Tribune
Régionalisation avancée, le tournant stratégique du Royaume
Le Maroc amorce une nouvelle étape de sa régionalisation avancée. Après les grandes réformes structurelles, l’enjeu se déplace vers la territorialisation des politiques publiques, la gouvernance locale et l’efficacité de l’action publique.
Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la régionalisation avancée est progressivement en train de changer de dimension au Maroc. Longtemps abordée comme une réforme institutionnelle destinée à renforcer les compétences des collectivités territoriales, elle s’impose aujourd’hui comme l’un des grands chantiers stratégiques de transformation du modèle de gouvernance et de développement du Royaume.
Les orientations récentes portées au plus haut sommet de l’État traduisent clairement cette évolution. Désormais, la question territoriale ne relève plus uniquement de l’organisation administrative ou du partage des compétences entre le centre et les régions. Elle devient un enjeu central de cohésion nationale, d’efficacité de l’action publique et de réduction durable des déséquilibres territoriaux et sociaux.
Cette dynamique intervient dans un contexte où le Maroc a réalisé des avancées considérables sur les plans économique, infrastructurel et institutionnel. Ports, autoroutes, lignes ferroviaires, plateformes industrielles, transition énergétique, infrastructures hydrauliques ou encore généralisation progressive de la protection sociale : le Royaume a profondément changé de dimension au cours des deux dernières décennies. Pourtant, malgré ces progrès structurants, les écarts territoriaux demeurent encore visibles entre certaines régions, mais également à l’intérieur même des territoires.
C’est précisément cette réalité que la nouvelle génération des politiques territoriales cherche aujourd’hui à corriger. L’objectif n’est plus uniquement de soutenir la croissance, mais de garantir une meilleure diffusion de ses bénéfices à l’ensemble du territoire national. Dans cette logique, la régionalisation avancée devient progressivement un outil stratégique de redistribution des opportunités économiques, sociales et infrastructurelles.
Le véritable changement réside toutefois dans l’approche adoptée. Le Maroc s’oriente désormais vers une territorialisation beaucoup plus poussée des politiques publiques. Autrement dit, les programmes de développement ne peuvent plus être conçus de manière uniforme depuis le centre sans tenir compte des réalités spécifiques de chaque territoire. Les besoins d’une région montagneuse ou rurale ne peuvent être appréhendés selon les mêmes logiques que ceux d’une grande métropole ou d’un pôle industriel.
Cette évolution marque une rupture importante avec les approches sectorielles classiques. Le développement territorial devient désormais intégré. Il ne s’agit plus simplement de construire une infrastructure ou de lancer un projet isolé, mais de structurer de véritables chaînes de valeur territoriales capables de connecter infrastructures, investissement, emploi, formation, ressources hydriques, connectivité numérique et attractivité économique dans une logique cohérente et complémentaire.
Dans cette nouvelle configuration, la gouvernance territoriale devient un enjeu majeur. Car la réussite de la régionalisation ne dépendra pas uniquement des budgets mobilisés ou des réformes juridiques adoptées. Elle dépendra surtout de la capacité des institutions territoriales à piloter efficacement les projets, accélérer leur exécution, garantir leur cohérence et produire des résultats concrets pour les citoyens.
C’est précisément sur ce point que se joueront une grande partie des enjeux du prochain gouvernement. Les prochaines échéances politiques seront fortement liées à la capacité des futurs responsables publics à traduire les grandes orientations stratégiques de l’État en transformations territoriales visibles, concrètes et mesurables.
Le prochain exécutif devra ainsi gérer une nouvelle phase beaucoup plus exigeante de l’action publique. Après le temps des grandes réformes structurelles, vient désormais celui de l’exécution territoriale, de la coordination entre acteurs, du pilotage local et de la performance opérationnelle.
Le défi est immense, mais le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts considérables pour réussir cette transformation. Le Royaume bénéficie d’un capital humain qualifié, d’une stabilité institutionnelle reconnue, d’une vision stratégique claire portée au plus haut niveau de l’État ainsi que d’une expérience importante dans la conduite des grands chantiers structurants. La régionalisation avancée nécessite désormais de nouveaux profils capables de maîtriser aussi bien l’ingénierie financière, la planification territoriale, la gestion de projets publics, l’évaluation des politiques publiques ou encore l’attractivité économique des territoires.
Cette transformation ne concerne d’ailleurs pas uniquement les collectivités territoriales. Elle implique également les universités, les entreprises, les acteurs économiques, les administrations centrales et les institutions financières. Car le développement territorial devient progressivement un projet collectif où la compétitivité des régions dépendra autant de leurs infrastructures que de leur capacité à produire du capital humain qualifié et à construire une gouvernance performante.
En réalité, la régionalisation avancée s’affirme aujourd’hui comme l’une des expressions les plus fortes de la Vision Royale de modernisation du Royaume. Elle incarne l’ambition portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI de renforcer la cohésion territoriale du Royaume, consolider l’attractivité économique des régions et renforcer l’efficacité de l’action publique à l’échelle locale. À travers cette dynamique, le Maroc confirme sa capacité à anticiper les mutations économiques et sociales tout en consolidant les fondements d’un développement harmonieux et durable.
Les prochaines années seront donc décisives, mais tous les indicateurs montrent que le Maroc dispose aujourd’hui des bases nécessaires pour réussir cette nouvelle étape historique. Grâce à la Vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à la solidité des institutions nationales et à la mobilisation croissante des territoires, la régionalisation avancée peut devenir l’un des principaux leviers de cohésion territoriale, de compétitivité économique et de consolidation du développement national.