Influences
Comment les islamistes ont tué le CCM
Une réforme du Centre cinématographique marocain (CCM) est annoncée. Des réunions ont été tenues certes, mais c’est sous le signe de l’urgence que les cinéastes parlent de la refonte d’un établissement censé participer à la dynamique du 7ème Art marocain. Séquences.
La façade de la bâtisse a changé. En gris avec un logo en rouge au milieu. Cela fait quelques années que des travaux, interminables, sont en cours. Physiquement, le Centre cinématographique marocain (CCM) est en train de «changer». Une institution dont la création remonte à janvier 1944. À la base, il s’agissait d’un établissement public chargé de la réglementation et de la promotion du cinéma. Côté missions, le CCM est censé s’occuper du contrôle des différents secteurs du cinéma, de la production à l’exploitation en passant par la distribution, mais aussi de la promotion de la destination Maroc en tant que terre de tournages, sans oublier bien entendu qu’il est aussi censé préserver le patrimoine cinématographique national. Toujours est-il qu’il y a quelques années, l’impression qui se dégage est qu’il est réduit à une administration qui délivre les cartes professionnelles, signe les autorisations pour les tournages, tout en «gérant» le suivi des films subventionnés. Des missions, nous dit le réalisateur Naoufel Berraoui, qui pourraient être confiées à trois ou quatre fonctionnaires relevant du ministère de tutelle.
Un autre aspect de ses actions relève de la préservation de la mémoire cinématographique marocaine à travers la restauration de certaines anciennes œuvres. Et on apprend sur ce rayon, alors que le projet a été lancé concomitamment avec la cinémathèque, il y a cinq ans, qu’un film de Latif Lahlou, «Soleil du printemps», a été ressuscité. Et qu’un autre devra suivre. Sinon, il ne s’y passe rien. Et il suffit de jeter un regard des plus furtifs sur le site officiel du CCM ou, encore, consulter le bilan annuel de cet établissement pour s’en rendre compte.
DES PISTES POUR LA REFONTE
En effet, excepté les quelques personnes qui s’affairent, dans de minuscules bureaux, à retoucher les bobines, tout dans le lieu donne l’impression d’un établissement qui ne s’occupe que de la paperasse. Ainsi que de l’organisation de quelques festivals, dont celui de Tanger prévu en octobre prochain. Une situation qui prévaut, notamment, depuis plus d’une décennie lorsque le parti de la Lampe était aux commandes des affaires publiques. Lequel a éteint une période plutôt lumineuse d’un certain Noureddine Sail qui avait pris le flambeau du réalisateur, entre autres, de «Mille et une mains», Souhail Benbarka. Une longue séquence durant laquelle le PJD avait tenté d’«idéologiser la pratique cinématographique, en introduisant une terminologie qui parlait de l’art propre et le non-propre…», nous rappelle le scénariste Mohamed Najdi. Quant au changement qui devrait intervenir, ce dernier, connu pour être un anti-pérennisation de la subvention, estime que le CCM devra se focaliser sur des productions qui vont dans le sens de la défense des grandes causes du pays.
C’est dire qu’il s’agit d’une situation pour le moins déplorable, nous dit, enragé, ce critique de cinéma qui estime «nécessaire d’avoir un projet raisonnable et réalisable, sans rêves démesurés, pour capitaliser les acquis engrangés, grâce à cette jeunesse montante des cinéastes marocains qui s’illustre ces dernières années dans les grandes manifestations cinématographiques internationales».
En fait, nous confie le réalisateur Hamid Basket, «il est urgent que le CCM, censé être une locomotive, dispose d’une vision stratégique pour tirer vers le haut l’industrie cinématographique marocaine». Ce qui ne pourrait être acté «sans avoir une cellule de réflexion regroupant tous les intervenants du secteur, et à leur tête les cinéastes». Une cellule, nous dit-il, qui devra plancher sur les moyens à même de développer la production nationale. Même son de cloche du côté du réalisateur Naoufel Berraoui pour qui le CCM, au lieu de gérer la paperasse, devrait se focaliser sur le côté artistique, mais aussi sur le vrai nerf du secteur qui n’est autre que les salles de cinéma, ainsi que l’activation des leviers de la coopération à l’international. Aussi, ajoute-t-il, cette institution devrait-elle faire une mue pour promouvoir à la fois la production et l’exploitation. Ce qui, à son sens, participerait à développer un secteur qui, à la faveur de l’arrivée sur le marché des écoles de formation dans les métiers du cinéma dans le Royaume, pourrait absorber les dizaines de jeunes formés en la matière. Maintenant, en attendant d’y voir plus clair quant à la réforme promise par le ministre de tutelle, Mehdi Bensaid, c’est le wait and see.
Et de 23 pour le FNF…
On a encore en tête la dernière édition du Festival national du film (FNF) avec les envolées de bois vert qu’elle avait suscitées, que ce soit avant, durant et après sa tenue. Pour cette année, rendez-vous est pris du 6 au 14 octobre. Comme à l’accoutumée, les compétitions officielles sont consacrées aux longs et courts métrages de fiction, aux longs métrages documentaires, à raison de 15 œuvres par catégorie. Outre une section «Panorama», qui connaîtra la projection de 7 longs métrages de fiction et documentaire, le programme annonce une «Compétition films d’école» ouverte aux films réalisés par les lauréats et étudiants des instituts et écoles de cinéma publics et privés au Maroc et des étudiants de cinéma des universités marocaines. Il est à noter que les réalisateurs qui se sont inscrits doivent attendre le verdict des commissions ad hoc qui procéderont aux présélections. L’événement connaîtra, également, l’organisation d’activités cinématographiques et culturelles parallèles, indique-t-on. À relever un aspect plutôt incompréhensible, selon Mohamed Najdi, la compétition au FNF n’est ouverte que pour les productions subventionnées !
