Edito
Une «jurisprudence» dite chambre double
Pour une fois aussi, les autorités ont (ré)agi aux déclarations publiques émanant d’un politique. Les services compétents ont signifié aux gérants d’établissements touristiques de laisser en paix les couples ou pas couples voulant partager la même chambre.
Pour une fois, une bombe lancée au Parlement a fini par faire sauter des verrous. «L’obligation» dans les hôtels de présenter l’acte de mariage pour partager une chambre double est révolue après la plaidoirie d’Abdellatif Ouahbi. Quand c’est le ministre de la Justice lui-même qui déclare devant l’Hémicycle qu’une telle exigence est «une violation de la vie privée», la pratique devait en toute logique cesser. D’autant plus qu’il s’agit d’une règle tacite, ne reposant sur aucun fondement juridique. «Je le cherche depuis au moins 20 ans, je ne l’ai jamais trouvé», a lancé le gardien des Sceaux.
Pour une fois aussi, les autorités ont (ré)agi aux déclarations publiques émanant d’un politique. Les services compétents ont signifié aux gérants d’établissements touristiques de ne plus demander ce genre de papier, en d’autres termes de laisser en paix les couples ou pas couples voulant partager la même chambre et qui prennent la peine de présenter une pièce d’identité à la réception de l’hôtel. Tout le monde sait que cette pratique est courante et que les Marocains ont sophistiqué tant de techniques pour contourner les barrages du hall ou de la réception.
Jusque-là, les Marocains ont été habitués à des tempêtes politiques qui finissaient par retomber et renvoyer aux oubliettes le sujet de fond. Mais avec cette «jurisprudence de la chambre double», on constate que les choses ont bougé : une violation nette des droits et des libertés a été estompée. De quoi rassurer implicitement sur les avancées du Royaume en matière de consolidation de l’État de droit.
Le hic (parce qu’il y a toujours un mais) c’est que les autorités concernées lèvent une règle tacite, de manière tout aussi tacite. Les responsables hôteliers interrogés par les journalistes de La Vie éco, comme tous les confrères, affirment avoir reçu une consigne orale… Rien ne garantit que dans quelques jours, quelques semaines, un réceptionniste n’exigerait pas l’acte de mariage à un couple. Allez lui sortir les coupures de presse pour le convaincre… La mauvaise pratique risque de se réinstaller tout en douceur !
Lever définitivement cette interdiction ne peut certes passer par une circulaire officielle. Normal, il n’y a jamais eu de document officiel autorisant une telle mesure, il n’y en aura jamais un autre qui l’interdit. Pourtant, une simple affiche à placarder dans tous les hôtels pourrait servir : l’établissement expliquerait que les documents exigés par tout client se présentant dans un hôtel se limitent à une pièce d’identité valide et éventuellement une empreinte de carte de crédit pour les «extras».
Dans la même veine, ils peuvent toujours ajouter que le lieu de résidence n’est pas un critère déterminant pour résider dans un hôtel, même pour une femme. Une évidence, mais qui n’était pas respectée par les hôtes qui interdisaient aux femmes de passer la nuit dans un hôtel situé dans la même ville où elles habitent. Une autre aberration – une autre consigne orale aux réceptionnistes – qui a été levée suite au courage politique d’Abdellatif Ouahbi. Du moins sur ces sujets en attendant d’autres. Et il y en a un tas…
