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Edito

Performances inédites et prudence à l’excès

La réduction du taux directeur aurait pu améliorer les conditions de financement de nombreux établissements publics et grands groupes, engagés dans des plans d’investissements mirobolants.

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Coup de frein pour le taux directeur ! Abdellatif Jouahri a opté pour le statu quo en le maintenant à 2,25%, lors du dernier Conseil de Bank Al-Maghrib.

Après trois baisses successives, le coût du loyer d’argent marque de nouveau une pause. Pourtant le pays a cruellement besoin de financement dans un contexte où les investissements se chiffrent en centaines de milliards de dirhams dans divers secteurs. La réduction du taux directeur aurait ainsi pu améliorer les conditions de financement de nombreux établissements publics et grands groupes, engagés dans des plans d’investissements mirobolants.

La Banque centrale le constate elle-même : Entre le début de l’assouplissement monétaire (juin 2024) et mars 2025, les taux débiteurs appliqués au secteur non financier ont reculé de 45 points de base. Une nouvelle baisse aurait pu accentuer cette transmission sur les différents compartiments du marché financier.

D’autant plus que cette révision est justifiée par une série d’indicateurs énoncés par le Wali même de Bank Al-Maghrib. L’inflation a marqué un «très net ralentissement», passant à 0,4% en mai et devrait terminer l’année autour de 1% en moyenne ; la situation des finances publiques reste sous contrôle avec un déficit budgétaire qui devrait se maintenir à 3,9% du PIB en 2025 ; les échanges extérieurs devraient se renforcer avec des exportations qui s’accroîtraient de 5,1% cette année…

Mieux encore, la gardienne du temple projette un taux de croissance largement supérieur à ses dernières prévisions : 4,6% de progression du PIB projetée en 2025, alors que les économistes de BAM tablaitent sur un taux de croissance de 3,9% en mars dernier.

Un différentiel de prévision gigantesque qui repose sur une campagne agricole meilleure que prévu, ainsi que l’essor des activités non agricoles (lire p.6). En plus, cette embellie économique se répercute directement sur le marché du travail. Au premier trimestre, 282.000 emplois ont été créés et le taux d’activité a gagné 0,3 point pour frôler les 43%. «Des chiffres que l’on n’a pas vu depuis longtemps», selon les propres termes d’Abdellatif Jouahri qui atteste de ce dynamisme inédit.

Ainsi, sa décision a surpris les investisseurs dont une majorité avaient anticipé une nouvelle baisse, au regard des mouvements récents sur le marché des taux. Abdellatif Jouahri justifie ce choix souverain par un «niveau exceptionnel d’incertitude» sur le plan international. Il parle de «la nouvelle politique commerciale des Etats-Unis» tout en assurant que «l’impact direct des mesures tarifaires américaines reste limité». Il ressort comme d’habitude «les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient» tout en ajoutant cette fois-ci «la guerre Israël-Iran».

Certes, ces incertitudes internationales croissantes peuvent favoriser une approche prudente. Mais en termes de taux directeur, Bank Al-Maghrib avait encore de la marge et aurait pu l’aligner sur ce seuil psychologique de 2%, surtout avec ces perspectives reluisantes d’une économie qui a déjà montré sa résilience et sa capacité de s’adapter en période de crise. Certes, on n’est jamais assez prudent, comme on dit, mais un excès de prudence peut laisser filer des opportunités.