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Culture

Portrait Aziz Daddane : Patron, mais surtout un féru des arts…

Pour lui, «la culture est la vie. Le reste est alimentaire». C’est pourquoi il est dans la logique «du trois tiers» : un tiers pour le business, un tiers pour les activités culturelles et un tiers pour la création.

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Aziz Daddane est beaucoup plus connu pour être un homme d’affaires. Son autre facette d’homme de lettres, amoureux de la poésie et de la musique, n’est pas du tout connue dans son environnement professionnel. Et il l’a sciemment cachée et a toujours «tenu à séparer les deux choses et durant les premières années de ma carrière, j’ai même mis en arrière-plan ma passion pour la littérature».

Ce grand passionné de la culture a le verbe facile et le discours captivant. En une heure de temps que l’on ne sent pas passer, il raconte son parcours, sa passion pour les lettres et la musique et son engagement pour la promotion de la culture au Maroc.

Ce qu’il appelle «ma réconciliation avec ma facette de passionné de lettres» s’est faite lorsqu’il décide de fonder, en 2021, avec un groupe d’amis, l’association AFCAR ou African Foundation For culture And Reading. Un nom qui va suggérer, comme l’explique son président, «les idées pour une réflexion autour de la culture et de la lecture». L’idée de contribuer à l’essor de la culture et de la lecture au Maroc est certes née de la réflexion menée par un groupe d’amis, mais elle remonte aussi à plus loin dans le temps. À 12-13 ans, Aziz Daddane devait, sur ordre de sa mère, rester dans la bibliothèque de son père, enseignant d’arabe, pendant que celui-ci faisait sa sieste. «Donc c’est par contrainte, et pour ne pas faire de bruit et déranger, que je passais une heure ou une heure et demie à lire», se souvient Daddane. C’est pendant ces moments, «obligatoires et imposés», de lecture qu’il a découvert Al Moutanabbi, Al Jahid et bien d’autres auteurs et poètes arabes. Ensuite, il ira vers les «grands russes, notamment Tolstoï et Dostoïevski».

Au fil du temps, la contrainte fait place au plaisir de lire. Alors, il se réfugiait, dès qu’il le pouvait, et au lieu de jouer avec ses camarades et cousins, dans la bibliothèque paternelle. Ses premières lectures sont en arabe et elles le sont toujours. Et c’est également en arabe qu’il s’essaie à l’écriture à l’âge de 13-14 ans. Le fondateur de la maison d’édition «Langages du Sud» n’a jamais rien publié. Mais il conserve soigneusement, sur du papier jauni, son premier poème «Printemps».

«J’ai fait l’école»…
A 14 ans, année de son orientation, rien ne prédestinait cet ingénieur, diplômé de l’École nationale supérieure de l’informatique et de mathématiques appliquées de Grenoble, à suivre la filière scientifique. Et surtout pas ses notes catastrophiques en maths qui ne dépassaient pas les 3/10. Mais coup de théâtre, il décroche, accidentellement, un 10/10. Là-dessus, son prof français lui dit : «Je t’interdis la filière lettres». Son père, quant à lui, lui laisse le libre choix. Et ce sera un bac sciences qu’il décroche et suit les classes préparatoires au Lycée Lyautey. Mais il tient à préciser qu’il a «fait l’École». Et d’ajouter : «Pour moi, il n’y a qu’une seule école et je n’aime pas préciser qu’elle est marocaine». Et c’est au sein des établissements de l’enseignement public et les centres sociaux qu’il a choisi d’aménager les clubs de lecture appelés «Espaces AFCAR». Depuis sa création, l’association AFCAR a aménagé et fournit les livres aux espaces de lecture dans plusieurs écoles, à SOS Villages de Dar Bouazza, El Jadida et Ait Ourir. L’ouverture d’autres clubs est programmée dans le Centre social d’El Hank et Aïn Taoujtat ou encore à Dar Mima et Dar Taliba à Casablanca.

Par ailleurs, AFCAR crée aussi des clubs de lecture privés ainsi que des espaces dans les écoles privées. Elle soutient également la création culturelle via des concours, des prix et des rencontres culturelles, dans les centres «Alif», avec des auteurs. Ces rencontres sont importantes pour le président d’AFCAR parce que, souligne-t-il, «la lecture est certes un acte individuel qui prend toute sa valeur lorsque l’on échange».

Mordu de la lecture, Aziz Daddane est aussi un mélomane. Son amour pour la musique le pousse à créer, en 2008, Nagham, une association dont il est vice-président, qui compte cinq chorales adultes et une douzaine de chorales pour enfants dans ses quatre antennes de Casablanca, Rabat, Marrakech et Agadir. Elle œuvre pour la préservation et la mise en valeur du patrimoine de la musique arabe. Et en particulier la chanson marocaine à laquelle «il faut rendre ses lettres de noblesse». S’il ne semble pas beaucoup apprécier les chansons marocaines en vogue, il préfère plutôt et de loin les chansons des années 60-70. En fin connaisseur, il citera des anciens titres de ses chanteurs préférés, notamment «Anti» de Abdelouahab Doukkali ou «Roumouch» de Abdelhadi Belkhayate. Sans oublier bien sûr, sur le registre oriental, «Raq El Habeeb» d’Oum Keltoum et «Al joundoul» de Mohamed Abdelouahab. Il ne se contente pas seulement d’écouter, mais il chante aussi dans la chorale adulte de Rabat.

Aziz Daddane n’hésite pas à s’engager, outre les corporations professionnelles, dans tout ce qui peut promouvoir la culture et les arts. Ainsi, il est vice-président de la Fondation des Cultures du monde et il préside, en 2013-2014, le groupe de travail «Casablanca, ville de patrimoine, de culture et de loisir».

Les chiffres réalisés par S2M, lui ont valu, en 2009, d’être décoré Officier de l’Ordre national du mérite.

Son amour et son engagement pour la culture les a-t-il partagés avec son entourage familial, notamment ses enfants ? C’est tout naturellement que la transmission semble s’être faite. Sa fille qui est ingénieur s’est reconvertie dans l’événementiel culturel… Aziz assure n’y être pour rien, car, comme Jabran Khalil Jabran, il pense que «nos enfants ne nous appartiennent pas»…

Il appelle cependant les entreprises à s’impliquer dans la préservation du patrimoine culturel du pays. «Comme pour la RSE, les entreprises devraient également avoir une responsabilité culturelle».

 


Profil
Marrakechi de 64 ans, Aziz Dadane est le cadet, et garçon unique, d’une fraterie de quatre enfants. Ses trois sœurs ont intégré l’enseignement, alors il s’est dirigé vers le monde l’entreprise. En 2001, il est Président du Directoire de la Société Maghrébine de Monétique qui s’introduit en Bourse en 2011. Entre 2016 et 2018, il est vice-président général de l’APEBI.