Diplomatie
Conflit du Sahara : Le début de la fin ?
Le plan d’autonomie gagne des appuis, y compris parmi d’anciens dirigeants du Polisario. Le Maroc a remporté la bataille diplomatique. Avec l’incident de Smara, l’Algérie et ses protégés viennent de tirer leur dernière cartouche.
e Conseil de sécurité a décidé, lundi, de proroger pour une année le mandat de la Minurso. Cela tout en consacrant, une fois de plus, la prééminence de l’initiative marocaine d’autonomie pour clore ce différend régional. La résolution 2703 a été adoptée par 13 voix pour et deux abstentions. On devine déjà, bien avant le vote, de quels pays il s’agit. La Russie et le Mozambique sont, en effet, les deux pays opposés au projet présenté par les États-Unis, en leur qualité de «Pen Holder». La Russie a même évoqué une terminologie révolue, abandonnée par le CS depuis 2007, alors que le Mozambique a tenté de déterrer la fameuse proposition de monitoring des droits de l’Homme. Les propositions d’amendement des deux pays n’ont pas été retenues, grâce notamment à une opposition ferme de la France et des États-Unis. Il faut reconnaître aussi que Moscou n’a pas non plus utilisé son véto contre la résolution. Quant à la Chine, elle vote pour la deuxième année en faveur de la résolution, abandonnant ainsi définitivement sa neutralité, puisque par le passé, Pékin s’est toujours abstenu de voter.
Le représentant français à l’ONU a rappelé, lors du vote de la résolution, «le soutien historique, clair et constant de la France au plan d’autonomie marocain. Ce plan est sur la table depuis 2007, il est temps désormais d’avancer». Il faut bien souligner l’expression «il est temps désormais d’avancer» ce qui, manifestement, peut être considéré comme une légère inflexion dans la position française. Rappelons-nous aussi que l’année dernière, la France s’est abstenue de commenter son vote.
Entre le moment où le Secrétaire général de l’ONU a remis son rapport aux membres du Conseil de sécurité, le 3 octobre, et le vote de la nouvelle résolution le 30 octobre, une série d’événements, d’une importance capitale, se sont passés. Au début du mois, et devant la 4e Commission, l’Espagne, qui assure la présidence tournante de l’UE, demande à l’Algérie d’autoriser le recensement, par le HCR, des populations des camps de Tindouf. Le geste est fort significatif puisque venant de l’ancienne puissance coloniale, mais qui parle au nom des 27. Quelques semaines plus tard, l’Espagne, et aussi la France, la Belgique et la Hongrie ont envoyé leurs avocats pour former le collectif de défense de la Commission et du Conseil de l’UE devant la Cour de justice européenne à l’examen du recours introduit par ces derniers. Un recours en annulation de l’arrêté de la cour en vertu duquel les accords de pêche et d’agriculture sont aujourd’hui bloqués.
PLAN D’AUTONOMIE, «LA SOLUTION»
Pendant ce temps, Nasser Bourita, le chef de la diplomatie marocaine, annonce que ce sont désormais 14 pays de l’Union européenne qui soutiennent le plan d’autonomie proposé par le Royaume pour mettre fin au conflit autour du Sahara. L’enquête est toujours en cours, en tout cas au moment de l’écriture de ces lignes, mais l’attaque contre les civils à Smara, de la nuit du 28 au 29 octobre, n’est pas étrangère à cette succession d’événements. Le Polisario, qui a d’ailleurs revendiqué cette agression, est acculé. «Ce qui s’est passé à Smara est une opération terroriste et il y aura de graves conséquences pour les responsables», commente Omar Hilale, représentant permanent du Maroc à l’ONU. En termes de riposte, le Maroc dispose d’un large éventail d’options. L’annulation des zones tampons, désormais utilisées pour lancer des attaques terroristes, en est une. Peut-être bientôt, il n’y aura plus de communiqué de la pseudo-Rasd signé «depuis Bir Lahlou». L’épisode d’El Guergarate n’est pas si loin.
Toujours est-il, pour en arriver à ce point de non-retour, que la résolution que le SC s’apprête à adopter allait sonner l’approche de sa fin. D’ailleurs, c’est l’Algérie qui est de plus en plus appréhendée comme partie, que ce soit dans les rapports du Secrétaire général ou dans les résolutions du CS. Si par le passé elle se cachait derrière le front séparatiste, elle ne peut plus continuer à le faire. La résolution a, en effet, identifié clairement les parties au processus de résolution de ce conflit, qui doivent assumer leur responsabilité politique, juridique et morale dans la recherche d’une solution définitive au différend régional sur le Sahara marocain. Elle cite en particulier l’Algérie à six reprises, soit autant de fois que le Maroc, confirmant que le pays voisin est bel et bien la partie principale dans ce problème artificiel. Le Maroc a eu l’occasion de le signaler encore une fois dans un communiqué diffusé juste après le vote de cette résolution. Laquelle résolution a d’ailleurs été bien accueillie par le Royaume, tout en soulignant que le soutien international grandissant de près d’une centaine de pays à l’Initiative d’autonomie, l’ouverture à Laâyoune et à Dakhla de plus d’une trentaine de consulats généraux et la non-reconnaissance de plus de 84% des États membres de l’ONU de l’entité fantoche. C’est dans ce contexte que le Conseil de sécurité, à travers la résolution d’aujourd’hui, conforte sa démarche au sujet de la question du Sahara, aussi bien au niveau de l’identification des parties, la consécration du cadre du processus, que de la confirmation de sa finalité, lit-on dans le communiqué.
