Culture
Expo : La Maison Qantara célèbre cinq grandes signatures de l’art contemporain marocain
Jusqu’au 10 juillet, la Maison Qantara donne à voir l’exposition «Master Impressions : L’art de rendre l’excellence accessible», réunissant cinq figures majeures de l’art contemporain marocain : Mahi Binebine, Mehdi Qotbi, le regretté Saad Hassani, Amina Rezki et Mohamed Mourabiti.
La Maison Qantara, au sein de la galerie Warsha, accueille une exposition d’envergure muséale, sobrement intitulée «Master Impressions : L’art de rendre l’excellence accessible». Cette manifestation, qui marque la troisième collaboration de l’institution avec l’hôtel Master Impressions, s’inscrit dans l’ambition portée par La Maison Qantara : démocratiser l’accès aux grandes signatures de l’art contemporain marocain sans renoncer aux exigences de qualité, de prestige et d’excellence qui caractérisent leur travail.
Pour donner corps à cette vision, La Maison Qantara s’est associée à Art Edition Barhoul, prestigieuse maison d’édition d’art basée en Allemagne, reconnue pour son savoir-faire dans la production d’éditions limitées. Ce partenariat permet de présenter un ensemble remarquable de lithographies et d’aquagravures, technique d’impression particulièrement exigeante dont les ateliers Barbel ont fait leur spécialité. Véritable point d’orgue de l’exposition, l’aquagravure révèle ici toute sa richesse plastique, offrant une nouvelle lecture des œuvres grâce à ses effets de relief, de profondeur et de matière.
Mais au-delà de la prouesse technique, l’exposition vaut avant tout par la qualité du dialogue qu’elle instaure entre cinq figures majeures de la création marocaine contemporaine : Mahi Binebine, Mehdi Qotbi, le regretté Saad Hassani, Amina Rezki et Mohamed Mourabiti. Loin d’une simple juxtaposition de noms prestigieux, l’ensemble compose une traversée sensible de plusieurs générations, sensibilités et langages artistiques, révélant la diversité et la vitalité d’une scène marocaine pleinement inscrite dans les dynamiques internationales.
Ici, les œuvres imposent une présence singulière. Elles ne cherchent pas l’effet spectaculaire, mais invitent à une expérience plus profonde, faite de contemplation, d’émotion et parfois de trouble. Les figures tourmentées de Mahi Binebine occupent une place centrale dans ce parcours. Entre mémoire collective et blessures individuelles, ses personnages semblent porter les stigmates de l’Histoire. Les aquagravures en relief présentées à cette occasion prolongent avec force son exploration du corps humain, tandis qu’une imposante sculpture en résine vient accentuer la dimension presque sculpturale de son univers pictural.
À ses côtés, Mehdi Qotbi poursuit son dialogue inlassable avec la lettre arabe. Déconstruite, fragmentée puis réinventée, celle-ci devient matière, rythme et mouvement. Ses compositions, d’une grande fluidité, transforment l’écriture en langage universel, faisant dialoguer héritage calligraphique et abstraction contemporaine dans une même respiration poétique.
L’œuvre de Feu Saad Hassani, plus discrète en apparence, déploie une abstraction méditative où la couleur et la matière semblent évoluer dans un équilibre subtil. Son travail invite à ralentir le regard et à habiter les silences de la peinture. Amina Rezki, quant à elle, introduit une dimension plus narrative et corporelle. Ses figures, souvent féminines ou hybrides, oscillent entre douceur et tension, entre vulnérabilité et affirmation, comme autant de récits intimes suggérés plutôt qu’énoncés.
Enfin, Mohamed Mourabiti apporte à l’ensemble une énergie généreuse et foisonnante. Son œuvre, nourrie d’un parcours atypique et d’une pratique prolifique, conjugue références populaires, traditions culturelles et liberté gestuelle dans une peinture vibrante qui célèbre la puissance de l’invention.
La scénographie, volontairement sobre et lumineuse, favorise les résonances entre ces différents univers. D’une aquagravure de Binebine aux signes flottants de Qotbi, des compositions contemplatives de Hassani aux présences incarnées de Rezki, le visiteur circule entre des langages distincts qui se répondent sans jamais se confondre. Les contrastes deviennent ici des points de rencontre, révélant une richesse esthétique qui dépasse les catégories habituelles.
Ce qui frappe finalement dans cette exposition, au-delà de la maîtrise technique des œuvres et de la qualité des éditions présentées, c’est la manière dont ces artistes interrogent les multiples facettes de l’identité marocaine contemporaine. Tous puisent dans un héritage pluriel (arabe, amazigh, andalou ou méditerranéen) sans céder aux pièges du folklore. Les uns réinventent le signe et l’abstraction, les autres explorent le corps, la mémoire ou la transmission. Ensemble, ils témoignent d’une création marocaine qui affirme sa singularité non dans le repli, mais dans sa capacité à faire dialoguer les héritages avec le présent. Une exposition qui porte bien son titre : rendre l’excellence accessible, sans jamais en altérer la profondeur ni l’exigence.