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Culture

Festivals : La battle Casa-Rabat

Les deux villes s’affrontent à coups de décibels et d’ambitions festivalières. D’un côté, la capitale mise sur l’intimité et la prudence budgétaire, de l’autre, la métropole économique joue la démesure et les stars internationales. Mais dans ce duel culturel, un adversaire commun : des modèles économiques plombés par des cachets astronomiques et une logistique périlleuse.

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Le Maroc vibre au rythme de ses festivals, ces parenthèses enchantées où la musique tisse des ponts entre publics hétéroclites et cadres singuliers.

Entre Rabat et Casablanca, l’effervescence culturelle gagne du terrain, portée par des équipes passionnées, des ambitions territoriales et une volonté politique de faire rayonner le Royaume. Mais derrière la liesse des scènes illuminées, l’aventure festivalière ressemble à un château de sable : sans fondations économiques solides, le rêve risque de s’effondrer avant d’avoir conquis son public.

À Rabat, le Summer Sound Festival (29-31 mai), niché dans l’écrin verdoyant du Club Wifaq, incarne une ambition à échelle humaine. Ce lieu, lové dans le quartier huppé de Souissi, avec ses 12 courts de tennis et sa piscine semi-olympique, offre une bulle intimiste, presque bucolique.

Orchestré par Madaëf Sports & Events, l’événement mise sur un village festivalier (food court, animations, exposants) ouvert dès 17h, pour une immersion progressive. Mais la capacité limitée du site bride ses velléités de grandeur, loin de l’exubérance casablancaise.

Les fan zones, ces espaces où la ferveur collective s’embrase, sont au cœur de l’expérience festivalière. À Rabat, le Summer Sound Festival propose un village accessible, où animations et restauration créent une ambiance familiale.

À Casablanca, Anfa Park, vaste espace urbain ultramoderne, s’impose aujourd’hui comme l’épicentre des festivals d’envergure – l’habituel Jazzablanca (3-12 juillet) ou le nouveau Timeless Festival (16-17 mai) – excelle dans les zones payantes, comme lors de la «Live Foot Zone» pour la Coupe du monde 2022.

Mais cette approche, parfois perçue comme élitiste, contraste avec l’inclusivité rbatie. La question de l’alcool, épineuse dans un pays aux sensibilités culturelles marquées, dessine une fracture entre les deux villes. À Rabat, le Summer Sound Festival reste discret sur le sujet, privilégiant une image familiale et respectueuse des attentes locales.

À Casablanca, Anfa Park assume une approche plus libérale, avec des espaces premium où bière et cocktails coulent à flots. Rabat joue la prudence, Casablanca l’audace cosmopolite, au risque de quelques grincements de dents.

Les stars, nerf de la guerre, dopent l’attractivité mais plombent les budgets. À Rabat, le Summer Sound Festival avait aligné des pointures : Eliades Ochoa (Buena Vista Social Club), Franglish et Ninho, figure du rap francophone. Ces choix, coûteux en cachets et logistique, assurent un coup d’éclat mais peuvent menacer l’équilibre financier d’une jeune édition.

À Casablanca, Anfa Park voit plus grand avec Black Eyed Peas, Kool & the Gang ou Craig David. Cette démesure garantit l’affluence, mais la rentabilité reste fragile si sponsors et billetterie ne suivent pas. Rabat joue la carte de la précision, Casablanca celle de l’opulence.

Rabat et Casablanca, chacune à sa manière, sculptent l’identité festivalière marocaine. La capitale mise sur l’intimité et l’ancrage local, quand la métropole économique parie sur l’international et le prestige. Mais toutes deux butent sur les mêmes écueils : des modèles économiques instables, des coûts logistiques écrasants et la nécessité d’une vision à long terme.

Créer un festival, c’est danser sur un fil. Les succès, comme Jazzablanca ou les pionniers comme Mawazine, montrent la voie : une programmation cohérente, une gestion rigoureuse et un ancrage local fort. Pour que le rêve perdure, il faudra tisser l’audace avec les fils délicats de la prudence.