SUIVEZ-NOUS

Influences

Halima Bahraoui, Mqaddema galopant entre tbourida et petit écran

Elle a l’allure d’une amazone, le port altier d’une héroïne de légende et un regard qui défie les conventions comme on brandit un étendard. Cette cavalière d’exception et actrice en pleine ascension n’est pas une femme à se contenter d’un seul rôle. Portrait.

Publié le

Entre la poussière soulevée par les sabots dans l’arène de la tbourida et les plateaux de tournage (Kouloub Taiha, L’Maktoub, Bayn Al Qosour) où elle crève l’écran, Halima Bahraoui tisse une trajectoire unique, portée par une passion viscérale pour le cheval et l’art dramatique.

«À 13-14 ans, on m’a dit que la femme ne devait pas monter à cheval, surtout en tbourida, à cause des coutumes. Ce rejet m’a poussée à défier, à challenger», confie Bahraoui. Ce n’est pas une simple anecdote : c’est le big-bang de sa carrière. Adolescente, elle découvre la tbourida, cet art équestre marocain où cavaliers et montures synchronisent leurs mouvements dans une charge spectaculaire, ponctuée de coups de fusil à poudre. Un monde d’hommes, cadenassé par les traditions. Mais Halima, soutenue par ses parents, n’écoute pas les «on ne fait pas».

Elle monte, apprend, s’impose. Avec son père, elle intègre un groupe masculin, puis, en 2002, elle frappe un grand coup : elle crée la première troupe féminine de tbourida au Maroc. «Je voulais prouver que la femme peut tout faire, être une source de force», dit-elle. La Princesse Lalla Amina, émue par ce souffle révolutionnaire, baptise la troupe «Troupe de la paix» et l’encourage à essaimer. Halima ne s’arrête pas là : elle coache des jeunes filles, inspire la création d’autres groupes et contribue à la naissance du championnat national féminin en 2005. Triple médaillée d’or (2005, 2007, 2009), elle transforme l’arène en une fresque éclatante, où les tenues colorées des cavalières réinventent le spectacle. «Les couleurs des tenues, c’est une belle fresque», sourit-elle.

Mais la tbourida n’est pas qu’une performance : c’est un acte de résistance. Quand, en 2010, la Fédération marocaine interdit aux femmes de concourir, Halima ne plie pas. Elle entraîne, galvanise, perpétue. Le documentaire «Fantasia Warriors» de Yzza Slaoui capture cette lutte, montrant comment elle et ses consœurs pulvérisent les barrières d’un sport jadis réservé aux hommes. «La femme marocaine est forte, elle peut briller partout», martèle-t-elle. Une phrase qui éclate comme un coup de baroud.

Si la tbourida est son premier amour, le théâtre est sa flamme originelle. «J’étais éprise de théâtre et de l’art depuis l’enfance», raconte Halima. En 2015, elle intègre l’Institut municipal de Casablanca pour aiguiser son talent. Son rêve ? Fusionner ses deux passions : le cheval et l’acting. «J’ai toujours voulu introduire le cheval dans un rôle, monter en tant qu’actrice et cavalière à la fois», confie-t-elle.

Soit ! Halima ne choisit pas entre l’arène et l’écran : elle les conjugue. «Je travaille toujours la tbourida, mon premier domaine que j’aime. Je continue à m’entraîner avec mon ancien groupe et de nouvelles filles passionnées», explique-t-elle. Festivals, moussems, entraînements : elle reste fidèle à cette discipline qui l’a forgée. Mais le théâtre et le cinéma ne sont jamais loin. «Je n’oublie pas l’art, parce que je l’aime. Il y a d’autres œuvres à venir», promet-elle. Chaque rôle, chaque galop, est une manière de raconter une histoire : celle d’un Maroc où les femmes ne se contentent plus de suivre, mais ouvrent la voie.