SUIVEZ-NOUS

Pouvoirs

Dialogue social pour ne pas tomber dans celui des sourds

En application de l’accord du 30 avril 2022, ayant prévu deux réunions par an entre les partenaires sociaux, le Chef du gouvernement a tenu des rencontres de concertation avec les syndicats les plus représentatifs et le patronat. Le point.

Publié le


Mis à jour le

L’institutionnalisation du dialogue social n’était pas une parole dans l’air, tout juste bonne pour la consommation communicationnelle. Mais bel et bien un engagement que le gouvernement a pris sur lui de faire suivre dans les actes. La reprise des rencontres entre les partenaires sociaux, en ce mois d’avril, en a livré la démonstration.

Ainsi, le Chef du gouvernement, entouré de plusieurs membres de son cabinet, a enchaîné les réunions avec les syndicats les plus représentatifs (UMT, UGTM et CDT) ainsi qu’avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), et ce, respectivement les 14, 18 et 20 avril. L’occasion, justement, de faire le point sur ce qui a été entrepris, notamment depuis la signature de l’accord du 30 avril 2022, mais aussi d’écouter les attentes des uns et des autres.

 

L’esprit de la concertation acté
La rencontre de «concertation» avec la délégation du patronat, au milieu de celles tenues avec les centrales syndicales, aura constitué un moment privilégié pour s’appesantir sur l’importance de l’implication de la Confédération patronale pour assurer les conditions de la réussite du dialogue social, et ce, dans le sens de permettre la promulgation du Code du travail, ainsi que la loi tant attendue sur la grève.

Or, sur ce point comme sur d’autres, le gouvernement a exprimé, une fois de plus, son «attachement à l’action commune et responsable avec l’ensemble des partenaires sociaux et économiques», tout en ayant pour objectif la réponse aux aspirations de la classe ouvrière. Le tout sur la base du respect et de la confiance mutuelle, clés de voûte pour pouvoir aller de l’avant. C’est d’ailleurs cet esprit qui a marqué le déroulement de cette session d’avril qui intervient, on le sait, dans un contexte assez particulier sur fond d’une conjoncture difficile. Mais ce n’est pas pour autant que l’Exécutif se serait barricadé derrière pour se dédouaner des engagements pris.

Bien au contraire, le bilan d’étape dénote bien des résultats palpables qui confirment que le gouvernement a honoré bon nombre de ses engagements et que les différents partenaires ont encore du travail à accomplir dans le sens d’acter ce qui reste en suspens. D’où l’importance de la réaffirmation de la CGEM, par la voix de son président, de «la pleine mobilisation» nécessaire pour réussir le dialogue social.

Chakib Alj, qui s’exprimait à l’issue de la rencontre avec le Chef du gouvernement, n’a pas manqué de relever que c’était l’occasion d’évoquer la situation difficile que vivent les salariés, sous la pression d’un contexte inflationniste exceptionnel, sans pour autant omettre de vue «la situation économique difficile que vivent les entreprises», ainsi que les contraintes objectives liées au renchérissement des matières premières et autres intrants «générés» par ce même contexte.

 

Entre soucis et attentes
Par ailleurs, outre ce constat, le patron des patrons a, par la même occasion, émis le souhait de voir s’accélérer le processus des réformes législatives, qui sont de nature à accompagner la mise en œuvre de la Charte de l’investissement, ainsi que l’amélioration du climat des affaires. Le but ultime étant de sauvegarder le tissu productif et la promotion de l’emploi. Autant dire que gouvernement et patrons partagent le même souci de préserver, voire de capitaliser, les acquis tout en s’orientant vers de nouvelles perspectives prometteuses.

Or, c’est cet esprit constructif qui anime, globalement, les autres partenaires sociaux. D’ailleurs, le fond des concertations avec les syndicats convergeait, selon les appréciations des uns et des autres, vers les mêmes objectifs. Avec néanmoins la nuance que, et elles sont dans leur rôle, les centrales avancent des arguments qui vont dans le sens de la revendication, dont la révision à la hausse généralisée des salaires pour contrecarrer les effets inflationnistes sur le pouvoir d’achat des classes laborieuses. De la même manière qu’elles continuent d’exprimer leur crainte quant à l’amendement du Code du travail ou encore en relation avec la loi à venir sur la grève.

En effet, les centrales syndicales persistent et signent en considérant que ces réformes risqueraient de constituer «la porte ouverte à la précarisation de l’emploi», voire toucheraient sa stabilité. D’où le durcissement du discours desdits syndicats et qu’ils ont transmis au Chef du gouvernement.

Le calendrier devrait, en outre, y être pour quelque chose. En effet, à la veille du 1erMai, les centrales syndicales doivent bien avoir présent à l’esprit les attentes et les préoccupations des «masses laborieuses» qui vont renouer avec les défilés et les meetings qui marquent la fête du travail.

Toujours est-il qu’il va bien falloir trouver un terrain d’entente pour faire sauter les goulots d’étranglement et avancer. D’autant plus que le temps de l’attentisme risque de coûter cher pour une économie nationale s’inscrivant sous le mode de «la relance». Or, loin des surenchères, c’est justement à cela que sert le dialogue social.

 

 

Quand la CDT cède à la surenchère
À vouloir trop tirer sur la corde, on finit, des fois, par rater la logique de la revendication,
et ce, en empruntant le chemin tortueux de la surenchère. Le cas des discours de certains ténors de la Confédération démocratique du travail (CDT) est assez révélateur d’un état d’esprit. En effet, alors que le Chef du gouvernement a invité ses responsables pour une réunion jeudi 20 avril, la centrale des héritiers de Noubir Amaoui a lancé un appel à la grève générale dans le secteur public, pour le 18 avril. Un choix qui n’a rien d’anodin, puisque le syndicat aurait cherché à bénéficier d’un double effet médiatique : l’annonce elle-même conjuguée à tout ce qui gravite autour. Seulement voilà, l’effet escompté n’aurait pas été atteint. Fait marquant aussi, la CDT, faisant cavalier seul, se serait permis d’attaquer les autres syndicats. Question de vouloir se démarquer en optant pour un «maximalisme» qui ne servirait pas forcément le dessein de vouloir récupérer du terrain ou grignoter sur celui des autres.
Sans mettre en veille les rencontres sectorielles, le prochain rendez-vous est pris pour septembre. Il sera consacré aux remarques et propositions concernant le PLF comme l’a instauré l’accord du 30 avril 2022.