Edito
Aide directe : Un chantier d’État qui se concrétise
Un projet social de cette ampleur, avec ce montage et ce ciblage, n’a pas besoin d’être vendu… dans le sens politicien de la manœuvre.
Historique, révolutionnaire, ingénieux… Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce nouveau programme d’Aide sociale directe (ASD) dévoilé par le Chef du gouvernement. Cette vision royale voulue depuis 2015 devient désormais une réalité et sera déployée dès décembre prochain. La preuve que le sérieux et le dévouement de l’équipe en place peuvent surmonter les entraves, les blocages et autres lamentations derrière lesquelles les précédents gouvernements enfouissaient leurs incompétences.
La mise en œuvre de ce nouveau dispositif vient donner une nouvelle envergure au contrat social entre l’État et le citoyen, comme l’a si bien souligné Aziz Akhannouch devant le Parlement. Certes, le bouclier social minimum de 500 dirhams par mois pour chaque famille défavorisée peut être perçu, en valeur absolue, comme un montant dérisoire. Mais il faut juste se rappeler que ces mêmes familles percevaient jusque-là 0 DH. Pis encore, ces mêmes ménages devaient dans un passé récent graisser parfois la patte à des fonctionnaires véreux pour bénéficier d’une carte Ramed qui ne mène pas plus loin que la barrière d’entrée de l’hôpital public. Aujourd’hui, en plus de bénéficier de ce pécule, entre autres dispositions (voir p. 6), les familles vulnérables bénéficient, à l’image de l’ensemble de la population, du régime d’Assurance maladie obligatoire (AMO), avec un accès à des infrastructures sanitaires en cours de mise à niveau.
Ce nouveau dispositif d’aide directe adossé au Registre social unifié (RSU) permet d’assurer un soutien financier à 60% de la population qui jusque-là ne bénéficiait d’aucun filet social. L’État devra fournir un effort financier considérable chiffré à quelque 40 milliards de dirhams par an dès l’année 2026 (AMO comprise). Et ce qui est rassurant, c’est que le montage financier est ingénieux. La progressivité de son déploiement (sur trois ans) témoigne d’une réflexion quant aux ressources d’État à mobiliser pour son financement.
Dans le budget public d’ailleurs, une manne non négligeable sera au fur et à mesure réaffectée pour ce dispositif social. Il s’agit de la très contestée Caisse de compensation dont le mécanisme de soutien aux prix des produits de première nécessité profite plus aux nantis qu’aux plus vulnérables. La subvention d’une bonbonne de gaz à 80 dirhams est valable aussi bien pour une famille pauvre qui en consomme une par mois pour sa gazinière qu’à un grand agriculteur ou industriel qui en utilise des dizaines par jour pour sa pompe à eau. Cherchez l’erreur…
Ce mécanisme ne risque pas de disparaître du jour au lendemain, même s’il est condamné à tomber dans les oubliettes. Sur ce registre aussi, le gouvernement y va progressivement avec une hausse de 10 dirhams la bonbonne de gaz pour l’année prochaine (la subvention est ramenée à 70 dirhams) qui amorce cette réforme tant attendue de la Caisse de compensation. Avec ce niveau de hausse, il n’y a pas de quoi crier à l’explosion de la «bota» sociale, à moins que des forces obscures veuillent jeter la bonbonne dans le feu pour des velléités politiciennes.
Le PJD qui n’a pas réussi ce genre de réformes et à qui on peut reprocher ce retard a d’ailleurs cherché à faire monter la pression dès l’annonce parlementaire du Chef du gouvernement. Mais c’est sans compter sur l’habileté politique de ce gouvernement dont le patron s’est aussitôt réuni avec les présidents de groupe de majorité comme d’opposition en plus des syndicats. Car un projet social de cette ampleur, avec ce montage et ce ciblage, n’a pas besoin d’être vendu… dans le sens politicien de la manœuvre. Alors que là, on fait vraiment de la politique sociale.
