Edito
Bourse : Le marché arrive à terme
Il s’agit d’une avancée structurelle attendue de longue date et non pas d’un simple ajout technique. L’arrivée de ce produit dérivé marque une transformation structurelle.
Cette fois, c’est la bonne ! C’est la ministre des Finances elle-même qui a fait l’annonce à l’occasion de la grand-messe des professionnels du marché des capitaux que représente la conférence annuelle de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse.
Le marché à terme sera lancé officiellement le 6 avril, a promis Nadia Fettah, réputée pour être une femme de parole. La Bourse de Casablanca mettra alors un pied dans l’ère des «futures» : et le premier instrument proposé sera le Future sur indice et marquera un tournant capital pour la corbeille bidaouie.
Il s’agit d’une avancée structurelle attendue de longue date et non pas d’un simple ajout technique. L’arrivée de ce produit dérivé marque une transformation structurelle en permettant aux investisseurs de se positionner sur l’évolution future des actifs, tout en dotant le marché d’instruments de couverture, de diversification et d’optimisation des stratégies d’investissement.
Jusqu’ici, l’absence de tels instruments limitait considérablement la capacité des institutionnels à gérer la volatilité, à arbitrer efficacement ou à se protéger contre les retournements de marché. Dans un contexte économique marqué par des chocs exogènes récurrents (inflation importée, tensions géopolitiques, aléas climatiques), cette lacune devenait de plus en plus difficile à justifier.
Le marché à terme répond donc à une exigence de modernisation. Il complète la chaîne de valeur du marché des capitaux et conforte la place financière de Casablanca dans son ambition régionale.
Dans un environnement africain où les marchés dérivés restent rares, le Maroc dispose en fait d’un avantage comparatif indéniable. À moyen terme, ce compartiment pourrait jouer un rôle structurant dans la revitalisation du marché actions.
En améliorant la gestion du risque, il peut encourager des allocations plus importantes vers les actions, notamment de la part d’investisseurs institutionnels traditionnellement prudents.
Il peut également favoriser une meilleure efficience des prix, en intégrant plus rapidement les anticipations macroéconomiques et sectorielles. Dans les marchés matures, les dérivés participent pleinement à la formation des prix et à la fluidité des échanges. À condition, bien évidemment, que les produits proposés évoluent.
L’élargissement progressif de la gamme (nouveaux indices, éventuellement contrats sur taux ou sur actions) pourrait renforcer l’attractivité du marché.
Le marché à terme de la Bourse de Casablanca représente un levier pour dynamiser le marché. Mais ce n’est ni une fin en soi ni une révolution instantanée. Il constitue un marqueur de maturité et une promesse de réussite qui dépendra moins de son architecture que de l’usage qu’en feront les acteurs.