Sur fond de remaniement ministériel, les partis font leur rentrée politique

Avec le programme «100 jours, 100 villes», le RNI ira à la rencontre des citoyens dans une centaine de villes petites et moyennes. L’USFP vient de lancer une initiative d’ouverture et de réconciliation en direction des anciens membres et sympathisants du parti. L’Istiqlal fait sa rentrée politique depuis la région de Guelmim-Oued-Noun, après avoir lancé un «forum de réflexion».

Dans un attentisme lassant, depuis que le chef du gouvernement a été chargé, il y a près de deux mois, de revoir son équipe, voici que les partis politiques donnent enfin du ton. C’est, pour ainsi dire, le RNI qui vient de donner le coup d’envoi, depuis Agadir les 20 et 21 septembre, de la véritable rentrée politique de cette année. Il n’est pas donné, en effet, de réunir 5 000 jeunes et de choisir pour thème mobilisateur : «La participation politique». L’évènement a été largement commenté. Indéniablement, il a marqué plus d’un par son organisation en plus de la nature et la teneur des débats. Durant les 14 ateliers programmés, plus de 120 encadrants se sont relayés pour apporter leur savoir, savoir-faire et partager leurs expériences. Durant ces deux journées et à travers les débats et les échanges, le RNI aura encore confirmé haut et fort qu’il n’a pas d’ennemis politiques, et que ses véritables ennemis sont la pauvreté et la précarité. Un détail pour illustrer cette volonté d’ouverture sur tous les acteurs politiques, abstraction faite de leur référentiel idéologique et leur positionnement sur la scène politique : parmi les invités, une jeune militante du PJD. Fatima En-Nehary, Marocaine résidente en France et membre du conseil national du PJD, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a fait part de son expérience aux jeunes du RNI et défendu ses idées et les positions de son parti, personne parmi l’assistance n’a trouvé cela choquant ou inadmissible. Personne n’y a trouvé à redire. Sauf les membres de son propre parti, surtout les jeunes, pour qui ce genre d’initiative relève de l’«hérésie». Cela dit, pour porter encore plus haut la barre, le président a lancé le défi de réunir 10 000 jeunes, l’année prochaine, pour la 4e édition de son Université d’été. Au rythme de l’évolution de cette manifestation avec la progression du niveau de maturité politique des jeunes du parti, ce défi ne doit pas être difficile à relever et la promesse à tenir. L’objectif est clair : de la mobilisation et encore plus de mobilisation. «Il faut que les jeunes occupent le terrain, s’inscrivent sur les listes électorales et votent. Si vous voulez accéder aux postes de décision, il n’y a qu’une seule voie pour ce faire, celle de la politique». Le conseil du président du parti n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Les jeunes sont déterminés à ne plus laisser le terrain vide pour ceux qui ont montré la limite de leurs capacités de gestion des affaires publiques. Pour cela le parti s’est engagé à mettre à la disposition des jeunes les moyens qu’il faut. Les jeunes seront formés, coachés et orientés. Un programme sera mis en place pour que ces jeunes choisissent eux-mêmes, et en toute démocratie, ceux qui, de par leur compétence et leur engagement, seront à même de représenter le parti au Parlement et au gouvernement.

Engagement, mobilisation et communication

Là encore, et c’est un autre engagement du président, si le RNI sortait gagnant des élections de 2021, le gouvernement qu’il formera comptera le plus grand nombre de jeunes. Entre-temps, les jeunes seront mis à contribution dans les initiatives que le parti lancera vers fin octobre. Ils seront ainsi au cœur du «programme 100 jours, 100 villes», une série de rencontres que les responsables du parti, membres du bureau politique élus et responsables régionaux organiseront dans une centaine de villes petites et moyennes. Il s’agit d’aller à l’écoute des habitants de ces villes, de s’enquérir de leur besoin et s’informer de leurs priorités. Ces rencontres, qui s’étaleront sur plusieurs mois, jusqu’en juin, permettront au parti de confectionner un programme adapté pour chacune de ces villes, souvent laissées-pour-compte, à l’horizon des élections de 2021. Elles découlent de la politique de proximité dans laquelle le RNI s’est engagé depuis fin 2016.

