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Archives 1986 : Le Dirham trop bas
Bank Al-Maghrib ne mâchait pas ses mots face à l’expérience de flottement du dirham à laquelle, disait-elle, il semblait bien qu’on lui avait attribué à tort toutes les vertus !
Sur le plan des relations avec l’étranger, l’affaiblissement de la demande externe a entraîné une diminution du volume des ex-portations, notamment de produits miniers, ce qui a entravé le redressement du compte extérieur qui conditionne en large partie la réussite du programme d’ajustement.
En outre, en dépit de mesures destinées à ralentir la demande interne, les dé-penses d’importation ont continué d’augmenter à un rythme encore élevé, creusant de la sorte le déficit commercial et rendant de plus en plus ardus les efforts pour améliorer le solde des opérations courantes de la balance des paiements.
De fait, celui-ci, bien qu’il ait été sensiblement réduit, a encore représenté une part importante du produit intérieur brut, soit 6%, au lieu de 8,4% un an plus tôt.
En matière de change, le remplacement du système des parités fixes par celui des taux flottants généralisés sous-entendait une correction permanente des taux afin d’éviter l’apparition et l’installation de distorsions importantes dans l’évolution des cours des monnaies.
La flexibilité ainsi conférée par ce mécanisme n’a pas été pratiquée au cours de la décennie 1970. Il en est résulté une certaine appréciation du dirham.
Ainsi, la dépréciation de la monnaie nationale a d’abord été conçue en vue d’apporter un correctif à cet état de chose, de prendre des dispositions afin d’éviter sa répétition et, en tout état de cause, comme une action complémentaire d’accompagnement.
À cet égard, elle apparaît comme le substitut à d’autres mesures dont l’application aurait entraîné un coût social jugé insoutenable.
De même, l’intervention sur les taux de change, partie d’une stra-tégie d’ensemble destinée à redresser à court terme les déséquilibres et à restructurer à moyen terme l’activité économique, était envisagée comme une dépréciation-compensation à la suppression programmée de la taxe spéciale à l’importation.
Dans ces conditions, et en raison de la multiplicité des objectifs poursuivis grâce à cette technique, il semble bien qu’on lui ait attri-bué à tort toutes les vertus.
L’expérience d’une pratique de la flexibilité des taux de change a été entamée en septembre 1980 et poursuivie sans interrup-tion jusqu’au milieu de 1985.
L’instabilité des monnaies sur les marchés des changes et l’ampleur des variations de chacune d’elles vis-à-vis des autres ont nécessité le recours au taux de change effectif, qui est la moyenne pondérée entre le taux de change de la monnaie déterminée et la moyenne des monnaies des principaux partenaires commerciaux.
C’est ainsi que la valeur extérieure du dirham s’est dépréciée en termes effectifs nominaux de 13% en 1985 et de 37% depuis septembre 1980.
Cependant, exprimée en termes effectifs réels, elle n’a baissé au maximum que de 29%, quel que soit le mode de calcul adopté, soit de moins de 6% en moyenne par an, taux qui correspond au différentiel des prix constaté avec les principaux partenaires commerciaux.
Toutefois, malgré cette dépréciation, les termes de l’échange ne se sont guère améliorés. Il convient de remarquer en outre que ces taux résultent aussi bien des interventions opérées au cours de cette période que du propre comportement des monnaies sur les marchés des changes et il est dès lors impossible d’individualiser l’effet des unes et celui des autres.
Au demeurant, les enseignements à tirer d’une telle expérience présentent eux-mêmes des appréciations nettement différen-ciées tant les points de vue sur ce sujet s’opposent et que le rapport de la preuve ultime se heurte à l’impossibilité d’avoir simul-tanément et pour la même période des statistiques retraçant les effets de la flexibilité en même temps que d’autres obtenues sans application d’une telle politique.
Dans ces conditions, face au manque d’indicateurs quantitatifs objectifs, tout en se dépar-tissant de toute idée de dogme, il convient de souligner qu’à l’analyse, les principaux résultats acquis grâce à la technique du taux de change souple n’ont pas été à la hauteur des espérances.
Il importe alors de s’interroger sur les raisons de ce décalage et sur la part à attribuer à l’effet de dépréciation. (…).
La Vie économique

