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Tournages étrangers : Le Maroc s’offre un «happy end» record
Le Royaume attire les superproductions comme un aimant : en 2025, les tournages étrangers y ont généré 1,5 MMDH, un record qui confirme l’attractivité du Maroc auprès des grandes productions internationales.
En 2025, le Maroc a franchi un seuil symbolique. Les tournages de productions étrangères ont généré 1,5 MMDH de chiffre d’affaires, un record absolu pour le secteur cinématographique national.
L’annonce, faite par le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, Mohamed Mehdi Bensaid, devant la Chambre des représentants, marque un changement d’échelle. Avant 2021, ces recettes ne dépassaient pas les 500 MDH. En l’espace de quelques années, l’économie des plateaux a triplé de volume.
Cette progression n’est pas présentée comme un feu de paille, mais comme une trajectoire assumée. Les projections ministérielles évoquent désormais un cap à 2 MMDH, voire davantage. Un horizon ambitieux que les professionnels abordent toutefois avec prudence.
«Il s’agit d’une estimation officielle, pas encore d’un chiffre consolidé. Aucun bilan annuel définitif du CCM n’a été publié à ce stade. On parle donc d’un objectif politique, pas d’un acquis statistique», rappelle un acteur du secteur, familier des productions internationales.
Silence, on chiffre !
Le Maroc n’est plus seulement un décor spectaculaire mobilisé ponctuellement, mais un territoire de production capable d’absorber des tournages lourds, longs et techniquement exigeants. «La région de Ouarzazate a toujours été un bastion du cinéma marocain, particulièrement prisé par les réalisateurs étrangers», explique ce professionnel.
Une position de leader confortée, selon lui, par la disponibilité immédiate de trois grands studios (Atlas, CLA et Oasis), offrant une infrastructure logistique moderne, mais aussi par un vivier humain éprouvé, mêlant figurants à la diversité recherchée, artisans qualifiés et techniciens bien formés.
À ces ressources s’ajoute un avantage naturel rarement égalé. La diversité des paysages, la stabilité climatique, l’ensoleillement constant et la qualité de la lumière constituent, depuis longtemps, un argument décisif.
«Ce sont des conditions idéales pour tourner vite et bien», résume-t-il. Mais ces attraits seraient insuffisants sans des leviers plus prosaïques. Le coût global d’une production au Maroc demeure inférieur d’environ 50% à celui d’un tournage équivalent aux États-Unis, un différentiel qui pèse lourd dans les arbitrages budgétaires des studios.
Cette attractivité repose aussi sur une série de mesures incitatives construites dans la durée. L’importation temporaire d’armes et de munitions pour les films d’action est facilitée, la TVA est exonérée sur les biens et services acquis localement, le dédouanement du matériel de tournage est assuré dans la journée, tandis que les visas de tournage sont obtenus en un temps record.
«L’explication relève d’une logique simple : c’est la déclinaison concrète d’une stratégie nationale de promotion de la production cinématographique à l’international», observe notre interlocuteur, qui insiste également sur la stabilité politique du pays et l’engagement constant de l’administration dans l’accueil des tournages.
Cash Rebate
Ouarzazate, Jérusalem du cinéma, a su tirer parti de ce cadre favorable, mais aussi des accords internationaux de coproduction signés par le Maroc. Un tournant majeur intervient en 2017, avec l’entrée en vigueur du mécanisme de subvention aux productions étrangères. Institué par un décret modifiant le cadre existant de l’aide à la production cinématographique, ce dispositif introduit un soutien financier direct sous forme de «cash rebate».
Concrètement, 20% des dépenses éligibles effectuées au Maroc peuvent être remboursées aux productions étrangères, dans les limites fixées par les textes réglementaires et le budget du Fonds dédié.
L’objectif est double : encourager les tournages étrangers sur le territoire national et renforcer, par effet d’entraînement, les capacités de la production marocaine au contact des standards internationaux.
«Comme prévu initialement, l’impact a été très net», affirme le professionnel. «On a observé une augmentation par trois du nombre de productions étrangères et un effet boule de neige sur l’ensemble de la filière.
De nombreux métiers ont vu leur activité se structurer ou s’intensifier, attirés par la perspective d’une installation durable au Maroc». Un détail n’en est pas un: les transactions liées à ces tournages sont facturées en dirham, condition nécessaire pour bénéficier de l’aide, ce qui renforce l’ancrage local de la valeur créée.
Les retombées économiques sont visibles sur le terrain. Un tournage international peut mobiliser jusqu’à 1.200 chambres d’hôtel pendant plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, tout en faisant travailler comédiens, techniciens, figurants et prestataires locaux.
Les cachets varient fortement selon les profils, mais l’activité irrigue largement les territoires d’accueil, même si une partie de cette économie reste temporaire et mal documentée. Cette montée en puissance pose désormais une question stratégique. Jusqu’où le Maroc veut-il pousser cette dynamique?
Pour Mohamed Mehdi Bensaid, l’enjeu dépasse largement l’attraction des plateaux. Le ministre affiche l’ambition de bâtir, d’ici 2035, un écosystème cinématographique complet, capable de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur.
Aujourd’hui encore, une part significative de la post-production, des effets visuels et de la finition numérique est réalisée à l’étranger, faute d’infrastructures suffisantes sur le territoire national.
Pour combler ce retard, la formation est présentée comme un levier central. Développer des compétences locales dans les métiers de l’image permettrait de capter une valeur ajoutée qui échappe encore largement au pays. «Les décors attirent, mais la vraie richesse se joue dans la technique», résume notre interlocuteur.
Reste une zone d’ombre. Si l’attractivité du Maroc est désormais acquise, les indicateurs publics permettant de mesurer précisément l’impact réel des tournages, production par production et territoire par territoire, demeurent fragmentaires.
«Le pays a réussi à attirer les caméras. Le défi, maintenant, c’est de piloter cette croissance», glisse notre professionnel. Le décor est en place. Les projecteurs sont braqués. Reste à écrire la suite du scénario, hors champ.
«1,5 MMDH : Le Maroc n’est plus un figurant»
Le Royaume confirme qu’il n’est plus seulement un décor de carte postale pour le cinéma mondial. Les superproductions y déposent des budgets colossaux et mobilisent des dizaines, parfois des centaines de professionnels locaux.
«The Odyssey», de Christopher Nolan, avec un budget global estimé à 250 M$, a investi Aït Benhaddou, Essaouira, Marrakech et Dakhla entre février et août 2025.
«La part exacte dépensée au Maroc n’est pas publiée, mais le film a fait travailler des centaines de techniciens, figurants et artisans», précise notre interlocuteur. «Gladiator II», de Ridley Scott, tourné autour de Ouarzazate, affiche un budget estimé entre 250 et 310 M$, dont environ 40 M dépensés localement. «Matchbox», autre blockbuster, dépasse les 100 M$ et a choisi plusieurs sites marocains pour ses scènes clés, confirmant l’attrait du pays pour les tournages ambitieux. Le cinéma d’auteur tire aussi son épingle du jeu.
«Sirāt», d’Oliver Laxe, coproduction européenne, a mobilisé un budget d’environ 70 MDH, tourné dans le massif du Saghro et présenté au Festival de Cannes 2025. Du côté des séries, «The Terminal List : Dark Wolf» pour Amazon Prime Video a investi Marrakech, Casablanca et Tanger.
«Les budgets précis pour 2025 ne sont pas encore publiés, mais les productions passées permettent d’estimer des dépenses locales de 100 à 150 millions de dirhams», conclut notre professionnel.