En l’espace de trois ans, la direction du parti a visité trois fois toutes les régions du Royaume, en plus de la 13e région (les MRE), ce qui fait un total de 36 déplacements régionaux en presque autant de mois. En plus de l’Université d’été et la réunion du bureau politique, la ville d’Agadir a également abrité une réunion, présidée par Aziz Akhannouch, du Forum régional du professionnel de la santé. Cette organisation qui vient à peine d’être structurée, tiendra, prochainement, sa première réunion nationale avec la participation d’au moins 3000 membres.

Dans cet élan organisationnel, les étudiants du parti sont également invités à finaliser leur structuration aussi bien au niveau des régions qu’à l’échelle nationale. Bref, c’est une rentrée politique bien particulière que le RNI vient de réussir. Et comme dans de pareils événements, il y a souvent des messages à faire passer et des positions à clarifier. Le parti, non seulement reste au gouvernement, mais le bureau politique vient de donner mandat franc au président pour renforcer sa représentativité au sein de l’Exécutif. L’instance exécutive a également salué l’action de ses ministres, dans l’agriculture et la pêche, dans l’industrie, mais aussi dans la justice et dans le domaine de la jeunesse et les sports.

Ce faisant, le bureau politique a mis en garde contre l’instrumentalisation politique des rapports de certaines institutions constitutionnelles.

PJD, obnubilé par le remaniement

Le RNI s’est, certes, démarqué par la qualité et la portée de sa rentrée politique, mais il n’est pas le seul à s’activer en cette période très particulière. Dans la majorité, le PJD, vivant au rythme du remaniement ministériel, a écourté ses vacances en tenant la première réunion de son secrétariat général, consacré justement au remaniement, le 22 août. Les autres rencontres internes du parti, organisées depuis, ont le plus souvent servi d’alibi pour faire passer des messages concernant le déroulement de cette opération ainsi que les positions du parti sur certains sujets, dont la mise en œuvre de certaines dispositions de la loi-cadre relative au système de l’éducation et de la formation. Curieusement, relèvent plusieurs observateurs, depuis qu’il a été chargé de remanier son équipe gouvernementale, le chef du gouvernement a préféré communiquer sur sa mission par le canal des organisations de son parti. Pas plus tard que dimanche, au lendemain de l’audience royale du samedi 21 septembre, le chef de file de la majorité s’est exprimé sur le déroulement de l’opération du haut de la tribune de l’organisation féminine de son parti. Cela dit, le fait marquant de cette année pour le parti islamiste, au-delà des négociations de remaniement du gouvernement, c’est sans doute la création de la «Fondation Abdelkrim Al-Khatib pour la pensée et les études». Dans un message adressé aux fondateurs, le Souverain a appelé à faire de cette institution «un centre de brassage d’idées constructives et une plate-forme pour la formation de compétences et d’élites politiques qualifiées et la promotion des valeurs du vrai patriotisme», notamment «la sincérité, la loyauté, la fidélité aux constantes et aux valeurs sacrées de la nation, ainsi que l’engagement à placer ses intérêts supérieurs au-dessus de toute autre considération». Outre des dirigeants du PJD, dont certains au gouvernement, le bureau exécutif compte plusieurs personnalités dont notamment l’ancien secrétaire général du PPS. En parlant justement de ce parti, il a organisé, du 6 au 8 septembre, le huitième congrès national de sa Jeunesse, avec la participation de quelque 700 militants, sous le thème: «Les jeunes et la consécration du choix démocratique». Cette organisation vieille déjà de 40 ans s’est donné comme défi de «trouver des réponses à la crise de confiance et au débat autour de l’intégration des jeunes dans la pratique politique» ainsi que la «réconciliation des jeunes avec le fait politique».

Le PPS, ce parti de gauche qui s’est toujours présenté comme progressiste, s’est également positionné par son appel à reconsidérer l’encadrement légal de l’exercice des libertés individuelles. Cet appel a été lancé en marge du débat soulevé par la poursuite en justice d’une journaliste pour «avortement illégal» entre autres chefs d’inculpation. En parallèle, son bureau politique qui a déjà tenu trois réunions depuis le retour des vacances ne cesse d’appeler à «imprimer un nouveau souffle démocratique dans la vie politique», dont le soubassement serait notamment «la réhabilitation de l’action politique».

