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Hicham El Bayed : «La conversion des garages au lavage sans eau est essentielle»

800 piscines olympiques. C’est ce que consommeraient les garages de lavage automobile au Maroc par an. Un chiffre qui donne le tournis en ces périodes de stress hydrique. Des alternatives s’imposent comme le nettoyage à sec. Le point avec le fondateur de Vireo Car Wash.

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Professeur d’économie internationale, chercheur en Branding Management, chroniqueur radio, chargé de mission à la présidence de l’Université Hassan 1er à Settat, Hicham El Bayed est aussi l’un des pionniers du lavage automobile sans eau au Maroc. Avec deux étudiants rencontrés à Grenoble, où il préparait son doctorat en économie et gestion, il a fondé Vireo, le premier concept de lavage à sec au Maroc. Aujourd’hui, le groupe compte des dizaines de centres partout au Maroc et a pu s’exporter au-delà des frontières, notamment en Afrique. Avec plusieurs prix et distinctions en poche, El Bayed compte professionnaliser ce secteur et s’associer à des laboratoires et universités pour vulgariser et faire évoluer ce concept qui fait de plus en plus d’adeptes au Maroc.

Vous avez cofondé Vireo en 2007, l’un des pionniers au Maroc du nettoyage automobile sans eau. Pourriez-vous revenir sur la genèse de ce concept ?
L’idée a germé en 2006 à Grenoble entre trois jeunes Marocains, installés en France. L’envie de monter un projet au Maroc nous a conduits à réfléchir à une idée qui soit innovante et originale. Mes deux associés venaient du secteur de la microélectronique, secteur de haute technologie par excellence. Quant à moi, je suis docteur en économie et gestion, et chercheur en entrepreneuriat durable. Et c’est cette diversité des horizons, couplée à la motivation de rentrer au pays et participer à la construction d’un Maroc plus inclusif et plus résilient, qui nous a conduits à fonder Vireo en 2007, le premier concept de lavage auto au Maroc, sans eau, écolo et à la main.

Combien consomme-t-on d’eau pour laver une voiture ?
Dans le système de lavage (conventionnel) à l’eau, le lavage à haute pression d’un véhicule de taille moyenne et d’une salissure «normale», c’est-à-dire pas trop encrassé, l’on consomme entre 80 et 150 litres d’eau. En moyenne pression, cette consommation avoisine 60 litres. Mais pour un gros véhicule, cela peut monter jusqu’à 250 litres d’eau. Autant dire que c’est énorme. Si vous prenez le nombre de garages et de stations de lavage au Maroc, selon certaines statistiques non officielles, il avoisinerait les 9.000 unités, et que l’on parte sur une rotation journalière moyenne de 6 véhicules, l’on serait autour de quelque chose comme 5,5 millions de litres d’eau, soit sur une année l’équivalent de 800 piscines olympiques.

Et comment ça se passe, techniquement, chez un laveur auto à sec ?
Le processus de lavage et nettoyage passe par la pulvérisation de produits 100% naturels et l’utilisation de serviettes microfibres réutilisables. Le processus est 100% autonome, à la main et sans aucune dépense d’énergie ou empreinte carbone. Nos produits à base de cires naturelles ou d’huiles essentielles sont bien entendu dilués dans de petites quantités d’eau, pour les rendre aqueux, pulvérisables et donc prêts à l’emploi. En tout et pour tout, nous utilisons moins d’un litre d’eau pour intervenir sur un véhicule de type SUV. Pour une citadine, on est à moins de 500 ml. Nos produits nous permettent de laver tous types de surfaces (carrosserie, vitres, jantes, sièges, tissu, cuir, plastiques…), avec une particularité pour les produits pour carrosserie qui font briller et posent une membrane de protection hydrophobe. Nous sommes capables aujourd’hui d’intervenir sur tous types de véhicules, que ce soit les voitures, les motos, les jets privés et aussi les yachts.

Quel est aujourd’hui l’état des lieux du secteur du lavage auto au Maroc ?
Le secteur du lavage au Maroc reste pour l’essentiel informel et anarchique. Les techniciens de lavage travaillent dans des ateliers de fortune sans aucune formation spécifique et seraient pour la majorité non déclarés, et donc en quasi-précarité. De surcroît, ces garages ne sont dotés d’aucun système de recyclage des eaux usées. Les restes d’hydrocarbure, de plomb et de poussières en fer des plaquettes de frein se retrouvent directement déversés dans les égouts, peut-être même en contaminant au passage les nappes phréatiques.

Les récentes restrictions imposées aux garages de lavage auto pour faire face aux pénuries d’eau, sont-elles suffisantes selon vous ?
Si les restrictions imposées par le ministère de l’Intérieur quant aux jours d’ouverture des garages de lavage de voitures sont supposées participer à l’effort collectif de réduction des dépenses en eau, il n’en demeure pas moins que la conversion de ces garages au lavage sans eau est essentielle, ou du moins les accompagner pour se doter de dispositifs de recyclage des eaux usées. Ceci en attendant de l’imposer progressivement en bonne et due forme dans le cadre d’un cahier des charges, comme cela se fait dans des pays exposés aux pénuries d’eau.

Qu’en est-il du lavage à la vapeur ? Est-il efficace en ces périodes de stress hydrique ?
C’est moins dépensier en eau que le lavage classique. Toutefois, cela requiert l’acquisition de machines professionnelles, assez coûteuses si l’on cherche la qualité, et qui nécessitent de la maintenance continue, en raison de la «calcairisation» de l’eau de lavage, notamment dans les zones côtières. Et puis, c’est assez énergivore.

Et que pensez-vous de l’activité des laveurs mobiles ?
Il y a effectivement une activité qui se développe, c’est le «Service mobile», à domicile ou sur le lieu de travail. C’est une solution sur véhicule utilitaire ou «triporteur» pour s’accommoder aux contraintes de mobilité et de disponibilité des clients, mais je trouve que laver une voiture en pleine rue, souvent au «Karcher», me parait «ridicule», et que la Police de l’environnement ou de l’eau doit faire en sorte de réguler ce genre de débordements inesthétiques. Créer de l’emploi pour les jeunes, c’est bien. Mais pas au détriment de l’esthétique de nos villes ! De l’eau déversée et des tapis dépoussiérés sur nos chaussées et nos trottoirs, avec en plus de la nuisance sonore du compresseur d’air et de l’aspirateur, ce n’est pas très esthétique ni écologique.

Quelles sont vos perspectives de croissance ?
Fort de son expérience, Vireo a su diversifier et monter en gamme ses prestations, pour aller au-delà de la simple prestation de lavage et proposer à ses clients du nettoyage habitacle en profondeur, du polissage-correction microrayures carrosserie et puis de la Nano Paint Protection, à travers notamment le revêtement Nano-Céramique, formulé moléculairement par le SIO2. Par ailleurs, nous avons déposé un brevet pour du lavage auto sans eau, en self-service, pour lequel nous cherchons des partenaires et des levées de fonds. Ce qui pourrait être une, si ce n’est la révolution du secteur de lavage en self-service au Maroc et ailleurs. Ce qui nous intéresse, par ailleurs, c’est de développer une expertise 100% marocaine, en partenariat avec des laboratoires de recherche et des universités au Maroc.