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Culture

Projection : Une «Déchirure» dans l’histoire… Un film qui fait la lumière

Présenté en avant-première à Rabat, le documentaire «Déchirure – تمزّق», de Fouad Souiba, redonne voix aux Marocains expulsés d’Algérie en 1975. Entre mémoire blessée et dignité retrouvée, le film ravive un pan oublié de l’histoire commune maroco-algérienne.

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Présenté en avant-première mondiale le 10 novembre, en marge du Festival international du cinéma d’auteur de Rabat, le film documentaire «Déchirure – تمزّق», réalisé par Fouad Souiba sur une idée de Karim Douichi, revient sur un épisode douloureux et méconnu de notre histoire récente : l’expulsion de 45.000 familles marocaines d’Algérie en 1975, soit plus de 300.000 personnes, un drame humain souvent oublié, survenu dans le contexte de la Marche Verte.

En 1975, alors que SM le Roi Hassan II lançait un appel à la Marche Verte, mobilisant 350.000 volontaires pour la récupération pacifique du Sahara, le président algérien Houari Boumédiène répliquait par ce que l’Histoire retiendra comme la «marche noire». En représailles, près d’un demi-million de Marocains – installés parfois depuis plusieurs générations en Algérie – furent expulsés, arrachés à leurs foyers, séparés de leurs proches et dépossédés de leurs biens. Beaucoup d’entre eux n’avaient jamais vu le Maroc.

«Après le lancement et le succès de la Marche Verte, le président Boumédiène a réagi en procédant à ce qu’on a appelé la marche noire», explique Fouad Souiba, réalisateur du film. En représailles, près d’un demi-million de Marocains – installés parfois depuis plusieurs générations en Algérie – furent expulsés, arrachés à leurs foyers et séparés de leurs proches. «On parle de 45.000 familles déracinées du jour au lendemain. Beaucoup ignoraient même à quoi ressemblait le Maroc, qu’ils ne connaissaient qu’à travers des récits».

Le cinéaste évoque un arrachement brutal. «Ce drame s’est produit un jour de l’Aïd Al-Adha quand le régime algérien a ordonné leur expulsion. Ils ont été dépossédés de tout, même de leurs papiers d’identité. Certains ont réussi à refaire leur vie ici, d’autres vivent encore avec cette plaie ouverte. Les témoignages qu’on entend dans le film sont, je crois, plus forts que les images elles-mêmes».

Depuis, ces victimes recueillies par le Maroc mènent une vie en sursis. Coupées de leurs racines et éloignées de leur patrimoine, elles ont les pieds au Maroc mais la tête ailleurs. Ces femmes et ces hommes sont à jamais marqués par ce calvaire hérité de père en fils.

Pour Asmaa Alaoui Yazidi, productrice du film, «Déchirure» est d’abord un geste de reconnaissance : «Ce documentaire est une manière de rendre un peu de considération à des gens qui ont été injustement traités dans un pays qu’ils considéraient comme le leur. Ils n’ont pas eu leurs droits, et portent encore une brûlure dans le cœur qui ne s’effacera jamais».

Elle souligne aussi la nécessité de faire connaître cet épisode ignoré. «En travaillant sur ce projet, j’ai découvert que beaucoup de Marocains ne connaissent pas cette histoire. Il fallait que les gens sachent ce qu’a été cette douleur. Avec ce film, j’espère que nous avons réparé une petite partie de cette déchirure».

Cette projection fut ainsi un voyage dans la mémoire collective, une plongée dans les récits de familles déracinées, leurs blessures, mais aussi leur dignité et leur courage.

À travers les voix de ceux qui ont vécu l’exil forcé, «Déchirure» raconte la grande histoire de la marche noire à travers les histoires de chacun, offrant un devoir de mémoire aussi bouleversant que nécessaire.