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Société

Quand le hammam s’invite à la maison…

Longtemps associé aux bains de quartier, le rituel du hammam connaît une nouvelle déclinaison. Depuis la pandémie de Covid-19, les prestations du hammam à domicile se développent. Gommage au savon noir, massage et soins traditionnels…, des professionnelles recréent, chez les clientes, l’ambiance du bain marocain.

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Le rituel du hammam s’est toujours vécu dans les bains publics, ces lieux de sociabilité profondément ancrés dans la culture marocaine. Mais, depuis quelques années, une autre pratique gagne du terrain : le hammam à domicile.

Cette tendance, qui s’est accélérée après la pandémie, transforme peu à peu la manière de vivre ce moment de bien-être. De plus en plus de femmes, celles qui en ont les moyens, font venir le hammam chez elles, transformant ainsi leur salle de bains (quand elles n’ont pas de bain beldi à la maison) en lieux de détente et de soins.

Fatima, ancienne «tayaba» dans un bain public, a enchaîné, depuis 2020, des petits boulots : vendeuse ambulante, femme de ménage, serveuse, avant de décider de se lancer dans cette expérience inédite.

«L’idée n’est pas venue toute seule. Une cliente, qui a eu à plusieurs reprises le Covid, m’a appelée un jour pour me demander de venir chez elle pour un gommage. J’ai été d’abord étonnée, mais finalement l’expérience s’est avérée porteuse : d’abord, j’ai été payé 200 dirhams au lieu de 100 et elle a donné mon numéro à plusieurs de ses connaissances. Alors, je me souviens qu’en une semaine, j’ai gagné 2.300 dirhams. Je n’ai pas réfléchi longtemps pour faire ma conversion en «tayaba» à domicile», raconte-t-elle.

Et de souligner que «cette prestation n’a rien à voir avec mon travail au bain du quartier qui ne rapportait pas beaucoup. Je repartais le soir avec 100 ou 150 dirhams après avoir partagé la recette journalière avec mes deux autres collègues. Alors qu’actuellement, je peux gagner 1.000 à 1.500 dirhams !».

Au début, le business de Fatima n’était pas aussi juteux parce qu’elle proposait, d’abord, ses services aux habituées du bain où elle travaillait. «Elles me donnaient 70 à 100 dirhams en fonction de leurs moyens et j’utilisais leurs produits. Je faisais deux à trois hammams par semaine. Mais, par la suite, lorsque ma fille en a parlé sur les réseaux sociaux, mon affaire s’est développée et j’ai pu avoir des clientes qui pouvaient payer plus», dit-elle.

600 dirhams pour un gommage et savonnage à domicile
Sa clientèle est aujourd’hui composée essentiellement de femmes résidant dans les quartiers de Californie, Bouskoura et Anfa. Nombre d’entre elles ont un hammam dans leurs villas ou de grandes salles de bains.

Pour répondre au mieux et assurer une prestation de qualité, Fatima a investi en équipements : vêtements de travail, seaux, tabourets, les gants pour le gommage, le savon noir avec différents arômes, du henné, tabrima, nila, eau de fleur d’oranger, eau de rose, eau florale de lavande et clou de girofle en poudre.

«Je propose mes produits d’office et les clientes ont leurs propres gammes de produits pour le bain», raconte Fatima, qui, soucieuse de la qualité de sa prestation, a acheté une voiture d’occasion «pour pouvoir transporter son matériel et surtout être à l’heure chez les clientes dont certaines d’entre elles m’envoyaient leur chauffeur», explique-t-elle.

Et d’ajouter : «Moi, je propose le rituel beldi qui est très demandé pour les mariées ou les jeunes mamans après l’accouchement», précise Fatima, qui ne manque pas de noter que «pour les mariées et les jeunes mamans, la prestation est à 800 dirhams. Mais, souvent les clientes sont généreuses et me donnent un peu plus».

Comme Fatima, de nombreuses femmes se sont lancées dans cette activité. Anciennes employées de hammam ou jeunes esthéticiennes, elles ont opté pour «le freelance» qui rapporte plus et n’impose pas de contraintes d’horaires. Leur seul souci c’est le côté informel. Pour le contourner, Fatima, comme ses acolytes, estime que la création d’une petite entreprise pourrait être envisagée.

Côté tarifs, le hammam à domicile se situe aujourd’hui dans une fourchette proche de celle des SPA de moyenne gamme. Ils peuvent même parfois s’inscrire dans le même niveau.

Ce qui s’explique, selon Fatima, par la logistique nécessaire, le déplacement, le transport du matériel et l’achat des produits. Mais, poursuit-elle, «en contrepartie, la cliente bénéficie d’un moment de bien-être dans l’intimité de son foyer sans avoir à se déplacer».

Dans un SPA de moyenne gamme, le hammam d’une durée de 60 minutes coûte entre 300 et 500 dirhams pour un gommage et savonnage. Pour des rituels spécifiques comprenant massage et soins corporels et capillaires, le prix peut atteindre les 2.000 dirhams.

Si les clientes paient un peu plus pour un hammam à domicile, c’est parce que cette formule de bien-être à domicile allie confort de chez-soi, intimité, gain de temps et service personnalisé.

Car, notre «tayaba» à domicile propose également des soins capillaires et corporels, soit avec des produits de la cliente ou bien ses propres recettes. Sans manquer, toutefois, de les adapter aux besoins de sa clientèle.

Et chaque prestation a son prix. Pour les soins capillaires et corporels, cela coûtera entre 100 et 150 dirhams de plus. Le hammam à domicile n’a peut-être pas vocation à remplacer les bains maures, mais il témoigne d’une nouvelle manière de vivre la tradition, et ce, quel que soit le prix. Et il s’adapte aux contraintes et envies d’une clientèle urbaine et pressée.