SUIVEZ-NOUS

Pouvoirs

Dialogue social : L’agenda des réformes maintenu

Le programme de réforme tracé depuis le début de l’investiture du gouvernement se déroule comme prévu. Après l’AMO, les aides sociales, la réforme de la santé, voici le tour de la loi de grève, avant la fin de cette année, la retraite en 2025 et le Code du travail après.

Publié le


Mis à jour le

Le projet de loi relative à la grève sera voté avant la fin de l’année. La réforme des régimes de retraite sera adoptée au cours de l’année prochaine. L’amendement du Code du travail vient après. Le gouvernement est décidé à maintenir son agenda réformateur, tout en allant à grands pas vers l’État social. Lors de son passage, mardi 9 juillet, devant les conseillers dans le cadre de la séance des questions de politique générale, Aziz Akhannouch a souligné que les pourparlers avec les partenaires sociaux sur le projet de loi relative à l’exercice du droit de grève devraient reprendre avant la fin de la semaine. «Jeudi, après le Conseil du gouvernement, le ministre de l’Emploi va tenir une première rencontre avec les partenaires sociaux. Nous espérons aller vite et boucler les négociations rapidement au plus tard à la rentrée, en septembre, pour que le texte soit prêt en octobre», a affirmé en ce sens le chef du gouvernement. Aziz Akhannouch a lancé, pour ce faire, un appel aux syndicats et au patronat de se défaire de leurs casquettes respectives et se comporter comme un «chef de famille», mettant en avant le droit du salarié et les intérêts de l’investisseur. Le premier pour exercer un droit que lui confère la Constitution depuis 60 ans quand il juge que c’est la seule issue pour se faire justice et le second pour qu’il puisse avoir la garantie de la sécurité de son investissement.
Dans tous les cas, le chef de l’Exécutif, pour avoir décroché deux accords sociaux durant la première moitié de son mandat, une première, et assisté à plusieurs réunions du dialogue sectoriel avec les syndicats, se montre très confiant : «Fin 2024, nous allons fêter avec les syndicats l’adoption de la première loi relative à la grève dans l’histoire du Maroc». Après, en 2025, ce sera le tour de la réforme des régimes de retraite. «Nous allons commencer dès la session de septembre», annonce le chef du gouvernement. Il s’agit bien sûr d’un nouveau round de négociations relatives à cette réforme, presque les trois partenaires sociaux ont déjà tenu plusieurs réunions par le passé. «Nous avons d’ailleurs déjà entamé le dialogue sur le sujet», confirme Aziz Akhannouch, tout en soulignant que «les syndicats connaissent la vision du gouvernement et nous connaissons leurs points de vue. En septembre, il faut commencer les discussions et les négociations à proprement parler».
Ainsi, projette le chef de l’Exécutif, «on pourra aboutir à une réforme qui ne pénalise personne, ni l’État, ni l’employeur et les employés en cours de l’année 2025». Il s’agit, encore une fois, de laisser les intérêts étriqués des uns et des autres à côté et se concentrer sur le moyen de trouver un équilibre entre toutes les parties concernées. Mais il s’agit surtout d’éviter la faillite des caisses de retraite. Car, sur ce dossier, «si l’on n’agit pas, et rapidement, c’est certain que l’on va droit dans le mur».
Dans le lot, il reste la réforme du Code du travail. «Nous allons entamer le dialogue sur le sujet en 2026. Si nous arrivons à boucler le chantier avant la fin du mandat du gouvernement, tant mieux, sinon ce sera du travail pour le prochain Exécutif. Au moins, on lui aura laissé de quoi s’occuper», affirme Aziz Akhannouch.

Un modèle marocain
En matière de négociations sociales, le gouvernement a déjà installé une démarche: le dialogue. Et même quand les points de vue divergent et les positions sont dans le sens opposé, les partenaires sociaux ont continué à se rencontrer. C’est ainsi que la confiance se construit. «Lors des rencontres des dialogues sectoriels, tous les ministres concernés, ceux qui le sont directement par la nature de leurs fonctions et ceux indirectement comme la ministre de l’Économie et des finances et le ministre chargé du Budget, ont toujours été présents. Ils participent tous régulièrement aux réunions en “mode solution”. C’est-à-dire qu’ils sont là pour chercher et proposer des solutions aux problèmes», explique Aziz Akhannouch.
Le résultat de cette implication est là, deux accords sociaux d’envergure avant la fin de la première moitié du mandat du gouvernement. Et il ne s’agit pas de se contenter de parapher les contrats sociaux, parce qu’il faut, ensuite, mettre en œuvre leur contenu. Là encore, l’Exécutif ne se fait pas prier. «Tous les accords que nous avons signés, nous sommes en train de les mettre en œuvre un après l’autre», poursuit-il. La preuve : «La semaine dernière, nous avons adopté, en Conseil de gouvernement, 31 décrets d’application pour donner corps à l’un des points du dernier pacte social qui porte sur une augmentation de salaire de 1.000 dirhams en deux tranches». Le ministère de l’Éducation nationale vient, en même temps, de boucler le processus de titularisation des anciens enseignants contractuels, alors que, dans le secteur privé, les salariés ont eu droit à une augmentation de 20% du SMIG, 25% dans le secteur agricole. Les pensions de retraite ont également été revalorisées à hauteur de 5%. Aucun gouvernement n’a été jusque-là auparavant. Il faut dire que l’Exécutif a jeté les bases d’un modèle marocain authentique de dialogue social. Aujourd’hui, alors que l’inflation a nettement régressé, «nous allons finir l’année autour de 1,5%», déclare le chef du gouvernement, et qu’avec les récentes augmentations de salaire, et celle à venir dans le cadre du PLF25, le pouvoir d’achat des ménages sera nettement amélioré. L’Exécutif va plancher, en plus des réformes sociales restantes, sur un autre défi : l’emploi. «Le gouvernement, s’engage Aziz Akhannouch, est résolu à accélérer le rythme des programmes d’emploi, à maîtriser les taux de chômage et à offrir des opportunités de travail décent garantissant l’égalité des chances dans l’accès à un emploi stable et durable».


Aide directe, démarche incomprise
En évoquant l’amélioration de la situation des fonctionnaires et des salariés, le chef du gouvernement a eu une pensée également pour les non-travailleurs dans le besoin. Ces derniers touchent une aide de 500 dirhams qui va en augmentant. Elle sera de 900 dirhams, en fonction du nombre d’enfants, pour certaines catégories. Mais, ce qu’il faut comprendre, c’est que les aides directes ne sont pas une finalité. La philosophie de l’aide directe consiste à accompagner les gens qui se trouvent dans une situation précaire jusqu’à ce qu’ils trouvent un emploi. «Les gens doivent comprendre que cette aide ne doit pas être éternelle, s’ils trouvent du travail, il faut qu’ils cèdent ce droit aux autres», affirme le chef de l’Exécutif. Paradoxalement, dans certaines régions, les entreprises peinent à trouver de la main-d’œuvre. Les chefs de famille préfèrent se contenter des aides sociales et rester chez eux. Aziz Akhannouch a donné l’exemple d’une société en prospection à Tata pour recruter 500 salariés pour travailler à Kénitra. Seulement une centaine ont répondu à l’offre.