Influences
CAN 2025 : Des retombées économiques qui dépassent la pelouse
Du foot à l’économie, la CAN 2025 a frappé fort. L’événement s’est imposé comme un véritable moteur pour le tourisme, l’emploi et les infrastructures du Royaume.
La promesse d’une CAN exceptionnelle est tenue. Le Maroc s’est, en effet, engagé à organiser cet évènement africain dans les standards internationaux et il a relevé ce défi, haut la main.
Au-delà de la défaite, les retombées économiques liées à l’organisation de cette CAN historique dépassent toute attente, toutes éditions confondues.
D’emblée, plus d’un million de supporters ont assisté aux matchs de cette compétition dans les neuf stades, un record qui n’a jamais été enregistré en 35 éditions, avant même la tenue des matchs de la demi-finale. En les intégrant en plus de la finale, l’affluence totale devrait dépasser 1,25 million d’entrées.
Dans une interview accordée à «France24», Ryad Mezzour, ministre du Commerce et de l’industrie, a dressé un premier bilan des retombées économiques de cette CAN. «Cette manifestation est l’une des plus rentables de l’histoire de la CAN, avec un effet multiplicateur par 1,8 à 2 tant des revenus que des investissements».
C’est en effet tout le pays qui s’est métamorphosé en termes d’infrastructures sportives, routières, hôtelières, logistiques… Le Maroc a massivement investi dans la rénovation et la mise à niveau, aux meilleures normes, des neuf stades dans lesquels se sont tenues les différentes compétitions, au coût de près de 20 milliards de dirhams.
«Ce sont 3.000 entreprises qui ont contribué à tous les chantiers pour avoir cette infrastructure et ce réseau de services de classe mondiale». Mieux encore, «80% des investissements sportifs réalisés sont déjà rentabilisés», souligne Mezzour.
Un accélérateur de développement, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque cet évènement a permis de «gagner une dizaine d’années de développement, en 24 mois seulement, sur le plan tant des infrastructures que du transport, du système de santé et autres», a précisé le ministre. Du côté de l’accueil, plus de 43.000 lits sont sortis de terre, portant à 53% la part des établissements 4 et 5 étoiles.
100.000 emplois créés
L’impact se fait particulièrement sentir sur l’emploi aussi. La compétition a généré des emplois directs et indirects estimés à 100.000 dans plusieurs secteurs comme l’évènementiel, l’accueil, la logistique, la sécurité, et dans différents autres services. Rappelons que les projections font état de retombées pouvant atteindre 12 milliards de dirhams.
D’autres secteurs d’activité économiques ont également connu une dynamique particulière, dont notamment le tourisme. Les arrivées touristiques ont battu leur plein. En 2025, près de 20 millions de touristes ont visité le pays, en hausse de 14% par rapport à 2024.
L’effet CAN est tangible certes, mais ce chiffre n’aurait pas été atteint sans cette profonde transformation du secteur entamée depuis quelques années. Il faut dire aussi que le renforcement des liaisons aériennes vers plusieurs pays des quatre continents est pour beaucoup dans cet exploit.
D’ailleurs, juste à la veille du coup d’envoi de cet évènement, soit du 8 au 18 décembre, l’Office national des aéroports (ONDA) a enregistré l’accueil de 868.287 passagers dans les six aéroports des villes hôtes (Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech, Agadir et Fès), représentant ainsi une progression de 10,7% par rapport à la même période une année auparavant. Sur toute l’année, le trafic national a atteint 36,3 millions de passagers, contre 32,7 millions en 2024, soit une augmentation de 11%.
Dans ce contexte, plusieurs aéroports ont atteint des sommets en termes de visiteurs. À leur tête, celui de Casablanca qui a dépassé les 11 millions de passagers dès le mois de décembre, consolidant son rôle de hub national et continental, celui de Marrakech qui a culminé, pour la première fois, le cap des 10 millions de passagers annuels, et celui de Rabat-Salé, qui a enregistré une croissance exceptionnelle de 26%, franchissant le seuil des 2 millions de passagers.
L’effet est visible sur le plan de la mobilité également. Les moyens de transport ont connu une activité intense, et c’est peu dire. Si l’on ne s’en tient qu’aux réalisations du transport ferroviaire, de l’ONCF en l’occurrence, il est prévu la réalisation d’un chiffre d’affaires de 5 milliards de dirhams, correspondant au transport de 57 millions de voyageurs, en hausse de 4% par rapport à 2024, ainsi que le déplacement de 21 millions de tonnes de marchandises.
Hausse de la consommation de 25%
En même temps, la CAN 2025 a constitué une véritable opportunité économique pour les petits commerces, en particulier les lieux de restauration qui ont su tirer profit de l’effervescence populaire autour de la compétition.
«Des retours encourageants ont été enregistrés dans le secteur du commerce avec une augmentation de la consommation estimée entre 25 et 30%». Certains propriétaires rapportent un volume de recettes plus de deux fois supérieur qu’en période d’hiver traditionnellement marquée par une animation faible.
Sur un tout autre registre, la CAN 2025 s’est imposée comme le plus grand succès commercial de l’histoire du football africain. La performance économique de la compétition a généré une augmentation de plus de 90% des revenus de la CAF. Selon le rapport du budget 2025-2026 de la CAF, cette CAN devrait rapporter 113,8 millions de dollars, contre 80 millions pour l’édition de 2023.
Cela s’explique, selon la CAF, par plusieurs facteurs, dont l’élargissement significatif du portefeuille de partenaires commerciaux et de sponsors, dont le nombre est passé à 23, contre 17 lors de l’édition 2023 organisée en Côte d’Ivoire et seulement 9 pendant la CAN 2021 au Cameroun.
Il faut dire aussi que la croissance de la distribution des droits médias, ainsi que l’ouverture vers de nouveaux marchés, notamment en Extrême-Orient, en particulier la Chine et le Japon, tout en consolidant les marchés traditionnels, ont joué un rôle important dans le renforcement des revenus de la CAF.
Le Maroc ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Cette CAN représente un test grandeur nature pour l’organisation de la Coupe du monde 2030, conjointement avec le Portugal et l’Espagne.
Une vitrine mondiale pour le Maroc
Avec la CAN 2025, le Royaume a démontré son expertise dans l’organisation d’évènements d’envergure africaine et saura le réitérer, avec l’organisation prochaine de la CAN féminine, la Coupe du monde des clubs en 2029, ou encore le Mondial 2030, n’en déplaise à certains.
Ce qui lui a procuré visibilité, crédibilité et fiabilité incomparables à l’échelle internationale comme hôte de compétitions mondiales, aussi bien aux yeux des instances sportives internationales que des sponsors et investisseurs étrangers. La CAN 2028 serait-elle organisée au Maroc ? Rien n’est pour le moins sûr, mais le pays reste le grand favori.