LE DERNIER ACTE
Évidemment, le Polisario, et à travers lui l’Algérie, n’a pas tardé, cette fois-ci, pour rejeter cette résolution. En fait l’Algérie, aujourd’hui reconnue par la communauté internationale comme partie à ce conflit, rejette toutes les résolutions postérieures à celle de 1991, la résolution n° 690 portant création de la Minurso. Sauf qu’en un peu plus de trente ans, l’environnement géopolitique régional a complètement changé. Aujourd’hui, et c’est la Commission européenne et le Conseil de l’UE qui viennent de l’affirmer, le «Polisario n’a aucune qualité juridique et légale pour représenter la population sahraouie». Dans leur double pourvoi, examiné les 23 et 24 octobre par la Cour de justice de l’UE, le Conseil et la Commission contestent notamment que le Polisario «possède la capacité d’ester en justice» et qu’il puisse en outre «invoquer le principe d’autodétermination» dans cette affaire. Une réalité confirmée, par ailleurs, par le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP), réuni les 27 et 28 octobre à Dakar, pour la deuxième édition de «Melga Ahl Sahra», une conférence internationale sur la question du Sahara. Composé, en grande partie, d’anciens membres du Polisario, le MSP accuse l’Algérie de faire obstacle à toute résolution de ce conflit. «Il y a aussi le Polisario qui maintient des positions radicales. Il n’a pas la force d’imposer une solution militaire ; mais il ne veut pas négocier de manière réaliste», a soutenu Hadj Ahmed Barikallah, ancien leader du Front Polisario et fondateur, en 2017, du MSP, dans son intervention à l’ouverture de cette rencontre. Bien évidemment, pour les habitants des trois régions du Sud, ils choisissent, eux, depuis des décennies, leurs représentants dans différentes instances élues, enregistrant le plus souvent le plus grand taux de participation aux échéances électorales dans le pays. Ce sont ces représentants, soit à la tête des régions ou à un niveau de représentation plus bas et même parmi la société civile, qui plaident aujourd’hui pour leur présent et leur avenir, défendant fermement leur marocanité devant les instances onusiennes et autres organismes internationaux.
Bref, pour plusieurs analystes, la résolution adoptée le 30 octobre, qui est similaire en tout à celle de l’année dernière, est une approbation de la communauté internationale du plan d’autonomie que les parties doivent, à travers le processus des tables rondes, se hâter à mettre en œuvre. Il n’y aura aucune solution autre que celle politique mutuellement acceptable. Pousser l’Algérie à l’accepter est le cœur de la mission de Staffan de Mistura que de nombreux analystes présentent comme le dernier envoyé personnel du SG de l’ONU sur ce dossier.
TRANSFORMATION TOTALE À COUP D’INVESTISSEMENTS PUBLICS
Même s’il est difficile de trouver des chiffres actualisés sur les finances de la communede Laâyoune, un rapport relativement récent de la Cour des comptes nous apprend que la plus grande ville du Sahara tourne avec des revenus annuels de l’ordre de 1,3 milliard de dirhams, soit environ 5.400 dirhams par habitant/an. À titre de comparaison, Casablanca dispose d’un budget total de 3,65 milliards de dirhams, soit un peu plus de 1.000 DH par habitant. Laâyoune n’est qu’un exemple de l’effort consenti par le Maroc pour développer ses provinces du Sud. L’État est depuis 1975 le premier investisseur et le premier employeur dans ces provinces. Les investissements consentis ciblent particulièrement les secteurs sociaux prioritaires. Cet effort dépasse de très loin les recettes tirées de l’exploitation des ressources minières et halieutiques de ces provinces. Depuis la récupération du Sahara, pour chaque dirham des recettes de la région, le Maroc investit 7 dirhams dans ces régions. Entre 1975 et 2013, le Maroc a investi près de 120 milliards de dirhams dans les infrastructures : administrations, communications et télécommunications, électricité et eau, éducation, logement, santé… L’objectif a toujours été de hisser le niveau de vie de la population afin qu’il atteigne celui des régions les plus développées. L’année 2013 a constitué un tournant, avec le lancement par le Souverain du Nouveau modèle de développement des provinces du Sud dédié à des projets structurants (voir p.20). L’ONU a pris note de ces développements dans les rapports du Secrétaire général des Nations unies sur le Sahara, adressés ces dernières années, particulièrement depuis 2021, au Conseil de sécurité.