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Archives LVE 1955. Les Marocains prennent goût au thé

Il y a 70 ans, la boisson la plus répandue au Maroc était le café. Mais peu à peu, le thé vert, parfumé de menthe fraîche, se substitua au café.

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Les progrès réalisés par la consommation du thé ont été extrêmement spectaculaires. Ils sont le signe le plus évident de l’élévation du niveau de vie des habitants de ce pays. Les importations, qui n’étaient que de 2.400 tonnes en 1920 (en ce qui concerne le thé vert), sont passées à 9,150 tonnes en 1938, à 10,673 tonnes en 1950, à 12,271 tonnes en 1952, à 13,496 tonnes en 1953 et à 13,267 tonnes en 1954.

La consommation, par tête d’habitant et par an, s’amplifiait de 800 kilos en 1925 à plus de 1. 400 kilos aujourd’hui. Celle du sucre, complément naturel du thé, qui était il y a trente ans de l’ordre de 13 kilos, dépasse 24 kilos en 1954.

Et encore ces chiffres, présentés par Prat-Espouey au Conseil de gouvernement, sont-ils considérés comme trop faibles par Claude Cambeau, chef de la section économique du Secrétariat général qui évalue, en 1953, à 1.750 kg la quantité de thé consommée annuellement par tête d’habitant et à 31,6 kilos celle du sucre.

Quoi qu’il en soit, que l’on adopte l’une ou l’autre de ces deux évaluations, dont le contrôle reste au demeurant difficile en raison de l’incertitude qui règne au sujet du chiffre exact de la population, il n’en reste pas moins vrai que d’immenses progrès ont été réalisés au cours de ces derniers vingt-cinq ans.

En fait, la consommation du thé a presque doublé depuis quinze ans, en dépit des fluctuations qui se sont produites dans les prix, surtout pendant le premier semestre de 1953. Mais, en 1954, il s’est manifesté une chute brusque des cours, certains thés de Chine, qui se vendaient 1.700 francs le kilo l’année précédente, étaient tombés à 850 francs dans le courant de 1954.

Ce fut la concurrence des thés du Japon et de Formose qui déclencha cette vague de baisse, encore que les thés de la Chine continentale restent toujours les plus appréciés des connaisseurs. Mais beaucoup de consommateurs peu fortunés sont forcés de se contenter de thés d’un coût moins élevé.

Au début de 1954, les techniciens évaluaient à 14.000 tonnes les besoins globaux du Maroc en thé : ils comptaient pour les satisfaire sur des importations de l’ordre de 5.000 tonnes de la Chine continentale, sur 4.000 tonnes de Formose, sur 3.000 tonnes du Japon et sur 2.000 tonnes des stocks restant en magasin à la fin de la campagne 1953.

Le tout était estimé à 17 millions de dollars. Ce sont, sans aucun conteste, les thés de la Chine continentale qui emportent tous les suffrages et restent de beaucoup les plus demandés par les consommateurs. Mais aucun accord commercial n’existant avec ce pays, les achats ne peuvent être effectués que par des procédés divers (compensations triangulaires, importations sans devises, utilisation des comptes EPAC, etc.).

La dernière affaire de ce genre, gui vient d’être réalisée par la SAMA, portait sur 2.000 tonnes de thé vert, achetées par l’intermédiaire de l’URSS en échange d’agrumes. Les thés de Formose sont beaucoup moins appréciés; c’est une question de goût.

Quant à ceux du Japon, ils ne trouvent preneurs que dans le Maroc Oriental. Ce sont des thés plus âpres et qui coûtent beaucoup moins cher que ceux en provenance de la Chine continentale. Ces derniers ont toujours joui dans l’Empire Chérifien d’une préférence marquée.

La guerre les avait éloignés pour un temps de notre marché, mais actuellement ils y ont repris leur place d’avant-guerre. En principe, la Chine continentale, Formose et le Japon sont les seuls grands fournisseurs du Maroc en thé vert. On signale bien quelques offres de l’Inde at de Ceylan, mais elles sont peu importantes.

Celles de l’Inde et de Ceylan ne plaisent pas au goût marocain et ne sont acceptées que lorsqu’il n’en existe pas d’autres sur le marché, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. Les crédits annuels sont répartis entre les importateurs par la direction du Commerce, et les achats sont faits directement par les intéressés.

Le Maroc dispose sur Formose, en vertu de l’accord commercial en vigueur jusqu’à mai 1956, de 3 millions de dollars pour des achats de thé vert et noir, dont 1.250.000 viennent d’être répartis. L’accord commercial conclu avec le Japon nous attribue 4 millions de dollars dans le même secteur.

Nous avons déjà vu qu’aucun accord n’existait avec la Chine communiste. Il ne peut donc s’effectuer d’achats sur ce marché qu’à l’aide d’importations sans devises ou d’opérations de compensation. Tout au contraire, avec le Japon, tout se traite par devises.
Pierre d’ASPE

CamScanner 14-03-2025 12.34