Edito
Une évidence à rappeler le 8 mars
Dépasser définitivement les archaïsmes d’une société paternaliste est à même de libérer un immense potentiel de ressources et de talents précieux dont notre pays a fortement besoin pour son développement.
L’égalité entre les hommes et les femmes est un principe qui n’est plus à discuter dans les sociétés modernes. Le Maroc qui trace justement sa voie vers la modernité, sur tous les plans, s’appuie forcément sur ce fondement, sauf que la législation en vigueur ne permet pas de le garantir sur bien des aspects.
Des avancées significatives ont été certes réalisées. Pour s’en rendre compte, rappelons simplement que la nationalité marocaine ne pouvait être transmise par la mère qu’à partir de 2007. C’est dire que même la citoyenneté par la filiation n’était pas encore un droit acquis pour la femme marocaine.
Et aujourd’hui encore, naître de sexe féminin est par défaut une cause de discrimination. En matière d’héritage, la part entre sœurs et frères passe du simple au double. Pis encore, en l’absence de ces derniers, les filles doivent partager l’héritage de leurs parents avec leurs oncles ou leurs cousins (merci le ta3sib).
Il y a de cela quatorze siècles, une telle répartition pouvait être justifiée. C’est à peine si la femme avait gagné le droit à la vie avec l’avènement de l’Islam, selon les rites de certaines tribus arabes. Mais à notre ère où la femme marocaine est active en tant que ministre, magistrat, juge, pilote, chef d’entreprise, cela relève évidemment de l’injustice, du sous-développement. C’est comme considérer les Marocaines comme des sous-êtres, alors que leur contribution au développement n’est plus à prouver.
Et encore, elles se retrouvent souvent marginalisées sur la base de cette discrimination genre. En tout cas, leur représentativité reste bien loin de la parité : le pourcentage des femmes impliquées dans la prise de décisions ne dépasse pas les 24%, selon la Fondation ConnectinGroup qui plaide pour l’accélération des politiques publiques favorisant l’égalité entre les hommes et les femmes. Un ensemble de défis persistent sur de nombreux registres. Car, aujourd’hui, on en est encore à interdire à une femme célibataire de passer une nuit dans un hôtel situé dans sa ville de résidence, de priver une femme divorcée de voyager librement avec ses enfants (sans l’accord du père), ou encore à une fillette de refuser de se faire marier par son tuteur.
La dignité des femmes et des enfants est une priorité pour la réforme en cours de la Moudawana et dont la période des six mois de concertation nationale touche à sa fin. C’est une occasion précieuse pour combler les manquements du Code de la famille de 2004, mais c’est aussi l’opportunité de monter d’un cran dans ce principe d’égalité.
Les conservateurs qui crient au péril de l’identité marocaine et menacent de marche millionnaire cherchent à ramener le Royaume au moins 20 ans en arrière quand d’autres islamistes se soulevaient contre la première tentative de la réforme de la Moudawana. Dépasser définitivement les archaïsmes d’une société paternaliste est à même de libérer un immense potentiel de ressources et de talents précieux, dont notre pays a fortement besoin pour son développement.
Mais surtout, l’égalité des chances et des droits n’a pas de sexe. La garantir est une évidence, une conviction… Et le 8 mars est toujours une bonne occasion pour rappeler qu’il faut poursuivre dans cette voie.
