il s’est frayé patiemment son propre chemin dans les instances de football africain et mondial. Ascension spectaculaire !
Un stade, un centre fédéral dans chaque région
En 2017, la Fédération royale marocaine de football a annoncé un programme de construction de cinq académies régionales de football à Saïdia, Ifrane, Ksar Lekbir, Settat et Agadir.
Objectif : renforcer la formation et la pratique du football au profit des jeunes talents de moins de 15 ans. Ce plan s’inscrit dans le cadre du programme de mise à niveau des infrastructures du football, pour une enveloppe de 1,5 milliard de dirhams.
Plusieurs autres centres fédéraux régionaux de football ont été lancés. La FRMF a décidé, en effet, de créer un centre fédéral de formation dans chaque région afin de rehausser le niveau du football à l’échelle des régions et le développer sur des bases solides. Ce modèle intégré permet de réunir les meilleurs profils autour d’un projet national ambitieux.
En parallèle, de nouvelles infrastructures ont été lancées. Des stades aux standards internationaux ont été construits dans presque toutes les régions. L’un des derniers projets lancés en ce sens est le stade de Dakhla.
