Edito
Une balle dans le pied
La marine algérienne devient la risée des forces navales, censées faire la distinction entre protection des eaux territoriales et assistance à personne en danger.
Il fut un temps où les mois d’août étaient ponctués de grosses affaires qui donnaient du grain à moudre au microcosme médiatique. Arrestation de gros trafiquants de drogue, limogeages et nominations en série, scandale financier ou de gouvernance… Les lecteurs de journaux (une espèce à protéger) se rappellent ces mythiques feuilletons de l’été. Une «tradition» rompue depuis plusieurs années. D’ailleurs, même ce mois d’août 2023 se serait écoulé en toute quiétude si ce n’était le fait dramatique survenu le 29 du mois. Un fait (pas si) divers…
Une balade en jet-ski qui tourne au meurtre perpétré (pour ne pas dire prémédité) par la marine algérienne, l’acte a choqué la planète. Des chancelleries sont allées jusqu’à alerter leurs ressortissants des dangers qui guettent les vacanciers dans la zone de Saïdia. Car si par malheur le courant vous emporte vers l’autre rive du Oued-Kiss, les garde-côtes algériens ne risquent pas de vous secourir en usant du bouche-à-bouche. Eux, ils tirent d’abord et posent les questions après… Quand il est trop tard !
Bilal Kissi et Abdelali Mchiouer l’ont appris aux dépens de leur vie. Ils ont été canardés par une marine algérienne à la gâchette facile. Leur tort : ils se sont retrouvés égarés lors d’une balade en scooters de mer enfourchés depuis la plage de Saïdia, à un jet de pierre des eaux territoriales du pays voisin. Un autre de leurs compagnons, Smaïl Snabi, doit vivre actuellement l’enfer dans les geôles algériennes, tandis qu’un quatrième a réussi à sauver sa peau pour témoigner de cet acte abject.
Le récit de Mohamed Kissi (frère de l’une des victimes) a été suffisamment poignant pour amorçer des enquêtes judiciaires aussi bien au Maroc qu’en France. C’est que trois des «égarés de Saadia» sont des Franco-marocains. Ils auraient même pu être Maroco-franco-algériens vu le nombre de MRE, originaires de cette région mixte qui rentrent chaque année au bled. Les marins algériens auraient pu tirer sur leurs concitoyens pour n’avoir pas tamponné leur passeport en franchissant malencontreusement la frontière en maillot de bain. Ce crime obscène qui a bafoué les conventions internationales en matière de droits de l’Homme et de droit maritime est révélateur de la fébrilité de cette armée algérienne. Ces garde-côtes sur le qui-vive, incapables d’intercepter des jet-skieurs en panne sèche – si ce n’est en ouvrant le feu pour les éliminer – illustrent l’amateurisme et l’agitation de cette junte militaire qui se targue de sa puissance devant ses voisins. La marine algérienne devient la risée des forces navales, censées faire la distinction entre protection des eaux territoriales et assistance à personne en danger. En tirant sur des civils désarmés, le régime d’Alger se tire une balle dans le pied.
Sa communication désastreuse (cinq jours après l’acte) tentant de minimiser l’incident travestit les faits et ne fait aucune allusion à l’ouverture d’une enquête pour déterminer les circonstances précises de cet «incident». Ces dernières on les saura à travers les procédures engagées à Oujda et à Paris, que ce soit par les autorités ou par les familles des victimes. Enquêtes judiciaires qui risquent fort probablement de conclure à une exécution sommaire. Un acte qui pourrait être considéré belliqueux. Mais c’est sans compter le sang-froid diplomatique du Royaume et la sagesse de son Chef suprême des armées… Une armée qui maîtrise d’ailleurs les ripostes ciblées, en zone de guerre, et ne lance pas des rafales à tout-va !