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Jobs d’été : Un marché encore informel mais porteur pour les étudiants

À l’approche des vacances, de nombreux étudiants marocains cherchent à concilier revenus complémentaires, expérience professionnelle et préparation de leur future carrière. Même si ce marché demeure peu structuré, certaines entreprises, notamment dans la restauration, les centres d’appels, le commerce ou l’événementiel, proposent des opportunités à ces jeunes.

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Pour des milliers d’étudiants marocains, les mois de juillet et août représentent bien plus qu’une parenthèse estivale. Cette période est souvent mise à profit pour financer leurs études, acquérir une première expérience professionnelle ou gagner en autonomie. Pourtant, le marché des emplois saisonniers destinés aux jeunes reste relativement limité et peu développé au Maroc comparativement aux standards internationaux. Dans de nombreux pays, les entreprises anticipent, chaque année, le recrutement de jeunes saisonniers pour faire face aux pics d’activité estivaux. Au Maroc, cette pratique est encore peu ancrée dans les habitudes des employeurs. Ces derniers ne mettent pas systématiquement en place des campagnes de recrutement spécifiques pour les étudiants. Résultat : beaucoup de jeunes se tournent vers des emplois temporaires trouvés via le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux ou les relations familiales.

Cette première immersion dans l’entreprise permet aux jeunes de découvrir les réalités du monde professionnel, d’affiner leur projet de carrière et de développer des compétences comportementales particulièrement valorisées sur le marché de l’emploi. En effet, selon Hicham El Hammal, fondateur de Stagiaires.ma, «pour de nombreux recruteurs, un étudiant ayant déjà exercé une activité professionnelle, même de courte durée, démontre sa capacité à s’adapter à un environnement de travail, à respecter des horaires et à assumer des responsabilités».
Par ailleurs, pour les spécialistes des ressources humaines, le «job d’été» est une expérience qui va au-delà du simple revenu. Même si la rémunération demeure une motivation importante, ces mêmes sources soulignent que les emplois saisonniers constituent avant tout un levier d’employabilité.

En effet, affirme Touriya Kazeb, DRH Intelcia Maroc-Tunisie, «si la motivation financière demeure un levier légitime et évident pour ces étudiants, ils réalisent rapidement, une fois en poste, que la réelle valeur ajoutée de l’expérience est le développement de leurs compétences.
Au-delà de la rémunération, ils gagnent en aisance relationnelle, en confiance et en capacité de communication». Ce qui rend nécessaire la structuration de ce marché qui pourrait constituer une réponse, partielle certes, à plusieurs défis, notamment l’insertion professionnelle des jeunes, acquisition d’expérience pratique et réduction du chômage des primo-demandeurs d’emploi.

Restaurants et centres d’appels en première ligne
Pour l’heure, le développement des emplois d’été se heurte à plusieurs obstacles. D’une part, certaines entreprises hésitent à investir dans la formation de collaborateurs qui ne resteront que quelques semaines.
D’autre part, les étudiants eux-mêmes privilégient les stages académiques jugés plus pertinents pour leur parcours. Si le Maroc est encore loin des modèles observés dans les pays où les emplois saisonniers sont pleinement intégrés au parcours étudiant, les initiatives se multiplient progressivement. Les besoins croissants dans les services, le tourisme, la restauration et les centres de relations clients pourraient contribuer à faire émerger, à moyen terme, une véritable culture du job d’été.

Et cela en dépit des freins culturels et structurels expliquant aujourd’hui le faible développement du phénomène au Maroc, notamment la priorité accordée aux études, une culture familiale où les parents prennent souvent en charge les dépenses des enfants jusqu’à la fin des études, un tissu économique composé majoritairement de PME qui recrutent peu de saisonniers, l’importance du travail informel et l’absence de dispositifs publics dédiés aux emplois étudiants.