Réconcilier la famille «ittihadie»

Tout un programme en fait. Le PPS multiplie les sorties médiatiques, soulignons-le, pour mieux se positionner dans le futur gouvernement. En restant dans le camp de la gauche, l’USFP a signé sa rentrée avec un événement historique. Il vient de fêter, en grande pompe, le 60e anniversaire de sa création. Occasion unique pour rassembler, de nouveau, la «diaspora» de ce grand parti socialiste. C’est justement dans le cadre de cette démarche que la direction du parti a lancé, en parallèle, au début de ce mois, une initiative d’«ouverture» et de «réconciliation». Aujourd’hui plus que jamais, lit-on dans cet appel adressé aux «USFPéistes» où qu’ils soient, «vous êtes appelés à consolider vos rangs et à fédérer vos forces pour redonner la chaleur à la famille ittihadie parmi tous ceux qui ont milité au sein du parti, sympathisé avec lui, l’ont défendu, ou ont été convaincus de ses principes, vous êtes invités à vous ouvrir sur les différentes compétences et cadres intègres, imbus des idées progressistes, des valeurs de démocratie, d’égalité et de modernité, et sont à même de participer au renouvellement de la pensée ittihadie et au développement de ses projets et programmes en vue d‘une participation efficiente à la prospérité du pays et à l’édification d’un avenir meilleur». Les partis politiques bougent certes, c’est un constat indéniable, mais est-ce vraiment dans le bon sens ? Le rôle des partis, tel que constitutionnellement défini, s’étend en effet au-delà de la représentation des citoyens pour englober tout le processus de formation et d’encadrement politique de ces derniers. Et cela, rares parmi nos partis qui l’ont compris. Rares parmi eux ceux qui vont réellement à la rencontre des citoyens.

Cela fait plusieurs semaines que le PAM se démène pour sortir de l’impasse. Le premier parti de l’opposition est aujourd’hui affaibli par une crise interne sans fin. Les deux clans opposés continuent chacun de camper sur leurs positions. Le clan de «l’Appel de l’avenir», qui domine une commission préparatoire non reconnue et légalement contestée devant la justice, insiste pour tenir le congrès coûte que coûte. Après avoir annoncé son report, il y a quelques jours, elle revient à la charge et décide, au terme d’une réunion tenue samedi 21 septembre à Casablanca, de repousser ce 4e congrès, initialement prévu le 27 septembre, aux 13, 14 et 15 décembre. Date officielle et définitive selon un communiqué de la commission préparatoire présidée par Samir Goudar. Le même jour, le secrétaire général, Hakim Benchamach, lance une initiative de réconciliation. Tout en mettant en garde contre «les risques d’une destruction (…) qui démantèlerait le projet politique de notre parti», le secrétaire général propose en «ces circonstances difficiles» et dans le but d’«unifier» les rangs, le lancement d’un «dialogue interne» au sein du parti. Concrètement, M. Benchamach compte organiser une table ronde en présence des membres du bureau politique et du bureau fédéral ainsi que des députés du parti. L’invitation a également été adressée aux anciens secrétaires généraux pour participer à cette table ronde. L’autre parti de l’opposition, et non des moindres, l’Istiqlal, a choisi de faire sa rentrée politique depuis le Sahara en organisant, le 23 septembre, un meeting populaire à Tan-Tan, dans la région de Guelmim-Oued-Noun. Auparavant, le parti a lancé, le 21 septembre, ce qu’il désigne comme «un nouveau format des rencontres». Il s’agit d’un «forum de réflexion où se retrouvent les différentes intelligences de nos organisations. Nous avons choisi de débattre de la nouvelle génération de pactes pour sortir de la crise», précise le secrétaire général, Nizar Baraka. Cette réflexion, explique-t-il, est une continuité de la vision du Parti de l’Istiqlal du nouveau modèle de développement, adoptée lors du conseil national d’octobre 2018 et qui a été envoyée sous forme de mémorandum le 11 janvier 2019 au Cabinet royal. Quelques jours plus tôt, le parti a organisé un séminaire interne du comité exécutif autour de «Chantiers de mobilisation et chantiers d’avenir».

Lire aussi :      Remaniement : pratiquement 60 jours après, toujours rien de concret