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Chronique

Une nouvelle histoire du monde ?

Un nouvel ordre mondial est en gestation. Ses principes sont économiques et c’est tout. Ils se traduisent par des traités pour accaparer les matières premières et des contrats pour vendre les marchandises issues de leurs transformations. Quid de l’humain ?

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Le 15 novembre 1884, les grandes puissances occidentales se sont réunies à Berlin pour réaliser la plus grande chasse au trésor de tous les temps. Ce fut la Conférence de Berlin, organisée à l’initiative du premier chancelier du nouvel Empire allemand, Otto von Bismarck, pour la division et le partage de l’Afrique.

Jusqu’au 26 février 1885, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Empire ottoman, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège… et les États-Unis ont refait la géographie du continent, ont tracé des lignes sur des cartes, qui sont devenues des frontières de pays dont ils sont devenus les copropriétaires pendant un moment de l’Histoire.

Même si l’entreprise est coloniale, bien sûr que les formes ont été mises. Il s’agissait de «civiliser les races inférieures» et surtout d’éviter de se faire la guerre entre grandes puissances tout en assurant les besoins économiques en matières premières et en mains-d’œuvre. Une époque révolue.

Anciens besoins, nouvelle ère
Les besoins demeurent cependant les mêmes. Ils sont même de plus en plus grands avec l’expansion économique. L’on recherche toujours des minerais qui deviennent de plus en plus rares.

Et le libre-échange change de visage. Maintenant que l’Afrique a eu ses nouvelles indépendances, avec ses nouvelles frontières, il faut toujours, pour les grandes puissances, anciennes et nouvelles, accaparer les matières premières là où elles se trouvent et, pour chacune des puissances, d’y être la première à signer les traités pour les extraire et les exploiter.

Ensuite, mettre un bémol au libre-échange en s’assurant les marchés pour écouler la marchandise produite à partir de ces minerais et dont la valeur ajoutée est aux mains du Nord qui a pris de l’avance. L’on a trouvé des termes poétiques pour parler des nouvelles variantes de ce nouvel ordre économique mondial : souveraineté, protectionnisme, globalisation, libéralisme, mercantilisme…

Ce qui change maintenant, c’est que l’on a plus besoin de mettre les formes. Un nouvel «empereur» a pris la tête du pays le plus puissant du monde et n’a plus besoin de rassembler les autres puissances pour prospérer ensemble en paix. Il l’impose, puisqu’il en a les moyens. Et il veut imposer ses règles au monde. Les droits de douane (Tariffs) sont son mot favori du dictionnaire.

Le 2 avril dernier, Trump a annoncé son «jour de la libération», avec une hausse spectaculaire et inédite des droits de douane pour tous les pays de la planète. La réprobation a été unanime. Politiques, économistes, patrons, banquiers, journalistes…, ont dénoncé une décision brutale et incohérente qui allait saper la croissance mondiale et accroître les tensions géopolitiques.

Dans la foulée, «The Economist» prévoit le «chaos économique» et le «Wall Street Journal» évoque «la décision la plus stupide de l’Histoire en matière de droits de douane».

«Je dirige le pays et le monde».

Mais Trump insiste et sait ce qu’il veut, un nouvel ordre mondial. Aux 100 jours de son second mandat, il déclare au magazine «The Atlantic»: «La première fois, j’avais deux choses à faire : diriger le pays et survivre (…). Et la seconde fois, je dirige le pays et le monde».

La brutalité de ses annonces ne pouvant entrainer que des retournements incessants provoqués par la réaction des Bourses ou la contre-offensive de la Chine par exemple. Trump dit que le nouvel ordre mondial sera fait de contrats et de droits de douane.

Dans ce nouveau monde, le mot service public devient un gros mot, tout comme le sont devenus communisme, et bientôt socialisme, démocratie et libertés fondamentales. Il n’y a même plus besoin du soft power culturel (cinéma, musique…) pour propager ses idées. Le cloud, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle sont entre les mains d’un seul pays, pour décomplexer l’impérialisme.

Et l’on conditionne l’aide à la libération d’un pays, l’Ukraine, à la cession de ses minerais et le sauvetage d’une région (Gaza) d’une mort certaine à sa transformation en marina géante. Il va falloir réagir, je ne sais pas comment ou attendre que ça passe, tout en résistant au quotidien en n’oubliant pas ses principes et que personne n’est éternel. La Culture est la solution.