Parmi les secteurs les plus ouverts aux étudiants figurent la restauration rapide, les centres d’appels, ainsi que le commerce. Les centres d’appels constituent une importante porte d’entrée pour les jeunes dans la vie active. Les étudiants maîtrisant le français, l’anglais ou l’espagnol peuvent accéder à des missions temporaires dans le service client, la prise de rendez-vous ou l’assistance commerciale. «Chez Intelcia, nous recrutons des conseillers clients tout au long de l’année avec une volonté forte de privilégier des parcours durables et des contrats à long terme. Toutefois, pour répondre aux pics d’activité de certains secteurs, notamment le retail et la grande distribution pendant les soldes, il nous arrive de renforcer ponctuellement nos équipes en embauchant des étudiants», dit Kazeb.

Et d’ajouter : «Nous recrutons essentiellement des conseillers clients. Concernant les profils, il n’y a pas de parcours type. Notre priorité est de donner leur chance aux candidats motivés, d’autant plus que chaque recrue bénéficie d’une formation initiale de deux à trois semaines au sein de nos locaux pour maîtriser parfaitement les produits de nos clients».
Le recrutement d’étudiants pour les emplois d’été obéit à des critères précis notamment, explique El Hammal de Stagiaires.ma, la notoriété de l’école d’où provient le candidat, l’organisation, la ponctualité, le sérieux, l’implication dans les équipes et le sens de la communication. Chez Intelcia, outre les autres critères, on met l’accent sur le volet linguistique. «La maîtrise du français demeure indispensable, aux côtés d’autres langues, comme l’anglais et le néerlandais.
Plus que des diplômes, nous recherchons avant tout des personnalités : des profils volontaires, dotés d’une grande aisance relationnelle, d’un sens aigu du service client, et qui savent faire preuve de proactivité et d’initiative», souligne Kazeb.
Au-delà de la simple opportunité d’emploi, plusieurs entreprises mettent aujourd’hui l’accent sur l’accompagnement des étudiants afin de faire de leur première expérience professionnelle un véritable levier d‘apprentissage. Dès leur intégration, les jeunes recrues bénéficient généralement de formation aux procédures internes, à la relation client, au travail en équipe ou encore aux règles de sécurité et de qualité. Cet encadrement leur permet de gagner rapidement en confiance et d’acquérir des compétences dans de nombreux secteurs d’activité.

Conditions de travail et avantages…
Chez cet important acteur d’outsourcing sur le marché, «l’accompagnement se fait exactement de la même manière que pour n’importe quel nouveau collaborateur qui intègre Intelcia. Il faut rappeler que le secteur de la relation client est l’un des plus importants pourvoyeurs de primo-emplois. Nous sommes donc parfaitement rodés à l’accueil des personnes qui intègrent le marché du travail pour la première fois», souligne la direction des ressources humaines.

Celle-ci précise qu’un «un processus d’onboarding complet a été développé en interne.
Ce dispositif leur permet, d’une part, de connaître la finalité de leur mission au quotidien et de découvrir le secteur de la relation client et, d’autre part, de s’imprégner de la culture du groupe, de son histoire, de ses réalisations et de ses plus grands succès». Outre les centres d’appels, la grande distribution constitue également un important vivier d’emplois saisonniers.
Caissiers, agents de mise en rayon ou encore préparateurs de commande sont les principaux postes proposés aux jeunes. En contrepartie d’un salaire variant entre 1.500 et 2.000 dirhams en fonction du poste et du temps de travail.

Pour attirer les étudiants durant la période estivale, les entreprises ne misent pas uniquement sur la rémunération. Les conditions de travail et les avantages proposés jouent également un rôle déterminant dans le choix d’un employeur.
Horaires flexibles, aménagement du temps de travail, proximité géographique ou encore possibilité d’évolution figurent parmi les critères les plus recherchés par les jeunes.
Certaines entreprises offrent aussi des formations, un accompagnement personnalisé, des primes de performance et divers avantages destinés à améliorer l’expérience des collaborateurs. Recrutés en contrat à durée déterminée, les jeunes très souvent bénéficient des mêmes avantages que l’ensemble des collaborateurs permanents de l’entreprise.

Tout cela contribue à renforcer l’attractivité des jobs d’été tout en favorisant l’engagement et la fidélisation des étudiants.
Depuis quelques années, avance la DRH de Intelcia, «on assiste à un vrai changement : les jeunes se tournent davantage vers les métiers dits de bureau avec ceux de la relation client en tête, y voyant un tremplin pour leur carrière via la formation, l’amélioration de l’employabilité…».