SUIVEZ-NOUS

Influences

Ces néoruraux qui choisissent de se mettre au vert

De plus en plus de Marocains sont attirés par l’idée de retourner à la nature et n’hésitent pas à quitter la ville pour s’installer en campagne, un phénomène en plein essor.

Publié le

En 2016, Marouane et Radia ont acheté un bout de terrain non loin de l’aéroport de Benslimane, un hectare pour un peu plus de 600.000 dirhams. «Bien que nous soyons tous deux des Casablancais pur jus et que nous travaillions, nous avons tout de même décidé d’acheter ce lopin de terre», confie Marouane, jeune cadre bancaire. Il admet toutefois ne pas y vivre, mais il consacre avec enthousiasme ses week-ends à ce projet. «Au début, j’ai commencé par aménager le terrain. Je l’ai clôturé, j’y ai planté des arbres, puis j’ai créé un poulailler», se remémore ce trentenaire, qui a dû embaucher un ouvrier agricole originaire de Meknès pour prendre soin de sa fermette. Ce jeune couple figure parmi les pionniers, car depuis l’apparition de la pandémie de Covid-19, l’intérêt pour l’achat de terrains ou la construction en milieu rural a littéralement explosé, surtout auprès d’une population qui n’a pas de réelle attache dans le milieu rural.

L’exode urbain, une nouvelle tendance
Jusqu’à présent, le profil type des acquéreurs de biens immobiliers en milieu rural correspondait davantage à des quinquagénaires proches de la retraite, qui souhaitent notamment renouer avec l’air pur de leur enfance, ou à des MRE d’un certain âge qui préparent une retraite paisible dans les contreforts de l’Anti-Atlas. Cette nouvelle tendance est d’autant plus remarquable qu’elle intervient alors que le Maroc est toujours dans une période d’exode rural, certes en ralentissement, mais les chiffres le montrent encore. En 2008, le Maroc comptait 13,6 millions de ruraux, ce qui correspondait à un peu plus de 40% de la population. En 2018, le chiffre a quelque peu reculé (13,58 millions), mais leur part a considérablement baissé (environ 30% de la population totale) malgré un taux de natalité plus important en milieu rural.
Le terme «néoruraux» est celui choisi par les Français pour qualifier ces migrants d’un nouveau genre. «Néo-ruraux» fait le plus souvent référence aux populations, pour la plupart jeunes, diplômées, d’origine urbaine, comme l’explique la chercheuse Greta Tommasi, co-autrice de «La néoruralité : recours à la campagne». Bien que le phénomène en soit encore à ses balbutiements au Maroc, par rapport à la France où la tendance a débuté dès les années 70, l’envie de vivre à la campagne est de plus en plus partagée par des Marocains en quête d’une reconnexion avec la nature, lassés des inconvénients de la vie citadine. Pollution, promiscuité, nuisances sonores, autant de facteurs évoqués par ces néoruraux. «Ce qui m’est plus cher, c’est le sentiment immense de liberté que je ressens en vivant ici», se félicite Mourad, parti vivre à la campagne au début de la période de confinement. «Ma femme est tombée enceinte au moment où la psychose battait son plein au début de la propagation du Covid-19. Ni une ni deux, ma femme et moi avons décidé de nous loger dans la ferme de mon père, décédé quelques mois plus tôt», raconte ce jeune cadre en communication. Il a choisi les environs de Berrechid pour pouvoir tout de même faire la navette, puisqu’il travaille à Casablanca. Sa fille a aujourd’hui trois ans et continue de vivre à la campagne. «C’est une expérience originale, et nous ne cachons pas notre joie de voir notre fille grandir au milieu de l’herbe et des animaux», se réjouit Mourad, qui n’envisage pas une seconde de quitter sa nouvelle maison.

Des banques qui surfent sur la vague
Flairant le bon filon, cette nouvelle tendance a suscité l’intérêt de certaines institutions bancaires, notamment le Groupe Crédit Agricole du Maroc. Avec son offre «Sakan Qaraoui», lancée en 2020, la banque s’efforce de répondre à l’engouement croissant des citadins pour la vie en milieu rural, tout en admettant l’influence du Covid dans le lancement de son produit. «Sakan Qaraoui» est un crédit qui permet aux citadins d’acquérir un terrain en milieu rural, d’y construire un logement et d’équiper leur parcelle avec les installations nécessaires, le tout adapté aux spécificités de ces investissements qui se déroulent par étape. «Le CAM encourage fortement les investissements à tendance écologique en exigeant que les projets éligibles intègrent des éléments écologiques, tels que des installations à base d’énergie solaire, des dispositifs favorisant l’économie d’eau, des pratiques de culture biologique ou sans pesticides, etc. Le Crédit Agricole du Maroc réaffirme ainsi son engagement envers le développement durable et son rôle de liaison entre le milieu urbain et le milieu rural», précise notamment la banque.
«Ce nouveau produit “Sakan Qaraoui” s’inscrit parfaitement dans le mouvement des néoruraux et offre aux citadins la possibilité de réaliser leur rêve de vivre en milieu rural, tout en respectant la nature et en contribuant au développement écologique», souligne le CAM.