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Archives. 1934 : Si moins taxé, le blé serait exporté dans le monde
Il y a 90 ans, si les blés marocains supportaient des charges plus légères, ils pourraient être vendus sur le marché mondial.
Depuis quelque temps, nous battons en brèche la légende du Maroc pays sans impôts.
Prenons le cas du blé. Afin de sérier les questions, jetons d’abord un coup d’œil sur le blé cultivé par les indigènes et cherchons les taxes que tout quintal paye depuis la propriété jusqu’au port d’embarquement.
En voici l’énumération :
Tertib (calculé sur un rendement de 10 à l’hectare) ….. 1 fr. 70 ;
Droit de porte….. 1 fr. 00
Droit de marché ….. 1 fr. 00
Taxe spéciale sur le blé ….. 4 frs.00
Taxe de contrôle technique ….. 0 fr.50
Taxe de statistique ….. 0 fr.10
Entrepôts et intérêts divers …… 6 frs.00
= 14 fr.30
Voilà un chiffre précis et sur lequel tout le monde peut tomber d’accord : un quintal de blé indigène avant d’être embarqué paye, aucun compte n’étant tenu des frais de transport et des bénéfices accordés aux intermédiaires, 14 frs.30 de taxes et intérêts divers.
Dans ce chiffre entrent 4 frs qui sont destinés à payer l’emprunt de la caisse du blé. Cet emprunt, je l’accorde, est allé au blé, mais il n’en reste pas moins qu’actuellement pour payer ses intérêts et pour l’amortir, un quintal de blé indigène paie 4 frs, à constituer des réserves dont on ignore la destination.
Le blé marocain est donc grevé de charges qui représentent la moitié du cours mondial !
Il y a des principes auxquels toute affaire doit se soumettre, si elle ne veut pas aller tout droit à la faillite. L’un d’eux est que les frais généraux ne doivent pas grever la marchandise vendue de plus de 10% de son prix.
On admet généralement que le blé cultivé par les indigènes revient, charges comprises, à 35 ou 40 frs. Les charges seules constituent donc près de 50% du prix de la marchandise alors que pour être normales, elles ne devraient pas atteindre 10%, c’est-à-dire être non pas de 14 frs. 30, mais inférieures à 3 ou 4 frs.
Vaines théories ? Non. Nous allons prouver qu’en effet si les charges diverses du fellah étaient inférieures ou même égales à 10% du prix de sa marchandise, il s’en tirerait largement. Il nous faut chercher à combien lui revient un quintal de blé avant d’avoir payé les charges.
Ce calcul a été fait devant nous par un homme qui connaît à fond la question, mais à qui nous avons demandé, afin d’éviter les risques d’erreur, d’exagérer un peu les prix. Il s’est donc placé dans l’hypothèse suivante, assez rare : le cultivateur ne se suffit pas de sa famille et doit faire appel à une main-d’œuvre étrangère.
Il dépense pour cultiver un hectare 100 frs de labours, 70 frs de semence, 100 frs de récolte. Au total : 270 frs. Pour être raisonnables, avec de tels prix de revient, nous admettons un rendement de 10 à l’hectare.
Le prix de revient du quintal est donc 270 : 10 = 27 francs. Plaçons en face de ce chiffre, le cours mondial, soit 32 frs, nous voyons tout de suite que le prix de revient du blé indigène est inférieur de 5 frs au cours mondial.
Si nous admettons que ce blé soit grevé de charges normales, c’est-à-dire qui ne dépassent pas 10%, son prix, une fois les charges payées, ne monte pas au-dessus de 29 frs.70, c’est-à-dire qu’il lui reste pour atteindre le cours mondial une marge d’au moins 3 frs.30.
Donc, le blé que produisent les Marocains, dans l’hypothèse défavorable où le cultivateur indigène fait appel à me main-d’œuvre étrangère, coûterait, s’il était grevé de charges normales, un prix inférieur au cours mondial.
Du coup, un marché immense s’ouvrirait à lui.
Sans doute, la marge que nous indiquons n’est pas très large, mais le blé marocain a l’extraordinaire fortune de pouvoir profiter dans une certaine mesure de deux marchés où les cours sont artificiellement soutenus, le marché français et le marché marocain. H. D.

CamScanner 11-11-2024 10.24
