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À quoi joue encore le PPS ?
Même s’il s’en défend, le Parti du progrès et du socialisme tente vainement de jouer le rôle du «leader mobilisateur des oppositions». Il multiplie les rencontres avec différents acteurs, tout en restant «évasif» sur les raisons derrière ses manœuvres.
Du côté de l’opposition parlementaire, la tentation serait au positionnement sur la scène politique. En effet, à défaut d’une chimérique coordination structurée entre ses différentes composantes, dont les clivages, pas souvent idéologiques ou politiques, entre les unes et les autres sont plus que visibles, chaque composante se démène pour signer une certaine présence. Or, dans la configuration actuelle, le PPS (Parti du progrès et du socialisme) semble vouloir camper le rôle de meneur d’une telle hypothétique coordination. Du moins c’est ce qu’il prétend sans le reconnaître ouvertement.
Ainsi, dans le sillage d’une maladroite «lettre ouverte» adressée au chef du gouvernement, la formation du Livre a lancé une série d’invitations à plusieurs acteurs politiques, syndicaux et autres de la société civile. On voit bien qu’à défaut de convaincre, le parti ratisse large. L’objectif étant d’échanger avec ces acteurs sur la situation économique et sociale et de la manière la plus élargie possible au-delà de l’enceinte parlementaire, tout en proposant des «pistes alternatives», nous dit Karim Taj, membre du bureau politique du PPS et l’un des lieutenants du secrétaire général.
C’est dans ce sens d’ailleurs que la direction du parti a eu des rencontres avec le Mouvement populaire (MP), celle de la Confédération démocratique du travail (CDT) et l’Union marocaine du travail (UMT). Des rencontres qui ont été sanctionnées par des communiqués communs qui indiquent la convergence des points de vue ainsi que l’importance de la coordination pour «faire entendre» leur voix face à ce que le membre du bureau politique qualifie de «silence du gouvernement». Un point de vue que la réalité contredit, puisque le Rassemblement national des indépendants
(R NI) avait déjà mis les points sur les «I» en répondant à la fameuse «lettre ouverte». Et de la manière la plus ferme qui soit. Particulièrement, en démontant l’argumentaire du PPS, tout en énumérant, point par point, les actions menées par l’Exécutif en vue de contrecarrer les effets de la situation socioéconomique sur les citoyens.
Mais, en toute vraisemblance, le parti du Livre tient mordicus à son «analyse» et à sa «démarche», en essayant de ratisser le plus large possible avec l’ambition d’être le «mobilisateur» d’un front fissuré à la base. Et ce n’est pas la première fois qu’une tentative de création d’un front commun face au gouvernement finit en un échec sur toute la ligne. Un projet auquel avaient été associés l’USFP et le PJD, ou ce qu’il en reste, n’a jamais été concrétisé. Le PPS se tourne donc, aujourd’hui, vers les syndicats. Là encore, outre les échanges qu’ils ont eus avec le MP, la CDT et l’UMT, les «camarades» de Nabil Benabdallah sont en train de préparer des rencontres avec d’autres acteurs, notamment la Fédération de la gauche, le PJD et l’USFP, nous indique K. Taj sans pour autant avancer d’agenda. Manifestement, le PJD a lâché son ancien allié.
Quant à l’USFP, il vient à peine de tracer une feuille de route pour «l’opposition ittihadie», dans laquelle ne figure pas l’option «alliance avec le PPS». De ce fait, si une réunion s’annoncerait à la portée avec la FGD, «le scénario serait moins aisé à se réaliser avec les deux autres formations et la tâche serait des plus ardues», estiment des observateurs.
Le PJD ne serait pas chaud…
C’est que, passée la fameuse lune de miel qui avait marqué les relations entre la Lampe et le Livre, notamment du temps où les deux partis faisaient bon ménage dans l’ancienne majorité, l’on a assisté à une certaine froideur lors du deuxième mandat mené par le PJD. La relation relevait plus du «cordialement correct qu’autre chose». D’autant plus qu’on n’était plus dans les grandes déclarations et les scènes des accolades devant les cliquetis des photographes. Plus encore, cela pourrait même être synonyme de «mission impossible» de convaincre les «frères» de Benkirane de se ranger du côté d’un «leadership» qui ne soit pas le leur. Surtout que, malgré le poids qui est le leur actuellement sur le landerneau politique, ils verraient d’un mauvais œil le fait d’être menés par une formation qui a évolué, pendant une décennie, dans leur ombre. D’ailleurs, depuis le retour aux manettes de l’ancien chef de file des «lampistes», aucun contact officiel n’a été enregistré plus particulièrement depuis l’avènement de la nouvelle majorité. Une majorité que le PPS aurait bien aimé rejoindre, mais sans succès.
