Chronique
Cachez cette Afrique que je ne saurais voir !
Une cécité d’extraction coloniale semble empêcher certains de comprendre que l’Afrique a changé. «Couvrez cette Afrique que je ne saurais voir !», semblent-ils claironner.
Et je ne résiste pas à la tentation de continuer à paraphraser cette portion de l’exquis «Tartuffe» de Molière : «Par de pareilles contrées les âmes sont blessées – Et cela fait venir de coupables pensées».
Eh oui, la France, et plus généralement l’Occident, ne veut toujours pas comprendre que l’Afrique a grandi, mûri et évolué. Et l’on se refuse surtout à croire qu’elle grandira, mûrira et évoluera crescendo. La jeunesse africaine ne supporte plus qu’on réfléchisse, décide et fasse quoi que ce soit à sa place. Elle ne veut plus être gouvernée par les adjudants-fouettards chargés de perpétuer la mainmise des Occidentaux sur les incommensurables richesses d’un continent mis sous la vampirique botte coloniale et néocoloniale depuis bientôt trois siècles !
Ce qui se passera durant les vingt prochaines années sur toute l’étendue africaine, du détroit de Gibraltar au cap de Bonne Espérance, du Sénégal à Djibouti ne sera rien d’autre que l’amplification de ce qui se déroule sous nos yeux au Mali, au Burkina, au Niger, en Guinée, en Centrafrique… Car, ne nous trompons pas de lecture ! Ces soubresauts – dont certains sont déguisés formellement en coups d’État – ne sont rien d’autre que l’expression d’une farouche volonté d’émancipation face aux outils de soumission que sont la Françafrique, le franc CFA, les bases militaires et les turpitudes des officines occidentales, notamment la DGSE française. La «coopération culturelle» elle-même est piégée, puisque souvent elle est investie dans la perpétuation d’un statu quo devenu insupportable. Pardi ! À quoi – diantre ! – sert tout ce décorum diplomatique, géostratégique, pseudo-culturel, associatif et économique mis en place depuis l’aube du XIXe siècle, voire dès la fin du XVIIIe siècle, sinon à continuer à payer à vil prix le cacao, le café, le manganèse, le cuivre, l’uranium, le pétrole et des centaines d’autres richesses du sol et du sous-sol africains… sans jamais penser le moins du monde au développement des pays pourvoyeurs de ces mêmes richesses et, surtout, sans se soucier un tant soit peu de la dignité des populations in situ et de l’intégrité des territoires ainsi allègrement charcutés, quand ils ne sont pas carrément spoliés ?
Et tout cela, le Maroc l’a fort heureusement compris depuis belle lurette ! Aussi le Royaume est-il aujourd’hui insulté et lâchement diffamé, d’ailleurs autant par les trois mégagroupes qui ont mis main basse sur les médias français que par les cercles politiques aux commandes, non pas pour les fallacieuses raisons relatives à la gouvernance et au respect des droits humains qu’on nous ressasse à la veille de chaque réunion du Conseil de sécurité de l’ONU ou encore celle de l’intruse et néanmoins contre-productive quatrième Commission, mais bel et bien parce que le Maroc est allé proposer aux frères africains un paradigme de coopération construit sur le socle du respect et d’un authentique win-win. L’Élysée, le Quai d’Orsay et même Bercy ont fini par perdre ce qui leur reste de calme lorsque le Maroc avait demandé son adhésion pleine et totale à la CEDEAO ! N’était-ce pas l’exact synonyme de la mise à mort du franc CFA? Tout cela constituait une menace frontale contre les bastions néocoloniaux français dont certains datent des funestes périodes du commerce d’esclaves !
Ajoutons à cela le fait incompressible et désormais irréversible que voici : depuis la création du capitalisme, aux sens originel et générique du terme, bel et bien au XVe siècle en Europe, ce mode d’entendement du monde a faussé compagnie à la galaxie dite occidentale pour se choisir l’Asie en épicentre ! Pis ou mieux, il a choisi pour atelier l’Afrique après avoir confié cette tâche, durant trois ou quatre décennies, à l’Asie (Chine, Corée du Sud, Inde, etc.).
Eh bien, figurez-vous que l’Europe, surtout cette irréformable et ringarde France de Papa, continue à faire comme si rien ne s’était passé depuis la première et la seconde révolution technologique qui ont suivi l’effondrement de l’ex-URSS et son glacier. Comme elles sont bien loin les années 80 où le malheureux Gorbatchev et son Reagan de complice tentaient désespérément de ralentir le torrent civilisationnel qui a mis si peu de temps à permettre l’émergence de la puissance asiatique pilotée par la Chine ! Exit l’Europe de l’équilibre universel des forces ! Quant à l’Amérique, elle n’aspire plus qu’au respect des «Aînés» !
C’est donc au cœur de ce monde qui fait du binôme Asie-Afrique le futur du monde que des apprentis métreurs de la géopolitique et, surtout, de la géostratégie mondiale de la modeste taille du Sieur Macron, ne saisissant ni la dimension ni la cinétique des bouleversements en cours, tiennent mordicus à perpétuer les barouds d’honneur et les combats d’arrière-garde. Réveillez-vous, nom de Dieu ! Dans vingt ans, l’Afrique comptera 2,5 milliards de terriens, soit autant d’habitants que la Chine et l’Inde réunies ! Elle en comptera 4,5 milliards à l’horizon 2100 ! Que pèsera alors l’Europe et même l’Occident tout entier face à cette masse colossale d’humains ? Les voilà les éclatantes vérités qui doivent inspirer dorénavant toute vision du vivre-ensemble sur notre minuscule planète pour tout dirigeant politique dont le pays siège depuis la Seconde Guerre mondiale au sein du sempiternel Conseil de sécurité de l’ONU ! Non les basses balivernes érigées en politique étrangère, y compris à l’encontre des Alliés à la fidélité authentiquement indéfectible !
