Influences
Métiers de la santé : Une course contre la montre pour former les soignants de demain
Longtemps restés dans l’ombre des professions médicales, les métiers paramédicaux deviennent aujourd’hui un levier stratégique pour renforcer l’accès aux soins, combler les pénuries sur le terrain et accompagner la transformation du système de santé au Maroc.
Face à une démographie galopante et une demande de soins en pleine expansion, le Royaume s’est lancé dans un chantier colossal : tripler son ratio de professionnels de santé pour atteindre un objectif affiché de 45 soignants pour 10.000 habitants d’ici 2030.
Un défi de taille, alors que le pays n’en comptait que 17,4 pour 10.000 en 2021. Pour y parvenir, des moyens inédits sont mobilisés et l’ensemble de l’écosystème sanitaire est repensé.
Le diagnostic était clair : le Maroc souffrait d’un déficit chronique de soignants. En 2022, on dénombrait environ 68.000 professionnels de santé pour tout le pays, selon certaines estimations. Pour espérer atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030, ce chiffre devra encore croître fortement.
Cependant, une avancée récente retient l’attention : en 2025, le nombre de professionnels de santé en exercice au Maroc s’élève à 94.299, dont 77.086 dans le secteur public et 17.213 dans le secteur privé.
Le ratio atteint ainsi 2,05 professionnels pour 1.000 habitants, ou approximativement 20,5 pour 10.000, contre des seuils critiques recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2,5 pour 1.000 habitants (soit 25 pour 10.000).
Cette évolution montre qu’un effort réel est engagé, mais le chemin reste long. Pour combler ce retard, le Maroc s’est engagé dans une stratégie ambitieuse : doubler le nombre de diplômés issus des facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire, et tripler celui des instituts supérieurs de formation paramédicale d’ici 2025.
En clair, il s’agit de former chaque année plusieurs milliers de médecins, mais aussi d’infirmiers, techniciens de santé et spécialistes.
Les capacités pédagogiques suivent : les instituts de formation devraient pouvoir accueillir jusqu’à 11.900 étudiants en 2029, contre 8.360 en 2024. Par ailleurs, la création de nouvelles facultés (notamment à Errachidia, Béni Mellal et Guelmim) est annoncée.
Les récents bilans confirment : le nombre de places réservées à la formation des médecins généralistes est passé de 2.650 en 2019 à 6.414 en 2025. Le nombre de places pour les centres de formation des infirmiers a atteint 9.500 en 2024 contre 2.735 en 2019.
Et dans la perspective universitaire, de nouveaux centres d’études doctorales en sciences infirmières et techniques de santé seront créés dès la rentrée universitaire 2025-2026.
Formation massive, filières variées
Au-delà de la formation, c’est une véritable refonte du système de santé que le Maroc met en œuvre.
L’objectif ne se limite pas à produire plus de diplômés, mais aussi à mieux les répartir sur le territoire, en réduisant les inégalités d’accès entre les grandes villes et les zones rurales ou montagneuses.
Dans ce cadre, le programme affiché prévoit de construire ou de réhabiliter de nombreux hôpitaux et centres de soins dans les régions sous-dotées. La réforme du système de santé en 2025 insiste aussi sur l’accès universel aux soins, la généralisation de l’assurance maladie obligatoire (AMO) et la modernisation des infrastructures.
La valorisation des métiers de la santé constitue un autre pilier de la réforme. Car derrière les statistiques, des professionnels sont parfois démotivés, confrontés à des conditions de travail difficiles, à des salaires peu compétitifs et à un manque de perspectives de carrière.
La reconnaissance des spécialisations paramédicales, l’accès à la formation continue et des mesures d’incitation sont bien sur la table.
Mais un autre signe d’évolution est apparuen septembre 2025. Le ministère de la Santé et de la protection sociale a adressé deux circulaires pour remettre de l’ordre dans les hôpitaux : respect des horaires, discipline, sécurité du cadre professionnel, versement des indemnités.
Cela montre que la réforme ne concerne pas uniquement les effectifs mais aussi le management et la qualité du travail.
Retenir les talents : L’autre bataille
Le Maroc doit aussi faire face à une autre réalité : la fuite des compétences. Chaque année, plusieurs centaines de jeunes médecins ou soignants choisissent d’exercer à l’étranger, séduits par de meilleures rémunérations et des environnements de travail plus organisés. Cette hémorragie fragilise un système déjà sous pression.
Pour inverser cette tendance, les pouvoirs publics misent sur une approche intégrée : modernisation des équipements, digitalisation des parcours de soins axée sur la planification fine des besoins en ressources humaines et le développement de parcours professionnels attractifs.
Le plan de formation continue du ministère, par exemple, s’inscrit dans cette logique d’appui aux compétences et à l’innovation. La période 2020-2030 s’annonce donc comme un virage pour le système de santé marocain.
En formant des dizaines de milliers de soignants supplémentaires, en multipliant les infrastructures, en revalorisant les métiers et en intégrant les innovations technologiques, le Royaume se donne les moyens de ses ambitions.
Cela dit, les récents chiffres montrent que les ratios sont encore bien inférieurs aux standards internationaux, mais la trajectoire est désormais claire. Le défi reste majeur : faire en sorte que ces soignants soient non seulement formés, mais aussi bien répartis, bien accompagnés et motivés à rester dans le pays.