L’USFP tempère…
La difficulté serait aussi la même, bien que pour d’autres raisons, avec l’USFP. D’ailleurs, au cours de ces récentes rencontres, on a relevé une certaine particularité avec le parti de la rose. En effet, avant une éventuelle «rencontre des états majors», les deux formations ont organisé une sorte de «réunion préparatoire» entre des délégations menées du côté du PPS par un membre du bureau politique et de l’autre par un membre du conseil national, soit un niveau de représentation moindre. Ce qui pourrait être interprété comme une fin de non-recevoir, mais en termes diplomates. Au menu, laisse-t-on entendre, il s’est agi de «se mettre d’accord sur les points qui devraient figurer à l’ordre du jour de la rencontre entre les directions des deux partis» ! Ceci étant, et parce que la symbolique est porteuse de sens en politique, il va sans dire que le «niveau de représentativité» de l’USFP lors de cette réunion n’a pas été pour plaire aux «camarades». Voire que l’éventualité d’une «rencontre au sommet» serait hypothéquée. Chose qu’on dément du côté du PPS où l’on avance que cette rencontre est bel et bien prévue, mais sans être trop bavard sur les conditions de sa tenue, encore moins sur une possible date. On comprend, dès lors, pourquoi cette réunion préparatoire n’a pas eu droit à la médiatisation, comme cela a été le cas pour les premières qui ont été bien mises en évidence sur les «Unes» des médias du parti du Livre.
Toujours est-il que la question qui revient est : «Comment comprendre le peu d’enthousiasme affiché par les amis de Driss Lachgar ?». Déjà que l’Union socialiste ne s’est jamais sentie concernée par la coordination avec les membres de l’actuelle opposition, notamment compte tenu d’un passif non encore réglé, et qui pourrait ne pas l’être, avec le parti de la Lampe. Et en même temps, le parti de la Rose pourrait avoir du mal à «avaler» la «très franche dilution du PPS dans l’habit de suiveur des avis du PJD». Autrement, l’USFP attendrait un choix tranché du côté du PPS, ce qui est loin d’être possible, de la même manière que, tout comme les PJDistes,les «socialistes» ne verraient nullement un autre leadership que le leur dans toute action de coordination. Cela a toujours été confirmé historiquement et ce n’est certainement pas demain que cela changerait.
Sans omettre de vue que Driss Lachgar et les siens ne pourraient pas oublier l’affront que leur ancien compagnon du temps de la «koutla» ait fait le choix de s’allier, corps et âme, avec un parti qui a passé son temps à s’en prendre à l’actuel premier secrétaire de l’USFP. C’est à croire que toutes ces rencontres risqueraient de passer dans la rubrique de «compte pertes et profits». A moins que cela ne soit juste pour donner l’impression que quelque chose se passe! Sans plus.
En interne, on s’interroge aussi…
Selon des voix en interne, le PPS serait en train d’opérer sur un terrain tout de clivages fait et que d’aucuns s’interrogent sur le bien-fondé de sa démarche, le fondement qui y préside ou encore les objectifs escomptés de sa nouvelle posture. «Ce n’est même pas le succès ou non de cette mobilisation qui compterait, mais surtout ce que cela aurait réellement sur le positionnement du parti sur la scène politique», nous dit une voix dissonante au sein du parti du Livre. Qui plus est, elle estime que le parti ferait mieux de se recentrer sur le renforcement de ses troupes, au lieu d’aller chercher un quelconque leadership ailleurs. Et d’ajouter que ces tentatives manqueraient de «cohérence», tout comme son «positionnement», qui ne faisait pas l’unanimité en interne, sous l’aile du PJD pendant une dizaine d’années. Car, comment est-il possible de prétendre réunir autour de la «même cause» des composantes que tout sépare, relève-t-on, tout en ajoutant que «c’est tout juste bon pour la consommation médiatique».