Chronique
Vade retro
Il s’agit d’un film qui raconte l’histoire d’un écrivain qui essaie de se faire publier, la routine quoi. Et puis, l’histoire d’une association qui voudrait «protéger le bon goût du public» !
Des films dont la ou le protagoniste est une romancière ou un romancier, qui racontent des histoires d’autrices ou d’auteurs qui tombent dans la folie à cause de leur manque d’inspiration, que l’on dépossède de leur écrit ou qu’on séquestre pour obliger à réécrire le roman.
Des films avec de bonnes, de moins bonnes ou de mauvaises adaptations, des romans écrits par des… romanciers, on en trouve.
Tels que Stephen King qui a écrit «Shining» de Stanley Kubrick et «Misery» de Rob Reiner, ou «D’après une histoire vraie» et «Ghostwriter» de Roman Polanski ou encore «ElAutor» de Manuel Martin Cuenca. «Thank you Satan» de Hicham Lasri n’est donc ni le premier ni le dernier du thème.
Le film est attaqué avant sa sortie par une association qui aurait peut-être aimé réécrire le scenario du film à sa façon. Une association qui ne porte pas bien son nom: «Le printemps du cinéma».
Une association inconnue du bataillon dont Google «résume» l’orientation: «L’association adopte une approche axée sur la censure et la préservation des valeurs religieuses et culturelles dans les œuvres cinématographiques et artistiques, ce qui la met souvent en porte-à-faux avec les réalisateurs qui défendent la liberté d’expression et la créativité».
Et dont l’activité se limite à trois actions : la condamnation de l’usage d’un langage «vulgaire et obscène» par certains artistes (notamment un rappeur) lors de festivals publics, afin de «protéger le bon goût du public».
Une plainte contre le film «Derrière les palmiers» de Meryem Benm’Barek et la dernière plainte déposée contre le film «Thank you Satan» de Hicham Lasri, en invoquant la présence de «scènes et de contenus offensant les mosquées et le Saint Coran».
L’association ne s’arrête pas à vouloir «protéger le bon goût du public», elle écrit au ministère de la Culture et au Centre cinématographique marocain pour empêcher la diffusion du film dans les salles.
Elle promet d’écrire au Conseil supérieur des oulémas et finit par attaquer la maison de production sur les conditions de travail.
Tout est bon pour la censure.
Rébellion contre la morale établie
«Thank you Satan» est d’abord une chanson que le héros du film écoute dans sa voiture.
Léo Ferré l’a chanté en 1961, comme une provocation artistique utilisant la figure de Satan en tant que symbole de liberté de conscience et d’anticonformisme, et une célébration de la rébellion et du plaisir contre la morale établie.
Ça pourrait être une autre définition de la liberté de création. Après tout, sans Satan, comment mesurer le degré de résistance à Satan ? Comme Ferré, Lasri transforme Satan en une figure positive de liberté.
Ensuite, il s’agit d’une fiction qui mêle fantaisie et surréalisme. L’on peut aimer le film ou pas, apprécier le cinéma de HichamLasri ou pas, ce n’est pas la question. La question est celle de la liberté de création et d’expression artistiques.
Ce n’est pas à une association, de ceux qui osent tout…, de décider de ce qui est montrable ou pas. Et comment le montrer. Le public n’est pas un enfant, il sait faire la distinction.
D’ailleurs, le film est interdit aux moins de 16 ans. La loi est la seule limite de ces deux libertés. Il faudrait, pour avancer, être d’accord de ne pas être d’accord.
Pour paraphraser Woody Allen, un autre cinéaste, «Dieu est mort, Nietzsche est mort», et notre société ne se sent pas très bien.
Ce genre d’associations finiraient par nous rendre Satan sympathique. Car, en insistant lourdement dans la paraphrase, il vaut mieux être saoul que con, ça dure moins longtemps.
Mais avant tout, il faudrait aller voir le film pour se faire sa propre opinion. Et surtout le voir comme un film. La Culture est la Solution.