L’employabilité des jeunes fortement impactée par la pandémie

• Une enquête du portail Stagiaires.ma souligne une disparité selon les différentes catégories d’entreprises.
• Pour ces dernières, 67% des recrutements ont été suspendus ou reportés.

Les jeunes seraient-ils les principales victimes de la période post-Covid ?
Les bouleversements engendrés par cette crise sanitaire sont inévitables et inédits. L’effondrement économique prévu pourtant, aura indéniablement des impacts sur l’emploi, principalement celui des jeunes.
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), plus d’un jeune sur six a cessé de travailler depuis le début de la pandémie, et ceux qui ont conservé leur emploi ont vu leur temps de travail diminuer de 23%.
Au Maroc, une nouvelle étude du portail Stagiaires.ma vient confirmer une réalité de plus en plus incertaine pour les jeunes qui débarqueront sur le marché du travail. Réalisée entre le 2 et le 30 mai dernier auprès d’un échantillon représentatif de 13 005 étudiants, 1 279 lauréats et 812 entreprises, cette étude donne, d’une part, une cartographie des difficultés imposées par cette épidémie, auxquelles font face les entreprises, les étudiants et les jeunes lauréats, et, d’autre part, elle trace également une projection sur les perspectives post-crise, en termes de recrutement et d’emploi des jeunes.

Seuls 19% des stages sont maintenus

L’employabilité des jeunes a été négativement impactée par la pandémie de la Covid-19, aussi bien sur le plan des recrutements que sur celui des offres de stages. 67% des recrutements ont été suspendus ou reportés, contre respectivement 17 et 16% pour les recrutements maintenus et partiellement maintenus, selon les entreprises interrogées.
L’étude souligne une disparité selon les différentes catégories d’entreprises : avec 61% de recrutements maintenus ou partiellement maintenus, les TPE ont moins fait appel à la suspension ou le report comme solution structurelle face à la crise. Elles sont suivies de loin par les PME (15%) et les grandes entreprises (13%).
Il en est de même pour les stages, puisque seuls 19% des stages ont été maintenus, tandis que 64% ont été suspendus ou reportés. Ce sont les TPE qui ont le plus sauvegardé leurs offres de stages avec 37% de stages maintenus et 28% de stages partiellement maintenus au moment où seuls 9% et 11% ont été maintenus, respectivement au niveau des PME et des grandes entreprises.
Les jeunes lauréats fraîchement en poste ou en instance de recrutement sont davantage en mauvaise posture. Ils sont 86% de jeunes lauréats à voir leur recrutement suspendu ou reporté en raison de la pandémie du Coronavirus. Ceux en poste depuis moins de 6 mois ont été les plus impactés (37%). Les jeunes lauréats des établissements publics sont plus touchés que leurs homologues du privé (61% de recrutements suspendus pour le public contre 37% pour les écoles privées). Un écart qui s’observe également au niveau des stages : si 62% des stages d’étudiants du public ont été suspendus, seulement 26% l’ont été pour ceux du privé. Très peu d’entre eux sont accompagnés par leurs écoles pour un job. En termes d’accompagnement des étudiants dans ce contexte de crise, la situation paraît davantage plus critique. Près de 98% des lauréats du public affirment n’avoir bénéficié d’aucun accompagnement pour la recherche d’une nouvelle opportunité contre 78% pour le privé.
Partage des opportunités d’emploi reçues par l’école/université (67%) et mise en relation avec des recruteurs (42) sont les principaux leviers activés par les établissements pour accompagner leurs lauréats à trouver une nouvelle opportunité.
Dans la même logique, un peu moins de la moitié des étudiants du privé (47%) affirment avoir été accompagnés par leurs établissements pour trouver une alternative au stage, contre uniquement 9% pour ceux du public.
Comme alternative au stage, les établissements proposent aux étudiants une problématique théorique sur laquelle travailler (70%), des workshops & webinaires en ligne (41%), le partage d’offres de stage reçues des recruteurs (35%), entre autres leviers.
Les jeunes ont été également concernés par le télétravail. Ils sont 86% à réaliser les missions qui leur sont confiées exclusivement en télétravail, contre 11% pour le télétravail et présentiel et 3% pour le présentiel uniquement.
Les stagiaires ont été également sollicités à distance, puisque la majorité des stagiaires sondés ont confirmé avoir fait du télétravail pendant le confinement. Une situation qui pourrait s’expliquer par la volonté des recruteurs de préserver la santé de leurs collaborateurs et de ne garder en présentiel que ceux dont la présence physique est indispensable au fonctionnement de l’entreprise.

Les entreprises restent confiantes et espèrent augmenter le nombre de recrutements, par rapport à 2019

Toutefois, les entreprises semblent confiantes pour l’avenir, puisque 86% d’entre elles le confirment par rapport à l’évolution de la situation (13% très confiantes, 17% confiantes et 56% moyennement confiantes).
En revanche, les étudiants semblent l’être moins, puisque la proportion est beaucoup plus marquée chez les lauréats (26%) que chez les étudiants (44%).
La visibilité en termes de recrutement n’est pas non plus au beau fixe, puisque seules 31% des entreprises disent avoir de la visibilité sur leurs plans de recrutement de jeunes lauréats. Les TPE sont les plus touchées avec 7% seulement contre 49% pour les grandes entreprises et 37% pour les PME.
D’autre part, 40% des entreprises entendent augmenter le nombre de recrutements comparativement à l’année 2019, au moment où 22% d’entre elles comptent maintenir le même nombre que lors de l’exercice précédent. Seules 2% des entreprises prévoient de suspendre leur recrutement pour 2020.
Les TPE pour leur part sont les plus disposées à augmenter le nombre de recrutements en comparaison avec 2019 (71%), tandis que ce chiffre n’est que de 24% et 26% respectivement pour les PME et les grandes entreprises.

Lire aussi :

L’accompagnement des établissements dans l’employabilité des jeunes reste faible